Pour un référendum sur Super-Maastricht

« Les Français ont rejeté le traité constitutionnel en 2005. Un nouveau traité a été négocié : il doit être ratifié par les Français ! » Jean-Marc Ayrault, 2008

Tribune libre de « Super Résistant »

Quelles étaient les divergences entre Nicolas Sarkozy et François Hollande ? Il y en avait un peu : mariage des homosexuels, droit de vote des étrangers, fermeture de la centrale de Fessenheim, et puis c’est tout. Peut-être aussi que l’un préfère le cap Nègre et l’autre le Fort de Brégançon. Sur le Traité européen, qui concerne, notamment, la souveraineté budgétaire du peuple français, c’était apparemment blanc bonnet bonnet blanc, mis à part quelques virgules et le mot croissance. Enième preuve que la politique du PS n’est que la politique de l’UMP + quelques jouets sociétaux. UMP et PS se placent dans le cercle de la raison d’Alain Minc et acceptent le There is no alternative thatchérien. Au PS, avant l’élection d’Hollande, on parlait de la gauche populaire qui se proposait de faire un sort au discours libre-échangiste du PS, d’accorder une place aux préoccupations populaires dans le discours socialiste et d’imaginer la démondialisation. Son chevalier blanc s’appelait Arnaud Montebourg. Il est mort au champ de bataille. Et l’imposture de la gauche dite “populaire”, avec.

Arnaud Montebourg a annoncé qu’il votera pour le nouveau traité européen. Il ne lui suffira certainement pas de défendre la filière nucléaire pour prétendre à briguer l’électorat populaire de la gauche protestataire. On aurait pu espérer de sa part une démission grandiloquente, à la manière du Chevènement de ses meilleures années. Pour sauver les apparences, que n’aurait-il pas pu se prononcer en faveur, au moins, d’un référendum ? Il ne le fait pas. Et cela alors que de nouveau, les partis politiques courtisent la puissante France du Non, du Parti communiste au Front national, en passant par Eva Joly (qui tout en réclamant un référendum tient à préciser qu’elle est fédéraliste, elle n’est pas suicidaire non plus !). Nouvelle fracture entre le double-parti-unique et le peuple : car 72% des français désirent un référendum sur la question selon un sondage CSA pour L’Humanité, et seulement 23% y sont opposés. Ce n’est plus un décalage, ni même une vieille fracture à la mode chiraquienne, c’est un abysse. Rappelons ce principe de base : François Hollande n’est que le représentant du peuple français, les décisions qu’il doit prendre sont celles du peuple français et si celui-ci désire un référendum, eh bien, il est légitime et normal qu’il l’obtienne. Mais ce sont des pratiques habituelles dans nos pays démocratiquement avancées que de ne pas accorder aux peuples le droit de se prononcer sur des décisions qui concernent leur destin. Exemple anodin : en juin 2008, le seul peuple qui a pu se prononcer sur le Traité de Lisbonne fut celui des Irlandais alors que 75% des citoyens européens voulaient également le faire. Mais non c’est bien connu, en démocratie on ne vote pas, ce genre de pratique ne se constate plus que dans certain bastion de l’archaïsme politique comme la Suisse (Suisses qui non seulement votent, mais en plus votent mal !). Ajoutons que le Parlement européen en février 2008 s’était prononcé contre une résolution promettant de tenir compte du référendum irlandais… Les députés s’en fichent, de la démocratie, et ils le montrent. Alain de Benoist écrivait alors : « Un Parlement s’engageant démocratiquement à ne pas respecter un vote démocratique, évènement stupéfiant, encore jamais vu, qui pourrait d’ores et déjà constituer un bel objet d’étude pour les spécialistes de science politique ! » Et le feu vert du Conseil constitutionnel, que dénonce avec brio Marie-France Garaud dans une tribune parue dans Libération, fait qu’il ne reste plus que l’Assemblée nationale vote le Traité et le tour est joué. Comme on sait que l’on est aujourd’hui dans une démocratie de la Représentation et non plus dans une Démocratie représentative, peu de doutes demeurent quant à l’issue, tragique, du scrutin.

“Comme on sait que l’on est aujourd’hui dans une démocratie de la Représentation et non plus dans une Démocratie représentative, peu de doutes demeurent quant à l’issue, tragique, du scrutin organisé à l’Assemblée nationale.”

Tragique, car ce traité condamne l’Europe à l’austérité à perpétuité, alors que l’on voit dans les pays touchés durement par la crise en Europe que cette politique s’avère un échec grandiose et ne fait qu’augmenter le taux de suicide et la colère du peuple. Aussi, elle marque la fin de notre indépendance budgétaire, et le peuple français a bien le droit de dire si oui ou non il veut se débarrasser de sa souveraineté budgétaire et de se diriger vers la rigueur perpétuelle. Et puis ce traité subordonne toutes les décisions politiques de la France à l’approbation préalable de la troïka. Bref, il est ici question de la liberté et de l’indépendance de la nation que l’on décide d’abdiquer en catimini. Cela s’apparente de manière claire à un coup d’État.

Ainsi, la saison 2012-2013 du cirque politique français s’ouvre sur une formidable lutte entre le peuple et ses élites, de ces luttes toujours passionnante qui mettent en scène l’essence de la politique et l’esprit d’indépendance de certains de nos leaders. Pour l’instant, la colère souverainiste semble être canalisée totalement par la gauche antilibérale (POI, M’PEP, L’Humanité, Attac,…) et menée avec brio par Mélenchon. La droite a complètement oublié l’héritage précieux de Séguin, Villiers et de Pasqua. On assistera donc au premier conflit sur un problème d’indépendance nationale sans les figures mythiques de l’euroscepticisme : Chevènement, Pasqua, Villiers qui semblent avoir définitivement désertés l’arène politique. Aujourd’hui, la lutte s’annonce féroce entre ces démagogues de talent (c’est un compliment) que sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Ils devront à eux deux se partager la France du Non. C’est semble-t-il une configuration inédite : le Non de droite est uni derrière Marine Le Pen, et le Non de gauche derrière Mélenchon. Hier, ces électorats étaient morcelés à l’excès. Cet épisode marque peut-être la fin de la division pour les souverainistes, c’est certainement une bonne nouvelle.

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10 Commentaires

  • Nico de paris , 29 Août 2012 à 21:34 @ 21 h 34 min

    Ce serait perdu d’avance !!!!

  • Jacques-Daniel DELAIRE , 30 Août 2012 à 5:53 @ 5 h 53 min

    J’ai mené aux cotés de Charles Pasqua le combat politique du NON à Maastricht jusqu’au NON au référendum à la constitution européenne ! Qu’à t’on fait du résultat des 55% de NON, on a bafoué les votes du peuple ! Si c’est pour recommencer, autant laisser faire ce déni de démocratie !

  • domremy , 30 Août 2012 à 8:32 @ 8 h 32 min

    un certain maréchal a fini ces jours en prison, pour avoir trahi, pourqu oi ne pas faire la même chose aujourd hui pour ceux qui trahissent leur pays?????
    vous citez CHEVENEMENT,DEVILLIERS,PASQUA, pourqu oi ne réagissent ils pas??? et DUPONT AIGNAN que devient il ???
    où est le droit des peuples, inscrit dans la constitution des droits de l homme???
    cette EUROPE aurait dû être une chance pour éviter les guerres, mais là nous y allons droit dans le mur

  • Pesneau , 30 Août 2012 à 10:18 @ 10 h 18 min

    C’est le bal des GUIGNOLS

  • Lach-Comte , 30 Août 2012 à 10:26 @ 10 h 26 min

    Alors que Pétain n’avait rien trahi du tout … a-t-on mis de Gaulle en tôle, lui qui a trahi non seulement sa parole mais le peuple qui l’avait fait venir au pouvoir ? Mensonges et trahison sont devenus, sous la Vème, une habitude et une façon de gouvernement. Pour les derniers, demandez à Chirac et Sarkozy. Chevènement a toujours son groupe de députés, alliés au PS, et même dans le PS, avec les fonds qui vont avec et je ne vois vraiment pas à quoi correspond cette manie de le ranger parmi les souverainistes ! Autant y mettre Fabius qui lui aussi a voté contre le traité en 2005 … Pasqua a son âge. Quant à de Villiers, une pétition circule en ce moment pour son retour en politique. Dupont-Aignan, c’est rien.
    Il ne reste effectivement, tant l’UMP et le PS sont identiques, que Mélenchon et Le Pen pour défendre les idées souverainistes : c’est dire !
    Encore une idée fausse bien ancrée, répétée idiotement à l’envi : l’Europe c’est la paix … Parce que la guerre froide, c’était la paix ? C’était pour faire bien qu’on l’a nommée comme ça ? L’Allemagne à moitié occupée, l’Europe orientale entière sous la botte soviétique que nos communistes, les seuls encore vivants sous forme de PCF, que Mélenchon défend, c’était la paix ? Et quand le mur est tombé, la Yougoslavie, en plein milieu de l’Europe géographique, ça a été la paix ? De Gaulle était un traitre; l’Europe ce n’est pas la paix, c’est la réussite de l’Allemagne par un autre moyen que la guerre, et de futurs conflits générés par elle-même, notamment avec l’Islam; il n’y a plus de souverainisme crédible dans la vie politique française dans la mesure où même si vous réunissez 55% des voix, vous ne ferez jamais gouverner ensemble extrême gauche et droite extrême.

  • Christiane Lapotre , 30 Août 2012 à 10:40 @ 10 h 40 min

    Non, le Maréchal n’a jamais trahi, ce sont les loges maçonniques — dont il avait interdit l’existence —– qui ont monté une campagne de diabolisation contre lui et qui continuent la
    même stratégie envers tous ceux qui osent se mettre en travers de leur route. Pour en revenir au référendum sur la constitution européenne, la mobilisation générale s’impose avec la mention faite que le parlement européen ou l’assemblée nationale ne pourront en aucun cas passer outre la volonté du peuple, car c’est bien de lui qu’il s’agit.

  • domremy , 30 Août 2012 à 15:21 @ 15 h 21 min

    bien content de constater que beaucoup croient que PETAIN n était pas un traite, j étais jeune à l époque et ai toujours eu du mal a admettre qu il avait trahi;
    mais que faire pour nous sortir de cette galére ??? puisqu ils sont tous d accord

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