Deux ans et demi après la tragédie, des traces de matériaux explosifs retrouvées sur l’épave de l’avion du Président polonais !

Photo tirée du film « Mgła » (Le Brouillard), un recueil de témoignages des fonctionnaires de la chancellerie du président Lech Kaczyński sur le déroulement des événements avant et après la tragédie du 10 avril 2010.

[Actualisation : « Traces de matériaux explosifs découvertes sur des débris de l’avion du Président polonais : deux versions des faits »]

Exclusivité francophone. Alors que les gouvernements russe et polonais ont publié leurs rapports d’enquête en 2011, l’enquête du parquet polonais suit son cours même si elle est entachée depuis le début de graves négligences. Ainsi, pourquoi avoir attendu deux ans avant d’envoyer une équipe d’experts chargés d’examiner ce qu’il reste de l’épave de l’avion ? Toujours est-il que les procureurs polonais qui, accompagnés d’experts du laboratoire central de criminologie, viennent de passer un mois à Smolensk, auraient, d’après ce qu’affirme depuis ce mardi le quotidien Rzeczpospolita (La République), découvert de très nombreuses traces de TNT et de nitroglycérine, entre autres sur 30 sièges de l’avion, sur sa voilure et sur son fuselage. Si les autorités tempèrent cette découverte en insistant sur le fait que l’origine de ces traces est inconnue et qu’il pourrait s’agir de pollutions dues au terrain sur lequel la catastrophe est survenue, un terrain qui a été le théâtre de combats pendant la Seconde guerre mondiale, on peut se demander pourquoi les commissions d’enquête gouvernementales russe et polonaise n’ont pas elles-mêmes procédé à des analyses exhaustives juste après l’accident (voir notre article « Drame de Smolensk : ‘Nous n’avons pas vérifié l’hypothèse d’un attentat’ » du 17 avril dernier) et pourquoi elles n’ont pas non plus examiné les corps de manière à pouvoir exclure (ou confirmer) la possibilité d’un attentat.

Une enquête sabotée

Des corps qui montrent d’ailleurs a quel point l’enquête a été bâclée par les autorités russes et polonaises : la Pologne, sur décision de son premier ministre Donald Tusk, a accepté immédiatement de confier l’exclusivité de l’enquête à la partie russe qui, dès les premières heures, a paru plus soucieuse d’effacer les traces que de reconstruire le fil des événements. Ainsi, deux ans et demie après le drame, et alors que les rapports d’autopsie n’ont pas encore été remis aux autorités polonaises au complet et que l’épave et les boîtes noires sont toujours aux mains des Russes, les Polonais ont déjà exhumé 8 corps. Tous avaient été maltraités par les enquêteurs russes qui, non contents de les mettre nus dans des sacs en plastiques en faisant croire au famille qu’ils les avaient habillés avec les vêtements remis par les familles, conformément à la tradition catholique polonaise, en ont massacré certaines parties, comme le visage d’Anna Walentynowicz, l’héroïne de Solidarnosc qui avait été à l’origine des grandes grèves du début des années 80, et ont même laissé des déchets (gants, instruments, mouchoirs) à l’intérieur de ces corps. Quatre corps ont aussi été déjà identifiés comme ayant été intervertis. Celui d’Anna Walentynowicz a justement fait parler de lui récemment dans les médias étrangers qui semblent tout juste, à l’exemple d’Arielle Thedrel du Figaro, découvrir que la coopération russo-polonaise et le sérieux de l’enquête n’avaient été que fiction. La semaine dernière, cela a été au tour du corps de Ryszard Kaczorowski, le dernier président polonais en exil avant la chute du régime communiste. Son corps, supposé avoir été enterré dans le panthéon du Temple de la Divine Providence, une basilique en construction tout près de Varsovie, n’était pas non plus le bon comme on le soupçonnait déjà depuis 2010 ! D’autres exhumations sont prévues, même si les autorités se refusent toujours à procéder, malgré les demandes insistantes de certaines familles, à des analyses au rayons X à la recherche de débris de métal dans les os des victimes, des débris dont la présence permettrait de confirmer qu’il y a bien eu une ou plusieurs explosions à bord. Lors de l’autopsie récente du corps d’Anna Walentynowicz, c’est d’ailleurs l’avocat de la famille, d’après ses déclarations, qui a dû contraindre les procureurs présents à sécuriser et cataloguer des fibres de métal trouvées dans le corps.

Des scientifiques qui mettent en évidence au moins deux explosions en vol

Les 22 et 23 octobre, une centaines de scientifiques d’universités polonaises et étrangères se sont rencontrés en colloque à l’Université du Cardinal Stefan Wyszyński de Varsovie pour débattre des causes probables, en l’absence d’accès direct à l’épave et aux boîtes noires, de cette tragédie qui a coûté la vie à 96 personnes, parmi lesquelles le Président Kaczyński et son épouse, ainsi que de nombreux députés, sénateurs, généraux et dignitaires polonais. La tendance générale, chez ces scientifiques indépendants qui ont dû financer sur leurs deniers la tenue de ce colloque, toutes les demandes de subventions adressées aux centres de recherche polonais et aux autorités locales ayant été refusées, c’est de pencher pour la thèse de deux explosions au moins à bord du Tu-154 pendant la phase de décrochage, c’est-à-dire après que les pilotes avaient décidé d’abandonner la procédure d’atterrissage conformément à ce qui découle des copies des boîtes noires et des enregistrements des autres instruments de bord (TAWS, FMS). En plus des théories avancées au printemps (voir notre article « Vous avez dit « théorie du complot » ? » du 25 avril dernier pour plus d’explications), de nouvelles études discutées lors du colloque de Varsovie et portant notamment sur la documentation photographique et satellite du site de la catastrophe ainsi que sur des fragments de débris récupérés en fraude par des journalistes de Gazeta Polska (qui a aussi un site en anglais) vont dans le sens de la thèse d’explosions en vol au niveau de l’aile prétendument arrachée par un bouleau puis du fuselage.

Des témoins qui disparaissent

Autre fait qui vient renforcer les soupçons d’un nombre croissant de Polonais, c’est la tendance des témoins gênants à disparaître dans des conditions troublantes, comme l’adjudant Remigiusz Muś, technicien de bord du Yak-40 gouvernemental polonais qui avait atterri sur l’aéroport militaire de Smolensk une heure avant la catastrophe, et dont les dépositions sur la conversation entre la tour de contrôle et les pilotes de l’avion du Président Kaczyński, qu’il avait écoutée sur la radio du Yak, contredisaient le texte de la transcription officielle du contenu des boîtes noires. Il y en a eu d’autres avant lui, comme le Général Petelicki qui avait dénoncé dans la presse un SMS envoyé le jour de la tragédie par la direction du parti au pouvoir en Pologne à tous ses membres ministres, députés et sénateurs pour leur donner la « bonne » version des événements, à savoir que les pilotes du Tu-154 avaient voulu atterrir à tout prix et qu’ils ne restait plus qu’à établir les responsabilités derrière cette volonté déraisonnable.

Une politique de désinformation lancée dès les premières heures qui ont suivi la catastrophe

Pour rappel, la thèse de l’irresponsabilité des pilotes et des pressions exercées sur eux par le Président Kaczyński avait été lancée, dans les heures qui ont suivi la catastrophe, par les autorités russes, mais aussi par le gouvernement polonais relayé par ses médias amis, dont les milieux proches d’Adam Michnik et de son journal Gazeta Wyborcza auprès de qui la plupart des médias occidentaux, et notamment français, puisent leurs informations sur la Pologne. La même Arielle Thedrel, du Figaro, qui ne manque jamais dans ses articles de qualifier injustement Kaczyński et son parti de nationalistes russophobes, appelle même Adam Michnik « la conscience morale de la Pologne », un qualificatif que je n’ai jamais lu ni entendu en vingt ans passés dans ce pays, même chez les sympathisants de cet ancien opposant au régime communiste, un des piliers de Solidarité, mais aussi grand défenseur depuis vingt ans des anciens dignitaires et agents du régime communiste, fils d’un juif polonais communiste au service de l’Union soviétique dès avant la deuxième guerre mondiale et frère d’un juge stalinien d’après-guerre toujours recherché par la justice polonaise pour ses crimes politiques (il s’est réfugié en Suède qui refuse son extradition). Si je m’acharne sur cette pauvre Madame Thedrel dans cet article, c’est parce que ce qu’elle a écrit dans les colonnes du Figaro sur la tragédie de Smolensk est une représentation particulièrement caricaturale de la manipulation de l’information opérée dans la presse étrangère après la catastrophe de Smolensk.

Toujours est-il que la thèse des pressions exercée sur l’équipage a été formellement démentie en janvier 2012, après une analyse scientifique des enregistrements des copies des boîtes noires faite en Pologne (voir l’article « Pologne – crash de l’avion présidentiel à Smolensk le 10 avril 2010 : contrairement à ce qui a été dit, il n’y aurait pas eu de pressions sur l’équipage » du 14 janvier 2012) et que les enregistrements publiés sur la base de ces copies confirment que les contrôleurs aériens russes avaient fixé l’altitude de décision à 100 m (50 m d’après les déclarations de l’adjudant retrouvé mort chez lui dimanche dernier, ce qui constituerait une violation flagrante par les contrôleurs aériens des règles en vigueur à l’aéroport militaire de Smolensk) et qu’à 100 m du sol le pilote du Tupolev a déclaré « on abandonne », après quoi l’avion a continué sa descente pour des raisons qui restent inexpliquées, avant de commencer à reprendre de l’altitude à environ 20 m du sol, puis d’exploser en vol à 30-40 m du sol d’après une thèse qui pourrait s’avérer aujourd’hui renforcée s’il est confirmé que des traces d’explosifs ont été retrouvées sur les débris de l’appareil.

De notre correspondant permanent en Pologne.

Lire aussi :

« Tragédie de Smolensk du 10 avril 2010 : faut-il une commission d’enquête internationale ? » (4 juillet 2012)
> Artur Dmochowski : « La tragédie de Smolensk, un attentat russe » (entretien publié dans le magazine Nouvelles de France d’avril 2012)

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16 Commentaires

  • Riax , 6 Nov 2012 à 20:12 @ 20 h 12 min

    Quelques sondages effectués sur plusieurs moteurs de recherche m’ont finalement convaincu que Nicolas Sarkozy ne s’est jamais rendu en Pologne entre la date du crash et celle des obséques, comme j’avais d’abord cru me souvenir.

    Lu ceci, sur le site du quotidien belge Le Soir, en date du 17 avril 2010 :

    “D’autres se rendent en voiture ou en train aux obsèques.

    Le président letton Valdis Zatlers devait quitter ce samedi soir Riga en voiture pour se rendre à Cracovie, a annoncé son office.

    Les deux villes sont distantes de 960 km et le trajet prendra environ 14 heures à cause d’un manque quasi-total d’autoroutes sur l’axe nord-sud en Pologne.

    Le Premier ministre estonien Andrus Ansip parcourt également en voiture les 1.300 km qui séparent Tallinn de la ville polonaise. Son voyage risque de durer 18 heures.

    Le président slovaque Ivan Gasparovic partira aussi par la route, Bratislava et Cracovie étant distants de seulement 300 km. Le président tchèque Vaclav Klaus prendra ce dimanche à l’aube un train express partant de Prague.”

    Et ceci, en date du 18 avril :

    “La plupart des dirigeants européens attendus à Cracovie, dont le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le président de l’UE Herman Van Rompuy, ont renoncé à se rendre aux obsèques, en raison de la paralysie du transport aérien en Europe par les cendres volcaniques venues d’Islande. Le président du Parlement européen, le Polonais Jerzy Buzek, a cependant parcouru depuis Bruxelles quelque 1.300 kilomètres en voiture.”

  • Olivier Bault , 7 Nov 2012 à 22:18 @ 22 h 18 min

    Selon une thèse avancée par certains spécialistes, il pourrait aussi s’agir de la détonation des micro-charges non utilisées au niveau des tubes servant à actionner les ailerons de l’avion. D’après eux, pour faire exploser l’avion là où il aurait explosé en vol, il fallait d’abord modifier sa trajectoire, le but étant que la catastrophe surviennent sur un site contrôlé par les militaires. La détonation en vol de ces microcharges aurait fait tourner le Tupolev sur sa gauche et suffisait à le faire s’écraser en bloquant définitivement les ailerons, mais pour qu’il n’y ait pas de survivant il fallait encore faire sauter l’avion avant qu’il ne s’écrase. Plusieurs personnes qui se trouvaient à proximité ont affirmé avoir entendu deux explosions et les conclusions de plusieurs scientifiques avancent l’hypothèse d’une explosion au niveau de l’aile et d’une deuxième au niveau du fuselage (sur la base des enregistrements TAWS et FMS et sur la base de la documentation photographique des débris). Selon l’hypothèse des microcharges ayant été utilisées pour actionner et bloquer les ailerons, la trajectoire et le moment où il fallait faire sauter certaines microcharges précises pouvaient être calculées avec précision et les détonations enregistrées sur ce film pourraient correspondre à la détonation des microcharges non utilisées en vol. Bien entendu, dans l’hypothèse où il y aurait eu attentat.

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