Le Passeur de Dieu, ou l’invitation au Ciel du Père Zanotti-Sorkine

« Il s’agit de vivre en ce monde comme un étranger ou comme un fou »
Marcel Jouhandeau, Confrontation avec la poussière

« Il n’y a pas de principes, il n’y a que des événements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les événements et les circonstances. »
Honoré de Balzac, cité p.74 du Passeur de Dieu

 

Résumé

Xavier, trente-deux ans, journaliste à Paris, ne supporte plus la vie qu’il mène. Usé par son rythme trépidant, lassé des amours éphémères, déçu par la médiocrité des liens, vidé de tout élan et ne sachant plus ou trouver de la force pour éclairer sa vie, il décide de passer quelques jours dans un ermitage auprès d’un vieux moine, haut en couleur, à la stature spirituelle et humaine hors du commun. Au creux d’un monastère perdu dans la montagne il partage la vie de prières et les travaux des frères, dort dans une cellule et prend un repas par jour. Sa cure de silence est entrecoupée de conversations chaleureuses et exigeantes menées par le père supérieur et parfois avec les autres moines dont les différentes personnalités le surprennent, mais moins que le bonheur qu’ils respirent. À la fin de sa retraite, il retourne à Paris, renouvelé jusqu’au tréfonds de son être et l’inattendu arrive.

Critique littéraire

Après son essai enflammé Au diable la tiédeur vendu à plus de 40 000 exemplaires, Michel-Marie Zanotti-Sorkine signe ici son dixième livre, roman de l’essentiel qui tente la difficile réconciliation entre la cité terrestre et la cité céleste. D’un côté, Xavier, au bout du rouleau à cause d’une vie affective désastreuse, et le père Stanislas, avec ses yeux d’enfant, amoureux de la beauté.

Balayant tout le pharisaïsme des boutiquiers de la foi, le père Stanislas retourne l’âme de Xavier, gangrenée par le confort et les petites aventures dignes du « couple jetable », possédé par le mythe de l’Amour libre, dans ce monde anti-romanesque mais très cinématographique, qui « patauge et piaffe, parce qu’il est installé et qu’il palabre » (p.207)

Le lecteur sourcilleux pourra reprocher à l’auteur des abus de citations ou quelques désinvoltures frappées au coin du bon sens mais celui qui lira entre les lignes ne manquera pas de voir combien ces petites digressions didactiques ont vocation à jouer dans l’impulsion créatrice, nécessaire, selon son auteur, si l’on veut se prémunir contre l’extrémisme de la tiédeur, laquelle cimente notre quotidien où l’hystérie a remplacé la fantaisie. Avec une impétuosité romantique, à la recherche du panache empreint d’un style ardent et volontiers gouailleur, les provocations bienveillantes se conjuguent en échange vivant.

Grâce à un esprit fellinien qui imprègne ce récit, mi conte, mi essai, l’héroïsme silencieux jaillit d’un esprit d’enfance à éterniser dans un bout de thym, un feu à préparer, un éclat de rire à écouter. Le père Stanislas incarne à lui tout seul cette loi du réel enracinée dans le catholicisme : « Recevoir, voilà le maître mot, recevoir, ne l’oubliez plus. » (p.57)

« Recevoir, voilà le maître mot, recevoir, ne l’oubliez plus. »

Conscient que « le réel, s’il se dévoilait dans ses beautés souterraines nous écraserait de toute sa splendeur » (p.103), le matérialisme poétique de Michel-Marie Zanotti-Sorkine vient épouser un anarchisme conservateur.

En effet, les affinités électives des personnages correspondent avec les éléments de cet « ermitage qui sentait le passé-présent à plein nez » selon une prière poétique proche de l’esthétique paradoxale de Barrès, tantôt portée par l’intensité de la réflexion et le refus des convenances, tantôt exaltée par l’indestructible fièvre du Moi, en présence d’un paysage aux traits impressionnistes.

« Désireux de rejoindre une mystique de l’ascèse déployée en ce coin de Dieu loin de tout, Le Passeur de Dieu cultive un lyrisme discipliné, et propose une initiation à la simplicité, ce qui justifie l’énergie baroque du père Stanislas. »

Sans toutefois sombrer dans le piège de l’incantation, la musicalité moraliste de l’auteur scelle une gravité passionnelle et une mélancolie douce où « L’amour ne survient que lorsque l’on est prêt à l’assumer » (p.64)

Désireux de rejoindre une mystique de l’ascèse déployée en ce coin de Dieu loin de tout, Le Passeur de Dieu cultive un lyrisme discipliné, et propose une initiation à la simplicité, ce qui justifie l’énergie baroque du père Stanislas.

Ennemi d’un rationalisme étroit, ce personnage-clef recueille, finalement sans cérémonie, les efforts humains, tâtonnants et laborieux, à ratiociner, saucissonner Dieu, participant à perdre l’essentiel qui réside dans le lien humain, à jamais indépassable. S’il se fait doctoral, parfois doctrinaire, ce n’est que pour mieux manifester une inquiétude spirituelle devant l’âme asséchée.

« L’amour ne survient que lorsque l’on est prêt à l’assumer »

Ni apologie prosélyte, ni vraiment roman de conversion, Le Passeur de Dieu rejoint plutôt la prose racée d’un genre nouveau, tendre et cavalier, qu’il restera à définir en une exaltation réfléchie ; finalement très proche d’un certain romantisme allemand, sans la crispation tragique, ce conte vibrant vient se jeter « dans la gueule de Dieu » (p.213) et interroge le sens de la rencontre avec l’intercesseur, coup de foudre qui passe et se transmet, nous arrachant au royaume du confort, assuré, comme Hugo Von Hofmannsthal, que « la rencontre promet plus que ne peut tenir l’étreinte ». (Chemins et rencontres).

Livres

  • De l’amour en éclats, Ad Solem, 2003
  • De sa Part, Douze lettres de saint Dominique écrites post gloriam, Ad Solem, 2005,
  • À l’âge de la Lumière, Dialogue avec la pensée des hommes, avec la collaboration du Père Marie-Dominique Philippe, Ad Solem, 2006
  • La Passion de l’amour, Ad Solem, 2008
  • Cette nuit, l’éternité, Editions de L’Oeuvre, 2010
  • Homme et Prêtre, tourments, lumières, confidences, Ad Solem, 2011
  • Marie, mon secret, conversation avec la Vierge, Liamar International Publishing Group, 2012
  • Au diable la tiédeur, suivi de Petit Traité de l’essentiel, Robert Laffont, 2012
  • Croire, Questions éternelles, réponses actuelles, Editions Artège, Novembre 2012
  • Le Passeur de Dieu, Robert Laffont, 2014.

Chansons

  • Pour l’amour de l’Amour, CD – DVD, 2009
  • Une idée folle, CD, 2011

Site Internet

www.delamoureneclats.fr

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1Commentaire

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  • anne charlotte Lundi , 2 mars 2014 @ 8 h 32 min

    Les paroissiens de l’Eglise des Réformés à Marseille le disent… : « Je viens ici parce que j’y découvre ce que je n’ai pas trouvé ailleurs ».

    C’est aussi un “Petit Traité sur l’essentiel”.
    Parler de l’essentiel ou se taire. Seul un poète, mais ce poète est prêtre, pouvait recueillir cette ultime injonction. Et ne pas faire mentir le silence.

    Les 10 titres sont en diffusion sur Livres en Famille, http://www.livresenfamille.fr/index.php?s=zanotti-sorkine

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