Alexandre Del Valle plaide pour un Occident décomplexé

Après avoir consacré plusieurs ouvrages aux dangers qui menacent l’Europe depuis l’extérieur – comme l’hyperconsumérisme anglo-saxon surnommé Mc World ou encore le totalitarisme islamiste – le géopolitologue et essayiste Alexandre Del Valle nous livre dans ce « petit traité » une réflexion très documentée sur « l’idéologie de la haine de soi et du désespoir », menace la plus grave, selon lui, pour notre continent étant donné qu’elle ronge celui-ci de l’intérieur. L’auteur, qui considère ce phénomène comme une maladie, établit un diagnostic détaillé (chapitres I et II) et propose ensuite des remèdes (chapitres III et IV) à ce mal certes funeste mais heureusement pas incurable.

Le diagnostic. L’auteur effectue une analyse psychologique détaillée de la « dépression collective » dont souffrent les Occidentaux en général (Europe et Amérique du Nord) et les Européens en particulier. Leur comportement « pathologique », caractérisé par une perte de fierté et un mépris pour leur propre culture façonnée par la philosophie grecque, le droit romain et la morale judéo-chrétienne, conduit l’Occident à n’être plus qu’un espace cosmopolite dépourvu de toute identité propre, dédié à l’économie de marché et à la diffusion, parfois arrogante, des droits de l’homme dans le monde.
Le diagnostic une fois posé, l’auteur recherche les causes de ce mal civilisationnel dans le processus de désinformation dont il dénonce le langage qu’il appelle « cosmopolitiquement correct » et qui entretient cette idéologie mortifère de la culpabilisation appelée par d’autres analystes, comme Jean Sévillia, le « terrorisme intellectuel ».

Les remèdes. Pour A. Del Valle, la situation est donc grave mais heureusement pas désespérée. L’Occident peut guérir de son mal et doit à cette fin suivre un double traitement. Le premier est une « thérapie de réarmement moral » qui consiste, pour les Occidentaux à se réconcilier avec eux-mêmes en faisant le deuil de cet esprit de domination universelle qui fut le leur depuis plusieurs siècles et en acceptant la réalité d’un monde désormais multipolaire. Cette acceptation leur permettra de ne plus se sentir responsables de tous les malheurs du monde et de retrouver la fierté de ce qu’ils sont. En d’autres termes, les Occidentaux ne pourront survivre en tant que civilisation qu’en effectuant un travail introspectif de déculpabilisation et en faisant respecter d’abord chez eux des valeurs qu’ils souhaiteraient faire rayonner dans le monde.
Mais ce n’est pas tout, le second traitement que doivent suivre les Occidentaux consiste en un travail de réadaptation d’ordre géostratégique. Malgré la fin officielle de la Guerre froide au début des années 1990, l’Amérique du Nord et l’Europe continuent à entretenir des relations difficiles avec la Russie qui partage pourtant avec l’Occident une civilisation commune – depuis la chute de Constantinople au profit des Ottomans (1453), Moscou n’est-elle pas devenue la troisième Rome ? Pour que l’Occident surmonte définitivement sa culpabilité maladive, l’auteur propose dès lors une redéfinition des alliances pour l’établissement d’un « Panoccident » englobant Amérique du Nord, Europe et Russie, cette dernière étant manifestement un allié plus naturel que les régimes islamistes du Golfe.

Conclusion
Mêlant les questions politiques, économiques, sociales et culturelles qui sont trop souvent la cible d’une désinformation génératrice d’un profond malaise voire d’un mal-être parmi les Occidentaux, Alexandre Del Valle nous offre, au fil d’un exposé dense et haletant, une cure de déculpabilisation salutaire dans un traité qui n’a de petit que le nom.

Alexandre Del Valle, Le complexe occidental. Petit traité de déculpabilisation, Paris, Éditions du Toucan, 2014, 410 pages, 22 euros.

> Johan Bourlard est islamologue.

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7Commentaires

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  • HuGo , 1 juillet 2014 @ 16 h 09 min

    IMPÉRATIF !
    l’ Europe a en la Russie un allié naturel…les nord-américains doivent le reconnaître, et le temps presse…

  • hectorgalb , 1 juillet 2014 @ 18 h 20 min

    Russie, allié naturel, peut-être pas autant, mais interlocuteur naturel ça oui, et c’est cette place que les USA tentent de ravir.

  • V_Parlier , 1 juillet 2014 @ 19 h 22 min

    Une bonne idée de projet, mais les USA ne l’entendent pas du tout de cette manière…

  • V_Parlier , 1 juillet 2014 @ 19 h 29 min

    Dans le monde toutes les puissances du présent et du passé sont coupables à un moment donné, et les culpabilisations exagérées cherchent souvent à justifier les affronts d’aujourd’hui (appliqués par NOS propres dirigeants). Mais cette persécution expiatoire est appliquée non seulement envers les peuples européens mais aussi envers d’autres (par exemple, la Russie, si je reprend l’exemple plus haut). Et là, l’UE aura bientôt de quoi culpabiliser.

  • Zèbre Zélé , 2 juillet 2014 @ 20 h 24 min

    Cette “dépression collective” est réservée aux gens de gauche, aux politiques et aux soit-disant “élites”. Je ne pense pas qu’un(e) véritable homme ou femme de droite puisse être contaminé(e) par cette maladie très sélective. Certains sont fiers de leur sexualité, moi je le suis de ma culture, c’est certainement meilleur pour le moral.

  • Alainpsy , 3 juillet 2014 @ 0 h 28 min

    La “dépression collective” Française s’aggrave par le sentiment de perdre son temps à être gouvernés par un petit insignifiant narcissique qui place ses blagues comme un chien arrose les réverbères, avec un entêtement qui consiste à vouloir laisser une trace, aussi répugnante soit-elle. Il faut aux gens d’ici un Père symbolique crédible, quelqu’un d’envergure, une autorité salvatrice qui remette nos valeurs au centre, une Femme determinée à combattre par exemple.

  • praviysector , 4 juillet 2014 @ 14 h 35 min

    un “panoccident” avec la Russie pourquoi pas, mais il faudra qu’elle surmonte son orgueil vis a vis des pays d’europe centrale particulieremnt remontés en ce moment à son encontre. Par contre, si c’est avec avec l’empire russe, à la fois orthodoxe, asiatique et musulman, ce nouveau “melting pot” à la mode chez les géopoliticiens de droite, sérieux ou non, risque bien d’achever la vieille Europe…

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