Relativiser tout type de violence ?

Relativiser tout type de violence ?

Pape

La violence est entrée dans le monde avec le péché, enseigne la Bible. Le premier meurtre de l’histoire humaine est celui d’Abel, victime de la jalousie de Caïn. Mais il n’est pas besoin d’être croyant pour faire l’expérience, en soi ou chez les autres, de cette violence nichée au cœur de l’homme depuis les origines de l’humanité. C’est un fait qui s’impose à tous.

En revanche, tout l’effort de la civilisation a consisté à endiguer la violence et, à défaut de pouvoir la supprimer, de tenter d’en contenir les effets. C’est d’abord la loi du Talion qui limite la vengeance privée à une riposte à l’identique : « œil pour œil, dent pour dent ! ». C’est ensuite la revendication pour l’Etat du monopole de la violence légitime, afin de se substituer au cercle infernal de la violence privée. C’est enfin, l’encadrement de la violence par l’Eglise qui limite le recours à l’usage de la force dans l’espace (la paix de Dieu) et le temps (la trêve de Dieu), et théorise avec Saint Thomas d’Aquin la juste guerre qui seule autorise le recours aux armes.

Couronnant le tout, le message du Christ – et plus encore l’exemple qu’Il a donné sur la Croix – montre que la violence est désarmée par celui-là même qui accepte d’en porter par amour tout le joug. Comme l’a montré René Girard, le christianisme brise le cercle vicieux de la violence mimétique car il propose non une riposte à l’identique (ce qui était déjà un progrès) mais une offrande de soi par amour pour la conversion des persécuteurs : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ».

“Si un homme ne répond que de lui, il peut effectivement décider de tendre la joue gauche si on le frappe sur la droite. Mais s’il est responsable d’une famille, la légitime défense lui commande au contraire de défendre sa femme et ses enfants.”

Cela n’induit nullement un pacifisme qui désarmerait quiconque face à une situation de violence dont il est victime. Si un homme ne répond que de lui, il peut effectivement décider de tendre la joue gauche si on le frappe sur la droite. Mais s’il est responsable d’une famille, la légitime défense lui commande au contraire de défendre sa femme et ses enfants. Comme le souligne Fabrice Hadjadj, « l’homme, en étant époux et père, devient le défenseur de sa femme et de ses enfants : il peut bien tendre sa joue gauche à lui, mais il ne peut tendre leurs joues gauches à eux. Il a par conséquent le devoir, pour leur défense légitime, de prendre les armes ou, ce qui n’est pas moins courageux, de prendre l’enfant et sa mère et de fuir en Égypte ».

Voilà comment la violence est régie par le catholicisme : appel à l’extirpation intérieure de toute forme de violence par la conversion du cœur et encadrement de l’usage de la force à des strictes fins de défense des plus faibles. À aucun endroit, on ne trouvera de légitimation de la violence à des fins de domination religieuse ou de conversion. Pour la simple et bonne raison que la conversion recherchée est celle du cœur et non une adhésion formelle et extérieure. On rappellera à ce titre que les croisades furent d’abord une entreprise de légitime défense destinée à permettre aux pèlerins persécutés par les turcs seldjoukides d’accéder aux lieux saints de Jérusalem, notamment au Saint-Sépulcre.

Rien de tel en islam. La loi du Talion n’est même pas respectée puisque la riposte est souvent prônée au-delà du mal commis, comme c’est le cas de la main coupée en punition du vol (Coran, 5 38). Par ailleurs, l’exemple de Mahomet ne peut, à moins de travestir les faits, être comparé à celui du Christ. Enfin, le Coran, s’il contient des sourates pacifiques, contient aussi des appels au meurtre des non-musulmans qu’il est d’autant plus difficile d’extirper qu’aucun magistère universel n’existe comme dans le catholicisme, afin de livrer une interprétation qui fasse seule autorité pour l’ensemble des croyants.

“On ne peut renvoyer dos-à-dos christianisme et islam au sujet de la violence comme l’a fait hier le pape François dans un parallèle hasardeux.”

De courageux intellectuels de culture musulmane sont si convaincus de cette lacune qu’ils n’hésitent pas à brocarder ceux qui se contentent d’affirmer que la violence n’a rien à voir avec le Coran. Ainsi, en va-t-il d’Abdennour Bidar pour qui l’islamisme est un cancer qui prend ses racines au sein même de l’islam : « Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t’insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! […] Ce problème est celui des racines du mal. D’où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre – et il en surgira autant d’autres monstres pires encore que celui-ci tant que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal ! »

C’est pourquoi, on ne peut renvoyer dos-à-dos christianisme et islam au sujet de la violence comme l’a fait hier le pape François dans un parallèle hasardeux : « Je n’aime pas parler de violence islamique, parce qu’en feuilletant les journaux je vois tous les jours que des violences, même en Italie : celui-là qui tue sa fiancée, tel autre qui tue sa belle-mère, et un autre… et ce sont des catholiques baptisés, hein ! Ce sont des catholiques violents. Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique ».

“Mettre au même niveau la violence domestique et celle qui obéit aux injonctions de certaines sourates du Coran procède d’une profonde confusion intellectuelle.”

Mettre au même niveau la violence domestique et celle qui obéit aux injonctions de certaines sourates du Coran procède d’une profonde confusion intellectuelle. Il y aura toujours des hommes violents, et ce quelles que soient les civilisations. C’est la liberté personnelle de chacun qui est en jeu. Mais à aucun moment, ces actes de violence ne reçoivent, dans le catholicisme, une quelconque forme de légitimation religieuse par un texte ou une autorité sacrés. Ce n’est malheureusement pas le cas en islam et ce sont des penseurs musulmans qui parfois le dénoncent courageusement.

Ce serait donc du relativisme culturel que d’affirmer que toutes les civilisations et religions se valent de ce point de vue. Ne pas voir l’impact sur les mentalités de prescriptions violentes non régulées par une interprétation faisant autorité, c’est s’exposer à être aveugle sur la réelle nature de la menace qui nous entoure. Et ne pas rendre service aux musulmans engagés dans ce courageux travail de lucidité !

« Une chose est vraie, poursuit le pape, je crois qu’il y a presque toujours dans toutes les religions un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons ». Il faudrait interroger le pape pour savoir quels sont les « fondamentalistes catholiques » qui pourraient légitimement être comparés aux bourreaux de l’Etat islamique, quels sont ceux qui égorgent des imams dans une mosquée au nom de la foi chrétienne… La comparaison n’est pas du tout fondée car le seul « fondamentalisme » prôné par l’Eglise se trouve finalement être la radicalité de l’amour incarnée par les figures de sainteté qui ornent nos autels.

“Il est à craindre que ce genre de propos finisse par décrédibiliser la parole pontificale et donner de l’eau au moulin à tous ceux qui en Occident pratiquent le relativisme culturel et s’interdisent un quelconque jugement de valeur sur une religion ou une civilisation.”

Il est plutôt à craindre que ce genre de propos finisse par décrédibiliser la parole pontificale et donner de l’eau au moulin à tous ceux qui en Occident pratiquent le relativisme culturel et s’interdisent un quelconque jugement de valeur sur une religion ou une civilisation. Or, toute entreprise de renaissance intellectuelle et spirituelle ne peut s’affranchir d’un profond devoir de vérité qui oblige aujourd’hui tous ceux qui souhaitent lutter contre la barbarie islamiste. Sinon, ce sont les générations suivantes qui nous reprocheront ce coupable aveuglement.

Benoît Dumoulin

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19Commentaires

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  • Marguerite , 2 août 2016 @ 8 h 30 min

    Les paroles de ce Pape ne sont pas bien …. Ce n’est pas un bon pape … car il sème la confusion dans bien des domaines alors qu’il devrait guider ses ouailles vers le Vrai, le Beau, le Bien …..

  • Cap2006 , 2 août 2016 @ 8 h 51 min

    Votre pape est infaillible… Sans doute a t il voulu lire dans ces actes barbares qui endeuillent nos pays ceux de pauvres types sans aucune foi pas plus que de loi… Aussi décérébrés que peuvent l’être des catholiques qui commettent des actes barbares moins médiatisés.

    Il y a t il une once de religiosité lorsqu’un type ne se réfère qu’à la partie de sa religion qui sert sa désespérance, sa haine, sa violence…
    Chaque croyant comme non croyant est confronté en permanence à la tentation de ne retenir que ce qui l’arrange dans ses fondations spirituelles et morales.
    Il n’y a pas si longtemps une église catholique bannissait une jeune fille de la messe, donc de toute la communauté de son petit village… Elle n’était plus vierge, plus digne de communier… Au nom de l’interprétation des textes religieux. Son violeur connu de tous etait au premier rang sur son siège réservé.
    C’était l’amie de ma grand mere..
    Les arabes sont passé du moyen age à la “modernité” en quelques décenies… Il ya a aussi une échelle de temps…

  • François2 , 2 août 2016 @ 9 h 46 min

    C’est hallucinant, François, pape ou démon, a dit : “Si je dois parler de violences islamiques, je dois aussi parler de violences chrétiennes. Dans presque toutes les religions, il y a toujours un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons, nous aussi.”
    Chez les catholiques serait-ce des fondamentalistes de l’idiotie, de l’imbécilité ou de la crétinerie ?

  • HuGo , 2 août 2016 @ 10 h 33 min

    L’islam né plus de 6 siècle après le christianisme qui n’était que l’accomplissement du judaïsme, révélation progressive de Dieu aux Hommes, ses créatures, et il n’a pas intégré le commandement fondamental de l’amour du prochain. L’islam prétend détenir la Vérité ! Il ose balayer d’un revers de la main les 2 religions monothéistes qui le précèdent et qui sont dans la continuité, elles.
    Qui prétend aimer Dieu par dessus tout, aime son Prochain (qui que ce soit rencontré), sinon prétendre aimer Dieu et ne pas aimer son Prochain serait vain. Le judaïsme, dans ses représentants les plus éminents, des 2 siècles précédents le naissance du Christ avait déjà intégré ce commandement capital, pierre angulaire de la Foi. Le Christ a accompli la Loi et a précisé le fondement du christianisme : l’amour de Dieu, inséparable de l’amour du prochain, et les béatitudes.
    Alors pourquoi, Cap2006, toujours servir cette justification totalement insensée que le christianisme (ou le judaïsme) ont mis des millénaires à progresser. Prenez-vous nos ancêtres dans la Foi pour des crétins criminels ? Prenez-vous le Moyen-Âge pour une période obscure de l’Histoire ? Ce ne sont que préjugés, sentences de condamnation faciles, anti-chrétiennes pour sûr !

  • Exo , 2 août 2016 @ 16 h 35 min

    Violence chrétienne : je viens de la voir aux obsèques du Père Jacques : “Dieu notre Père, nous osons vous prier pour ces deux jeunes…..” “Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent.” “Il passait en faisant le bien et délivrait tous ceux qui étaient sous l’emprise du diable” Dernière parole du Père Jacques : “vas-t-en satan !” Une étole rouge sur le cercueil, couleur du martyre.

  • appeals , 2 août 2016 @ 18 h 38 min

    Comment s’étonner que le catholicisme s’effondre avec ce genre de pape et un clergé qui tient des propos similaires.

  • Daneels Patrick , 2 août 2016 @ 19 h 41 min

    Que pensez vous les bons Catholiques des massacres des Albigois, de l’ inquisition et leur buchers, le massacre de la St- Barthélémy. Est-ce la bonté d’ un” Dieu misecordieux”??
    Ce sont des assassinats par les Catholiques contre d’autres Chrétiens.
    Les religions engendrent le fanatisme!

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