Réfléchir dans la durée, avoir le sens de la pérennité (2/2)

Suite de l’entretien avec le chercheur en science politique Marc Crapez. Quel bilan faites-vous de la première année du pontificat du Pape François ?

Il a l’air de vouloir réformer. Avec l’allongement de l’espérance de vie, les gens veulent reformer des couples sans être dans le pêché. Pour le reste, je suis dubitatif. J’ai peur qu’il préfère la terre entière à ses propres ouailles. En mars 2013, lorsque le Point.fr demande à ses lecteurs ce qu’ils attendent en priorité du nouveau Pape, 41% d’entre eux veulent en priorité qu’il « soit un rempart efficace et déterminé contre la montée de l’islam ». Sans aller jusque-là, on espérait un Pape sachant tendre la main aux musulmans tout en réaffirmant ses valeurs. Un Pape moderne, mais ferme sur les principes. Après tout, l’Église n’est pas une pétaudière. Normal qu’elle reste à contre-courant sur bien des points.

« Tout le monde n’est pas Jean-Paul II défiant successivement le colosse communiste puis le discours dominant des puissants du jour. »

Ce Pape dénonce l’argent avec les mêmes accents de rhéteur qu’un autre François (Mitterrand). Il déclare n’avoir « jamais été de droite » (19 septembre 2013). Fait étalage d’une sollicitude particulière en faveur des détenus musulmans et des immigrés clandestins. Dénonce une « culture du rejet » des personnes âgées. Mais où diantre a-t-il vu que les vieux sont rejetés ! Par quel discours dominant des médias, des élites ou des lobbies ? Ce sont, au contraire, ses propos à lui qui épousent l’air du temps. Tout le monde n’est pas Jean-Paul II défiant successivement le colosse communiste puis le discours dominant des puissants du jour !

Du temps de la dictature en Argentine, l’accusation de complicité est démentie par plusieurs témoignages. Reste l’accusation de silence, celle d’avoir été au courant, dès 1977, de l’existence de nourrissons volés à certaines familles de victimes pour être éduqués dans des familles de notables du régime. Entendu comme témoin, lors d’un procès en 2010, le cardinal jésuite Bergoglio déclarait, par exemple, au sujet d’Untel : « Je ne me souviens pas du tout qu’il m’a précisé que sa fille était enceinte » (cité dans La Croix du 27 mars 2013)…

François Hollande atteint un niveau de désapprobation encore inédit. Quelles conséquences cela peut-il avoir pour lui, la vie politique et les Français ? On se voit mal tenir comme ça encore trois ans et demi…

Hollande guerroie extérieurement et intérieurement fait du sur-place, convaincu qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. La fenêtre de tir ne s’était pourtant pas refermée au bout des cent premiers jours de son quinquennat. L’opinion publique lui a laissé sa chance pendant plus de six mois. Il n’en a pas profité. Son impopularité n’est pas la rançon provisoire d’une action réformatrice. Elle est improductive, selon la formule de Nicolas Beytout. Il est de ces politiciens, décrits par Mathieu Bock-Côté, qui ne cherchent pas à résoudre des problèmes auxquels ils auraient réfléchi, mais à les traiter médiatiquement, jusqu’à ce que l’attention publique se porte sur autre chose.

« La gauche au pouvoir s’emploie à se victimiser en avivant une opposition de la part de la droite populaire dont elle heurte les convictions. »

Plus spécifiquement, les piètres résultats économiques de Hollande lui valant une immense déception auprès de la gauche populaire, il mise sur la gauche sectaire. C’est l’éternelle formule de la gauche au pouvoir : trahissant ses promesses démagogiques, elle s’emploie à se victimiser en avivant une opposition de la part de la droite populaire dont elle heurte les convictions. Hollande fera donc passer le droit de vote des étrangers aux élections municipales quoi qu’il arrive.

Les commentateurs répètent d’un air entendu que François Hollande serait un « libéral-social ». Pourtant, Hollande n’a ni l’intention libérale d’émanciper la créativité du carcan étatique, ni le dessein social-démocrate de réduire les inégalités sociales en améliorant le quotidien des gens modestes. En revanche, c’est un libre-échangiste dogmatique et un sociétal-clientéliste, qui cajole sa base électorale.

Un sondage récent montre que plus d’un tiers des jeunes rêve de faire sa vie à l’étranger. N’est-ce pas inquiétant ?

Il faut avoir le courage de le dire sans tourner autour du pot : ce pays est ruiné par le fonctionnarisme et l’immigration non maîtrisée qui plombent nos finances publiques. Chacun le pressent en son for intérieur : l’immigration subie coûte une petite fortune. C’est démontré par un livre paru dans une collection qui était dirigée par l’excellent Jacques Marseille. Quant au fonctionnarisme, c’est un système ubuesque et ce n’est pas la faute à l’Europe si la France est la plus atteinte.

“La France est ruinée par le fonctionnarisme et l’immigration non maîtrisée qui plombent nos finances publiques.”

Ce double problème d’appauvrissement par l’emploi administratif et l’immigration incontrôlée fut, quoi qu’on pense du sarkozysme, soulevé par Sarkozy en 2007. Comment éviter la fuite des cerveaux, endiguer l’expatriation des jeunes talents, que la droite appelle « les forces vives de la nation » découragées par le « matraquage fiscal » ? Malheureusement, il ne s’est pas attaqué au cœur du système, au fonctionnement des pouvoirs publics, aux avantages et privilèges des baronnies étatiques.

Pour qu’il y ait consentement à l’impôt, il faut tenir les deux bouts de la chaîne, manier la carotte et le bâton, empêcher la fraude fiscale tout en restant attractif. Le collecteur d’impôt doit donc justifier la dépense. Pour relever notre France minée par la fragmentation et les séparatismes, il faudrait stopper la gabegie et aller « vers un renouveau éthique ». Évitons les sécessions qui s’affranchissent de la morale commune, quel qu’en soit le prétexte, y compris celui d’échapper à l’impôt. Balzac définissait le patriotisme comme « mépris momentané de l’intérêt personnel ».

Lire la première partie de l’entretien !

> Tous les papiers de Marc Crapez, ou entretiens avec le chercheur en science politique sont à lire ou à relire ici et .

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2 Commentaires

  • MarcS , 2 janvier 2014 @ 9 h 16 min

    Excellent article de synthèse

  • Charles , 2 janvier 2014 @ 9 h 31 min

    Sur les 9 paragraphes,rien à redire sur les 6 premiers.
    En revanche,je constate dans les 3 derniers paragraphes
    plusieurs banalités et contre sens.
    Un paquet de yakafokon du Rotary après un bon Bordeaux.

    Para 7 en dernière ligne:”ce n’est pas la faute a l’Europe (en fait UE)
    si la France est la plus atteinte (par le fonctionnarisme).

    Para 8:Suremploi administratif et Invasion clandestine.

    Para 9:La carotte et le bâton.Collecter l’impôt & réduire les dépenses.

    Sur le Para 7:Fonctionnarisme en France.
    1.Les zelites UMPS se réclament toutes de l’empire UMPS/UERSS.
    2.L’empire UERSS produit des statistiques sur tous les sujets
    sauf sur les sujets qui pourraient fâcher.
    Sortir des comparaisons pertinentes sur la sur-administration UMPS
    permettrait de faire avancer le débat en France. l’UERSS s’y refuse.
    Simplement pour protéger les dites zelites UMPS qui ont la vertu d’etre europeistes.
    Nous avons un chat qui se mord la queue.
    L’UERSS ,par sa complicité silencieuse,porte la principale responsabilité.
    D’autant plus qu’elle pratique elle même la sur-fonctionarité à Bruxelles/Strasbourg.

    Sur le para 8:Invasion clandestine.
    L’empire UERSS est le 1er agent d’invasion par les clandestins.
    Que ce soit avec Schengen (Fifianne Rating & les Bulgares/Roumains/Roms)
    ou avec l’organisme associé de cour de justice européiste
    qui détruit ou annule le principe de souveraineté nationale.

    Sur le para 9: Collecter l’impôt et Réduire les dépenses.
    Le traité de Maastricht de 1992 en supprimant toute déclaration
    aux frontières a déclenché une gigantesque fraude a la TVA intra-UE.
    L’installation de l’euro rigide en 2000/2002 a déclenché une gigantesque
    fraude monétaire au bénéfice de Berlin et des escrocs des pays ruinés.

    Bref,les 3 derniers paragraphes sont un concentré de Yakafokon.

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