Éric Zemmour : « Aujourd’hui, les patrons sont citoyens du monde et la CGT redécouvre la chaleur de la nation »

Le Zemmour du mardi. “Quand le syndicalisme était puissant, jadis, il crachait sur l’État et le traitait de laquais des patrons. Aujourd’hui, c’est Mittal qui prend le ministre du Redressement productif pour un domestique : ‘Mon ami, trouvez-moi un repreneur. Vous avez soixante jours.’ Ironie du sort, Montebourg qui avai jadis rédigé un rapport au vitriol sur les tribunaux de commerce, est transformé en administrateur judiciaire. Georges Pompidou ou Valéry Giscard d’Estaing, convoquaient les patrons dans leur bureau de Matignon ou de la rue de Rivoli pour donner leurs instructions en matière de politique économique et industrielle. C’était il y a quarante ans. C’était il y a mille ans. C’est Mittal qui sonne désormais le ministre socialiste de réparer les dégats causés par sa décision souveraine de fermer l’usine de Florange. Avant, les hauts fonctionnaires du Trésor imposaient leurs desiderata aux patrons. Aujourd’hui, ils songent avant tout à se recaser auprès de ces patrons qui les payent grassement. C’est toujours de l’économie mixte, mais le manche a changé de main. La souveraineté a changé de camp. Elle est désormais du côté de ces grandes entreprises mondialisées plus puissantes que les États-nations qui ressuscitent les féodaux d’antan, la même morgue et la même insensibilité. La mondialisation leur a donnés les clefs du camion et l’Europe a mis les États à la place du mort. Sans frontière, sans monnaie, sans contrôle des changes, surendettés… Que voulez-vous qu’ils fassent ?

Jadis, les syndicats faisaient peur. Aujourd’hui, ils font pitié. Ils furent anarchistes, puis communistes. Désormais, ils sont ‘larmes-de-crocodilistes’.

C’est une cruelle leçon pour Arnaud Montebourg, qui, lui, avait diagnostiqué tout cela dans sa campagne pour la démondialisation mais qui a accepté de devenir ministre d’un Président de la République, qui, au nom de ses engagements européens, se soumettra toujours à la loi d’airain de la mondialisation. Le ministre est nu et tout le monde le voit. ‘L’État ne peut pas tout’, avait dit Jospin sous les quolibets, l’État ne peut rien, est en train de démontrer Hollande. Les syndicats viennent pleurer dans son giron en sachant que leurs larmes sont veines. Jadis, les syndicats faisaient peur. Aujourd’hui, ils font pitié. Ils furent anarchistes, puis communistes. Désormais, ils sont ‘larmes-de-crocodilistes’. Ils supplient l’État de nationaliser la sidérurgie en sachant bien que le Gouvernement socialiste ne le fera jamais. L’Europe ne l’autoriserait pas et les finances de l’État ne le permettraient pas. Jadis, les syndicats étaient internationalistes et les patrons patriotes. Aujourd’hui, les patrons sont citoyens du monde et la CGT redécouvre la chaleur de la nation, ‘le seul bien des pauvres’, disait à l’époque le grand Jaurès. Mais il n’ont pas écouté Jaurès et aujourd’hui, ce sont les syndicats qu’on n’écoute pas. Jadis, les patrons étaient conservateurs et les syndicats révolutionnaires. Aujourd’hui, le capitalisme est révolutionnaire et les syndicats ouvriers sont réactionnaires. Ils subissent un avenir qu’ils avaient cru radieux et rêvent de revenir à un passé qu’ils ont tant détesté.”

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