De Pierre Bergé à Florange, le libéralisme, voilà l’ennemi…

Tribune libre de Frédéric Pichon*

« Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? »

Cette petite phrase de Pierre Bergé, à l’occasion de la manifestation pour le mariage dit pour tous qui, soit dit en passant, donna lieu à un florilège de slogans haineux dont plus d’un auraient pu tomber sous le coup de la loi pénale, n’a pas suscité les atermoiements escomptés auprès des spécialistes de l’indignation toujours à la recherche de la petite phrase susceptible de faire le buzz.

Pourtant l’aveu est de taille et confirme aujourd’hui, plus que jamais, la nécessité d’un refus anthropologique, existentiel et radical du nihilisme relativiste et de ses enfants que sont le marxisme et le libéralisme. Rien que cela, me direz-vous ?

On aurait aimé entendre les Mélenchon, Besancenot et autres Clémentine Autain dénoncer cette déclaration odieuse faisant l’apologie de l’exploitation de l’homme par l’homme. Quelle centrale syndicale est montée au créneau pour dénoncer cette épouvantable vision marchande de l’homme et de la femme ?

Et la droite dans tout cela ?

Il semble y avoir une certaine unanimité, du moins de façade pour dénoncer cette escroquerie du mariage dit pour tous. Et ce débat sociétal pourrait laisser croire à une renaissance du vieux clivage droite/gauche.

Pourtant les choses ne sont pas si simples que cela.

Car au-delà des mots et des discours de circonstance, la seule vérité qui compte en définitive est celle des actes.

C’est sous la droite libérale et bourgeoise qu’ont eu lieu les bouleversements sociétaux les plus significatifs. Depuis Pompidou en effet, et ce en vertu d’un véritable Yalta, la droite abandonna la culture à la gauche pour se concentrer sur le monde des affaires. La loi sur l’IVG que Sarkozy présenta dans sa campagne de 2007 comme un élément constitutif de l’identité nationale, fut votée sous un gouvernement de droite en même temps que l’on autorisait le regroupement familial pour les travailleurs immigrés. Signe des temps, au moment même où la France renonçait à assurer le renouvellement des générations en refusant d’accueillir la vie, elle ouvrait grand les portes à une immigration de population ainsi qu’à une substitution de population.

Le refus de la loi sur le mariage pour tous que Copé et Fillon font mine de combattre ne s’explique pas autrement que par une droitisation de l’électorat conservateur qui se dessine qui plus est à un moment critique d’une pathétique guerre de chefs.

Pourtant n’est-ce pas Nicolas Sarkozy qui avait d’ores et déjà ouvert les vannes sur cette question comme sur un certain nombre de sujets sur le plan sociétal ?

Qui a introduit la notion de l’idéologie du genre dans les manuels de SVT sinon Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale de Nicolas Sarkozy ?

Qui a introduit la loi de 2004 (article 24 alinéa 9 de la loi sur la presse), qui sous couvert de lutte contre l’homophobie, est un nouvel instrument liberticide bâillonnant par principe tout discours hostile à ceux, communautaristes, des LGBT ?

Qui participa à la création de la Halde, véritable police de la pensée et nomma à sa tête Louis Schweitzer, le patron le mieux payé de France, ce qui pour un organisme qui prétend lutter contre la discrimination est un comble sinon la droite ?

Qui a nommé Nadine Morano à la famille et Roselyne Bachelot – fervente partisane du mariage gay – à la santé ?

Qui accordait déjà une importance démesurée au groupuscule ultra-minoritaire, y compris chez les homosexuels, Inter-LGBT sinon Nicolas Sarkozy ? Françoise Hollande, qui, après avoir promis aux 36 000 maires de France une disposition sur l’objection de conscience en matière de mariage gay, revint sur son engagement en quelques heures après avoir été rappelé à l’ordre par l’Inter-LGBT, ne fut que son digne successeur en la matière.

À l’inverse, d’autres patriotes voient à travers ce débat sur la dénaturation du mariage un enfumage du gouvernement au moment même où celui-ci affiche au grand jour la trahison des classes populaires les plus exposées.

Et il est incontestable que ce petit travail de diversion n’est pas indépendant de ces trahisons prévisibles. Incapable de faire face aux terribles défis économiques et sociaux auxquels sont confrontés des millions de nos compatriotes les plus exposés, la gauche se rattrape sur le sociétal.

“Ne sommes nous pas des héritiers ? Qu’adviendra-t-il de notre généalogie lorsque certains de nos compatriotes auront été conçus dans un éprouvette d’un père inconnu, loués pendant neuf mois à une mère porteuse pour être vendus comme un objet auquel on aurait droit en vertu d’un caprice que la nature elle-même refuse ?”

Car en définitive, si la droite a accompli pendant des années le travail de destruction des valeurs, la gauche s’acoquina parfaitement avec les affaires et le capitalisme financier.

Un Jaurès, qui déclarait « à ceux qui n’ont plus rien, la Patrie est le seul bien », se reconnaîtrait-il dans un DSK, candidat initial du Parti socialiste ? Le PS n’est qu’un parti de bourgeois, véritable champs clos d’intérêts rassemblant une petite élite coupée du peuple à l’instar de l’association Terra Nova, de quelques frères issus d’une secte philosophico-ésotérique noyant leurs angoisses existentielles dans les soirées du Carlton et des allumés de l’Inter-LGBT.

Car au moment où le think thank du PS, l’association Terra Nova se fait l’écho des revendications les plus délirantes en matière sociétale, elle considère la classe ouvrière comme définitivement perdue par la gauche et suggère que l’on se tourne vers de nouveaux bataillons que constituent les populations issues de l’immigration, ceux-là même que la droite affairiste fit venir massivement dans les années 60 et 70 pour faire baisser les coûts salariés.

Alors quelle est la morale de cette histoire ?

C’est qu’en réalité, le combat n’est pas entre la droite et la gauche, libéraux ou socialistes, car ils sont de la même engeance. L’un nourrit l’autre. L’individualisme est le père nourricier du collectiviste et de la bureaucratie. Quand chacun ne vit plus que pour soi, et conjure sa névrose dans les plaisirs hédonistes et éphémères qui ne comblent pas, que l’on laisse les vieux mourir à l’hospice et les SDF qui sont nos frères dans la rue parce que la famille est éclatée, c’est la froideur bureaucratique des administrations qui remplace ces solidarités naturelles.

Il serait même vain dans ces conditions de fustiger un islam communautariste, politique, théocratique et volontiers conquérant mais qui fournit des repères à de jeunes gens déracinés, remplis de testostérone et d’énergie et qui ne se reconnaissent définitivement pas dans une société qui se confond en repentance, qui produit la gay pride et enseigne aux gamins de maternelle l’idéologie du genre.

À ce petit jeu-là, nous serons perdants.

Le combat est le combat éternel des partisans de la vie, du bien, du beau et du vrai car il existe qu’on le veuille ou non une transcendance. Ce combat n’est pas nouveau. Il existait déjà du temps d’Aristote qui luttait contre les sophistes, ancêtres des marxistes et des libéraux pour qui il n’y avait pas de vérité et pour qui tout se valait.

Et dans ce combat, le maintien des liens sociaux, familiaux, culturels et nationaux qui, à différents niveaux sont des lieux d’épanouissement et de vie, est essentiel.

Dissocier le combat contre la désindustrialisation de notre pays et la dilution de l’identité nationale dans le grand magma cosmopolite de celui de la défense de la famille menacée comme jamais par des groupuscules communautaires activistes dont le capitaliste Pierre Bergé se fait le défenseur, serait la pire des erreurs.

Et pour ceux qui douteraient du lien intrinsèque existant entre le capitalisme et la communisme, laissant la parole à Marx lui-même :

“Partout où elle est arrivée au pouvoir, la bourgeoisie a détruit toutes les conditions féodales, patriarcales, idylliques. Les liens féodaux, complexes et variés qui unissaient l’individu à son supérieur naturel, elle les a déchirés impitoyablement et n’a laissé subsister d’homme à homme, d’autre lien que l’intérêt tout nu, que l’impassible paiement au comptant…

À l’exploitation masquée par des illusions religieuses et politiques, elle a substitué l’exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. Le médecin, le prêtre, le juriste, le savant, elle en a fait un salarié à gage. Elle a arraché aux relations familiales leur voile de toute sentimentalité et les a ramenées a de simples rapports d’argent. En somme, elle a rendu insupportable, ce que l’ancien régime, par des éléments extrinsèques à l’économie, comme la religion, la famille, rendait supportable ».

Enfin, le rôle du capitalisme a été décisif dans le processus de mondialisation et de destruction du sentiment national :

“La bourgeoisie a su briser les cadres nationaux de l’industrie ancienne. Elle a rendu cosmopolites, par l’exploitation du marché mondial, la production et la consommation de tous les pays. Les nations les plus barbares, ont été entraînées dans le courant de la civilisation, autrement dit, ont du adopter leur mode bourgeois de produire, d’échanger, de penser mais la bourgeoisie ne s’est pas contentée de forger les armes qui lui donneront la mort ; c’est encore elle qui a produit les hommes qui se serviront de ces armes – les ouvriers modernes, les prolétaires… Elle produit avant tout ses propres fossoyeurs. La chute de la bourgeoisie et la victoire du prolétariat sont également inévitables ».

Le projet de mariage pour tous qui induit nécessairement la procréation médicalement assistée, ainsi que la gestation pour autrui constitue un bouleversement anthropologique sans précédant en dissociant la parenté de la filiation et de la généalogie.

Or face au mondialisme marchand et niveleur qui ne veut voir que des consommateurs, déracinés et si possible asexués, perméables aux slogans de plus en plus tapageurs et mensongers, la rupture de la filiation et de la généalogie est un pas décisif.

Ne sommes-nous pas des héritiers ? Qu’adviendra-t-il de notre généalogie lorsque certains de nos compatriotes auront été conçus dans un éprouvette d’un père inconnu, loués pendant neuf mois à une mère porteuse pour être vendus comme un objet auquel on aurait droit en vertu d’un caprice que la nature elle-même refuse ?

En conclusion, le combat contre le nihilisme mondialiste, qu’il prenne la forme du libéralisme ou du socialisme démocratique ou marxisant, doit être un combat anthropologique, civilisationnel et global et doit prendre en compte la personne dans toutes ses dimensions.

*Frédéric Pichon est avocat. Il préside le Cercle des avocats libres.

Du même auteur :
> Pourquoi je ne voterai pas Sarkozy

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27 Commentaires

  • gerard , 3 janvier 2013 @ 14 h 05 min

    c’est bien de dénoncer le sophisme; mais il serait mieux de ne pas l’utiliser.
    vous vous trompé totalement de cibles.
    les choses sont moins machiavels que vous le voyez.
    enlevez simplement l’esprit d’état providence; responsabilisé le peuple; baisser drastiquement les taxes et impôt;
    le peuple reprendra à sa charge la notion d’équité et de fraternité.

  • Frédérique , 3 janvier 2013 @ 14 h 06 min

    Libéralisme, capitalisme, socialisme, communisme… au début, tout part d’un bon sentiment avant d’être vite détourné au profit de quelques uns, au détriment du plus grand nombre, jusqu’à ce qu’une guerre fiche tout par terre et le temps de relever les ruines et de sécher les larmes, on repart le coeur plein d’espoir en se promettant “plus jamais ça”.
    Il était une fois l’humanité….
    Le communautarisme à l’échelle planétaire est peut-être la solution, au diable les nations, la famille, les origines, les races, divisons la terre en parcs naturelles, en réserves et que chacun aille vivre dans celle qui lui convient le mieux.

  • ranguin , 3 janvier 2013 @ 15 h 24 min

    Bientôt on ouvrira des zoos dans lesquels nous pourrons voir des familles naturelles :Père, mère et enfants.
    On tue la famille à petit feu.
    Quand les enfants nouvelle génération demanderont à voir leurs géniteurs qui allons nous leur présenter : des éprouvettes ?

  • golum , 3 janvier 2013 @ 16 h 47 min

    La liberté d’entreprendre est un droit fondamental, très positif par ailleurs.
    Le souci vient lorsqu’une catégorie de bien ou de service prend une telle ampleur que, d’un côté, il est assuré par un opérateur, ou un nombre limité d’opérateurs, alors que de l’autre, cette catégorie devient de facto indispensable à la collectivité.
    Alors on assiste à l’émergence de puissances susceptibles de conditionner la collectivité sur la base de critères qui ne sont pas ceux de son bien être, mais celui du profit privé, qu’il s’agisse d’une organisation ou de ses dirigeants. A fortiori quand ces organisations finissent par adopter des tailles et des organisations transnationales.
    Dans la foulée du CNR et des lois de nationalisation de 1946 cette question avait été pensée comme telle, et bien pensée.
    Le souci symétrique, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, est que la gestion collective d’actifs produit souvent une gestion et une organisation démagogique qui aboutissent à leurs délitements – on l’a vu avec le communisme -, et des résultats similaires à ceux d’un capitalisme hors de contrôle.
    Au fond, la question est toujours celle du pouvoir, et la nécessité d’éviter que des puissances non démocratiques accaparent une collectivité. A cet égard, les lois anti concentrations sont des réponses plutôt faibles.
    Ce qu’il conviendrait, c’est d’établir des seuils de taille, au-delà desquels la scission des entreprises s’impose automatiquement. Et par ailleurs, l’instauration de services publiques déconcentrés (car le risque est identique) où l’exigence de gestion est définie par les textes – puisque la motivation du profit particulier est étrangère à ce type d’organisation.
    In fine, c’est toujours la question du pouvoir qui est posée.
    L’axe de réponse est nécessairement celui d’éviter que se constitue des aristocraties, quelles qu’elles soient.
    Et à l’objection de la taille, des économies d’échelles, etc, qui est supposée fournir l’argument de grandes organisation centralisée pour permettre l’émergence de grands projets et/ou des projets à la mesure de l’ensemble à servir, une nation par exemple, c’est une foutaise.
    Pour atteindre ce but, il existe bien d’autres manières d’y parvenir, qui satisfont l’impératif de ne pas verser dans la constitution de pouvoirs autocratiques.
    Cette question là c’est pas de drôche ou de gouache ; c”est un question d’humaniste.

  • JG , 3 janvier 2013 @ 16 h 57 min

    Bravo à Frédéric Pichon !

  • LAPRUN Gérard , 3 janvier 2013 @ 17 h 02 min

    Attention, dans un article Karl Marx dénonçait prophétiquement (il ne fut pas toujours aussi intuitif), le fait que les progrès du capitalisme s’en prendraient un jour à la famille pour la détruire. Donc les vrais communistes, les bons vieux staliniens de la grande époque, se seraient offusqués du mariage pour tous et de la PMA pour les couples de meme sexe. Les cocos d’aujourd’hui sont dévitalisés, comparez seulement Laurent à Marchais pour vous rendre rendre compte de leur décrépitude, une grande gueule qui osait s’en prendre à l’immigration contre un séminariste athée crachant de l’eau tiède à propos des réformes sociétales.

  • Antoine , 3 janvier 2013 @ 17 h 03 min

    Enfin quelqu’un qui va au bout des choses et sort du débat artificiel libéralisme/marxisme.

    Oui, ces deux concepts se répondent et s’épaulent ; le relativisme leur sert de socle et cette idéologie est nihiliste.

    Oui, il faut se débarrasser de deux, et non remplacer l’un par l’autre!

    Merci de rappeler ces vérités étouffées.

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