Manif pour Tous : Une approche esthétique de l’action collective

Il est de ces mouvements qui se démarquent de beaucoup d’autres. La Manif pour Tous s’illustre par le fait qu’elle ne se situe pas sur le registre habituel des revendications matérielles. C’est ici un combat philosophique, éthique et spirituel qui se joue. Ce débat divisant de manière profonde l’opinion mérite que l’on s’intéresse aux enjeux soulevés par l’intermédiaire de l’histoire des idées et des sensibilités. L’accent mis sur la raison et l’espérance d’un changement politique peut-il être interprété dans une perspective esthétique ? Autrement dit, existe-t-il un lien entre les valeurs défendues par les opposants au mariage pour tous et la notion du beau ? D’un point de vue philosophique, il existe une longue tradition dans la recherche et l’explication de la beauté allant de Platon, (Le Banquet), Boileau (L’Art poétique) ou encore Schopenhauer (Le monde comme volonté et comme représentation) qui tous, dans une démarche esthétique ont étudié les perceptions et les expériences sensorielles visibles. Actuellement, le mouvement d’opposition semble être un nouveau terrain d’étude privilégié sur ce qu’est la beauté dans l’action collective.

La beauté dans l’affirmation d’une existence libre et raisonnée :

Ce qui frappe en premier lieu, c’est ce réveil d’une jeunesse présente dans toutes les manifestations. À côté de celle-ci défilent des familles, des mères, des pères, des enfants, des grands-parents, représentant l’humanité dans toutes ces composantes générationnelles. Ce cortège se distingue par son caractère paisible qu’un fonctionnaire de police a qualifié de « mer d’huile » en observant le premier grand rassemblement en février. Le visuel rendu donne une esthétique nouvelle de l’action collective basée sur une vitalité et l’espérance du changement. Ce n’est donc pas un mouvement appartenant à une classe d’âge (de type Mai 1968, CPE…) ou une catégorie socioprofessionnelle. Cela complique d’ailleurs la tâche des forces de l’ordre et du pouvoir politique. En effet, s’il est habituel de voir des manifestants chercher l’affrontement et se faire recadrer par la police, son action est rendue difficile face à la présence d’enfants qui incarnent la fragilité et l’innocence morale.

En lien avec les manifestations, s’est développé un mouvement spontané, celui des veilleurs qui à travers la symbolique de la lumière ont décidé de s’opposer de manière pacifique contre l’obscurantisme idéologique. À l’image des toiles de Georges de La Tour, la beauté est, ici, incarnée par des visages sereins utilisant le moyen d’action le plus déroutant, celui de la raison et de la spiritualité comme l’illustre le chant de l’Espérance, devenu l’hymne des veilleurs. La douceur de la lumière se reflétant sur les visages de ces personnes tranquillement assises permet de véhiculer une beauté simple mais pénétrante, à l’ opposé de cette société spectacle qui fait des paillettes et de l’artificiel le principal vecteur de beauté. Cette sobriété dans la méditation par la lecture d’auteurs comme Charles Péguy ou Antoine de Saint-Exupéry, donne un souffle d’espoir. En refusant la violence et l’idéologie, une étincelle a permis à la raison de briller. En ce sens, les manifestants offrent aux observateurs une leçon de beauté dans l’action spirituelle. Les forces de l’ordre présentes ont sans doute été touchées et déstabilisées par le visuel rendu. La douce lumière qui sculpte les visages des veilleurs pacifiques, le silence, les chants : quel décalage pour les CRS habitués à l’action, au bruit, aux invectives ! Pour reprendre les mots de Victor Hugo, la beauté de l’âme se répand ainsi comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.

Le combat engagé sur le plan moral influe donc directement sur la beauté. Ce lien se retrouve dans la célèbre formule des grecs de l’antiquité : kalos kagathos (bel et bon). L’être est beau et bon dans la mesure où celui-ci possède les vertus morales de l’âme humaine. Mais, à l’inverse, l’homme peut être affecté par une certaine laideur. D’ailleurs, il est à noter que l’esthétisation de la morale se retrouve dans le langage courant puisque les comportements réprobateurs sont qualifiés par exemple de « vilain » ou de « moche ». Ainsi, à l’image de Boileau qui n’accordait qu’une seule valeur à l’esthétique le beau et son négatif le laid, les défenseurs du projet du mariage homosexuel s’illustrent par la laideur de leurs interventions en tout genre.

La laideur de la servitude idéologique :

Théodore Adorno et Max Horkheime, dans Dialectique de la raison, dénonçaient dès 1947 le développement de l’idéologie utilitariste du progrès qui entraîne la perte de sens de notions telles que la vérité et la liberté répondant à une esthétique de beauté. Dans une logique purement matérialiste et utilitariste du droit à l’enfant, les défenseurs du projet par la vigueur des attaques lancées se sont manifestés par une approche agressive et donc inesthétique.

Après la surprise de voir un mouvement se baser sur des considérations largement philosophiques, est venu le mépris et la haine de voir se constituer sous leurs yeux un mouvement spontané et massif. Nous pouvons remarquer qu’aucune réponse ne fut donnée contre l’argumentaire des opposants au projet, mais juste la vaine réaffirmation d’une action au nom d’une conception faussée de l’égalité et surtout dans la volonté quasi permanente de disqualifier le mouvement (présences d’extrémistes…). Cette réaction épidermique s’est illustrée par des interventions violentes à l’image de Pierre Bergé espérant qu’une bombe soit posée au sein du cortège ou encore le fils du ministre de l’Éducation nationale demandant à ce que les opposants soient pendus. Intéressant de la part d’un enfant dont le père espère imposer un nouveau modèle d’éducation moraliste et « tolérant » puisque les parents sont jugés incapables de le faire…Le propre des sociétés qui dérivent vers un totalitarisme idéologique au sens ou l’individu est nié dans sa capacité de penser librement, puisque le groupe est chargé de le faire à sa place, entraine une absence de liberté qui est elle-même de nature à engendrer de la laideur.

Comme l’a développé George Orwell, dans 1984, la pensée unique risque d’enlaidir l’homme en prenant le contrôle de son esprit. Cette entreprise de destruction de la pensée, organisée par un « ministère de la Vérité » fait disparaitre l’homme en tant que sujet capable d’une réflexion libre et vraie. La sphère médiatique par son ton univoque et son parti pris en faveur du mariage pour tous favorise la paresse intellectuelle des individus qui à travers l’ironie, les moqueries dont le petit journal sur Canal+ en est le digne représentant, ne permet plus de distinguer la raison. Aveuglé par l’idéologie il perd sa faculté à la critique et le rend laid dans son action par l’absence de beauté morale. Ernst Jünger n’a d’ailleurs pas de mots assez durs pour qualifier les hommes qui refusent de se laisser toucher par le beau : « Profonde est la haine qui brule contre la beauté dans les cœurs abjectes » (Sur les falaises de marbres, 1939). Cette haine s’est vue lors de la manifestation des défenseurs du projet le 27 janvier avec l’utilisation de slogans d’une extrême vulgarité, passée sous silence, que la décence nous empêche ici de citer. Cela témoigne d’une cruelle absence de raisonnement éthique et moral.

Dans un autre registre de l’approche esthétique de l’action, le mouvement des Femen, s’illustre par une totale hystérie qui utilisent l’exhibitionnisme à des fins idéologiques et n’hésitent pas à heurter la croyance profonde des personnes par leurs spectacles médiatiques dans des lieux de cultes en venant parfois à l’agression physique dont fut victime par exemple Mgr Léonard. Toute cette violence ne fait pas progresser l’être dans la connaissance de ce qui est bon et beau. Comme l’a rappelé André Vingt- Trois, la violence entraîne la violence et cette mort de l’âme s’incarne dans la laideur.

La beauté seule à même de « sauver le monde » des prétentions matérialistes et égalitaristes :

Les manœuvres politiques avec la multiplication actuelle des gardes à vue totalement arbitraires n’a pas eu raison de ce mouvement qui se transforme en une véritable lame de fond et réveille les consciences avec par exemple l’apparition des Antigones défendant une image de la femme dans la dignité et le calme. Celles-ci, à la différence des Femen, ont choisi de se vêtir de blanc dont la symbolique vise à faire de leur revendication un combat avant tout spirituel comme le souligne Antigone dans la pièce de Sophocle : « Je suis née pour partager l’amour et non la haine ». L’espérance fondée sur la raison, favorise donc une action certes déterminée mais pacifique. Cette jeunesse porteuse d’une nouvelle spiritualité qui si elle n’est pas encore majoritaire, n’en demeure pas moins importante. En cela il est raisonnable d’espérer l’établissement d’une ère dont la lumière raisonnée continuera de briller dans ces ténèbres idéologiques.

Au final, si la nature humaine est capable de s’égarer comme le montre actuellement les errements du gouvernement, elle s’illustre aussi dans ce mouvement de résistance civile et spirituelle qui utilise toutes sortes de moyens faisant éclater la beauté morale. L’action collective ne doit pas être orientée en fonction d’une prétendue modernité, forcément éphémère, mais vers une pensée allant vers le beau seul capable de durer comme l’affirmait Robert Doisneau puisque « la beauté échappe aux modes passagères ».

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33Commentaires

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  • 0 / 10
  • monhugo , 3 juin 2013 @ 13 h 14 min

    “Une” article ? 3 mots, 1 faute (et une belle !) : qui dit mieux ?

  • monhugo , 3 juin 2013 @ 13 h 16 min

    Les conséquences JURIDIQUES, c’est aussi “pour tous” ! Ce qui est plus grave que le seul aspect moral.

  • monhugo , 3 juin 2013 @ 13 h 17 min

    Un poil verbeux (et nombriliste), quand même ! Agir, c’est bien aussi.

  • pierre , 3 juin 2013 @ 13 h 28 min

    heu, nous sommes en république mon gars!

    se sont les intégriste et les dictateur moraux dans votre genre, ceux qui veulent imposer aux autre alors qu’ils ne sont pas concernés, vous dont la société civilisée n’a aucun besoin.

    Je vous pardonne cependant.

  • pierre , 3 juin 2013 @ 13 h 32 min

    “La distinction entre ce qui est beau et ce qui ne l’est pas varie suivant les époques et les individus” c’est une question de conviction, d’éducation. Si ça existait ça se saurait, certains n’aiment pas l’art moderne, moi je trouve ça beau. c’est une notion propre à chacun, donc subjective, donc en quelque sorte fictive. merci de votre attention.

  • yaki , 3 juin 2013 @ 14 h 04 min

    La droite découvre les manifs et leur beauté, mais bien entendu, se l’accapare, les autres étaient toujours laids. Cette manie de certains, notamment catholiques, à se sentir une exception, différent, forcément au-dessus des autres est assez comique.
    Votre combat serait dénué de fondement idéologique, mais comme il se fait au nom de la famille traditionnelle, voire de la religion, il est tout aussi idéologique que les autres combats.
    Il serait spirituel, opposé au matérialisme, mais les pro mariages veulent regroupent les deux dans leur luttes. Philosophie dans l’égalité homo/ hétéro, mariage des âmes autant que des corps, et surtout, protection des enfants. Quel mauvais matérialisme que de vouloir protéger des enfants au sein d’une famille!
    Et quelle spiritualité, quel esthétisme à mettre des enfants, qui ne comprennent pas forcément tout en tête de manif : au moins les parents ne prennent pas les coups.
    Et quelle contradiction entre vos propos qui disent que les forces de l’ordre sont gênées par ses enfants et la violence aveugle dont elles feraient preuve. C’est bien parce qu’elles sont mesurées que les forces de l’ordre ne font pas la féroce répression que vous annoncez.
    Quant aux arrestations arbitraires, il faut sans doute relativiser : le droit de manifester est réglementé en France et les gens créent des mouvements spontanés qui sont illégales.

  • valot , 3 juin 2013 @ 15 h 00 min

    franchement, on s’en fout de l’orthographe, du moment que l’on comprend les commentaires- surtout ceux qui ont le mérite d’être courts et clairs. Nous n’avons pas besoin d’un prof qui guette les “fautes”, et nous accuse d’incompétence…
    Commentaires et échanges sans gendarmes de l’orthographe, s’il-vous-plaît !

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