Homosexualité et religions : Un débat brouillé

Tribune libre d’Alain Toulza*

Permettez-moi de rebondir sur la tribune libre de M. Vianney Ronin publiée sur Nouvelles de France le 2 décembre dernier, au sujet de l’audition des représentants des religions à l’Assemblée nationale. Tout en reconnaissant l’intérêt majeur de la contribution de M. Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France représentant la communauté juive de notre pays et, dans une moindre mesure, de la prestation de M. Mohammed Moussaoui, Président du Conseil français du culte musulman, je ne puis que m’étonner de certains propos tenus par l’un et par l’autre devant les députés.

L’intervention de M. Moussaoui ne manque pas de surprendre, en effet, dans son préambule : « Nous sommes conscients que les règles et les normes d’une religion, en particulier l’islam, ne peuvent être mises en avant pour s’opposer ou se soustraire aux normes et aux règles de la République qui s’appliquent à tous… Ces règles républicaines doivent être le résultat de débats et de choix démocratiques ouverts à tous… » Propos que démentent radicalement la « théologie » islamique traditionnelle et les mille et une manifestations d’opposition aux lois républicaines (le voile islamique, par exemple) encouragées sinon provoquées par nombre d’imams. Propos qui recèlent, en outre, une volonté perverse de déconsidérer, en comparaison, la doctrine catholique qui postule la primauté de la loi divine sur les lois humaines.

De son côté, le Rabbin Bernheim a su développer (autant que le lui a permis un temps de parole chichement octroyé) d’excellents arguments juridiques montrant que le projet de loi se révèle inutile, eu égard à la jurisprudence récente, et dangereusement destructeur des fondements mêmes de la société. Mais, à propos de l’amour entre homosexuels ou lesbiennes comparé à l’amour entre hétérosexuels, il déclare : « N’est pas en cause ici la sincérité d’un amour et il est compréhensible que des personnes amoureuses souhaitent voir leur amour reconnu…  La protection du conjoint dans un couple homosexuel est un progrès… Je prends l’exemple du mariage homosexuel : le couple décide que l’enfant aura deux pères ou deux mères, que l’enfant n’aura pas comme les autres enfants un père et une mère ; on peut en penser ce que l’on veut – mais je ne récuserai jamais le droit de couples homosexuels, homme ou femme, de désirer d’avoir un enfant, que là-dessus les choses soient claires. Par contre l’idée du mariage et les structures qu’elles appliquent et les résistances, c’est-à dire l’équilibre qui existe entre les droits et les devoirs, me semble être remis en question par l’introduction du mot mariage pour exprimer ce que recouvre le désir d’un couple homosexuel d’avoir un enfant. C’est vrai que c’est le mot mariage qui est dévoyé de son sens premier. »

Le Rabbin Bernheim s’oppose donc au mariage entre personnes de même sexe mais pas à la légitimation de leurs amours et à la reconnaissance sociale de leur lien ; c’est-à-dire qu’il approuve le principe et les modalités du PaCS. Plus encore, il se refuse à dénier au « couple » homosexuel le droit de désirer un enfant, mais accepte que ce désir puisse s’exprimer dans un cadre juridique autre que celui du mariage dont l’équilibre entre droits et devoirs ne pourrait être respecté. Est-ce à dire qu’une adoption d’enfants serait possible pour une paire de gays ou de lesbiennes dans le cadre de leur contrat PaCS ? C’est ce qu’on est à même d’imaginer.

Pourtant c’est la même autorité religieuse qui, dans son fameux document Mariage homosexuel, Homoparentalité et Adoption, a déclaré : « Aussi douloureuse soit-elle, la stérilité ne donne pas, pour autant, droit à l’enfant. » Il est vrai que son postulat mélange un peu (trop) vite la problématique parentale des duos homosexuels avec celle de l’infertilité des autres catégories d’individus : « Des personnes connaissent la stérilité ou l’absence de procréation, à cause de la maladie, de l’âge avancé, du célibat ou de la configuration sexuelle du couple. Il ne saurait être question de nier la souffrance qu’éprouvent des couples homosexuels, féminins ou masculins, du fait de leur infertilité – souffrance commune à celle de couples hétérosexuels qui ne peuvent pas procréer. »

Non, M. Berheim, la souffrance des couples hétérosexuels infertiles n’est pas, ne peut pas être comparable à celle des duos homosexuels, parce qu’elle se vit comme une amputation de leur nature et de leur désir de concevoir un enfant  dans un processus biologique naturel logiquement attendu qui inscrit la génération comme une finalité et la conséquence de leur différence sexuelle et de l’attraction qui s’en suit.

Cette concession du Rabbin Bernheim à l’air du temps, s’agissant de la sympathie à montrer envers un attrait homosexuel hissé au même niveau de reconnaissance sociale et juridique – celui du PaCS – que l’amour hétérosexuel, était froidement annoncée dans l’introduction à son ouvrage : « Dans cet essai, je me suis référé exclusivement au livre de la Genèse et ai donc choisi ne pas mentionner les interdits homosexuels inscrits dans le Lévitique car j’ai considéré que l’enjeu n’est pas ici l’homosexualité qui est un fait, une réalité, quelle que soit mon appréciation de Rabbin à ce sujet ». Son appréciation n’est pas, on vient de le voir, si proche que cela du Lévitique, c’est le moins qu’on puisse dire.

La conclusion de ces constats est que les catholiques peuvent et doivent s’associer aux démarches actuellement entreprises pour contrer le projet de loi mais doivent, en conscience, marquer nettement leurs différences d’avec les tenants d’autres confessions ou d’une prétendue « neutralité » dans l’approche de la problématique homosexuelle. En quelque circonstance que ce soit.

*Alain Toulza est le Président de l’association Papa, Maman et Nous.

Articles liés

10Commentaires

Avarage Rating:
  • 0 / 10
  • Goupille , 4 décembre 2012 @ 21 h 52 min

    Entre l’islamiste du CNCM, comme toujours franc comme un âne qui recule et le rabin qui choisit ses textes de référence et ne se chagrine que de l’emploi folklorique du terme de « mariage »…

    La participation à la manif du 13 sera de l’ordre du devoir de masse, sans grande illusion sur les motivations dernières des participants.
    Mais nous le ferons dans la bonne humeur. Forcée, mais bonne.

  • Lach-Comte , 4 décembre 2012 @ 23 h 53 min

    L’imam s’exerçait à la taqqiya et a ainsi pu voir que ça marchait tant on était prêt à lui cirer les pompes et le rabbin prévoyait une future convocation de Hollande en son palais de l’Elysée par le Cri(j)f et autres, à la prochaine expression de haine émanant des copains de l’imam, sur laquelle ils se jetteront avec leur gourmandise habituelle pour faire croire à Israël, dont ils ont la nationalité, que les Français sont toujours aussi antisémites. L’épouvantail à moineaux en orange qui ne représentait qu’elle (il fallait avoir une sacrée expérience pour savoir que c’était « elle »), représentant le Dalaï Machin, ne pouvait qu’être appréciée d’autant qu’elle n’était ni pour ni contre (une normande?). Le Patriarche orthodoxe est moins bien passé mais il avait l’accent, sentait l’étranger et on n’allait pas le stigmatiser, surtout s’il était grec. Le protestant a commencé à indisposer l’auguste assemblée mais sa voix grave et volontaire a surpris et heureusement il y avait ce Jean XXIII qu’on attendait pour qu’en bon radical, pléonasme d’anticlérical, on s’en donne à coeur joie comme au bon vieux temps de la Troisième, car chez ces gens-là on peut plaider la modernité avec des arguments du siècle dernier …
    Il est même particulièrement risible qu’une ministre (décidément, chère Goupille, c’est chouette les femmes en politique!) qui fait partie d’un gouvernement qui s’étonne que l’Eglise puisse donner son avis sur des sujets de société, demande en même temps à cette église de faire un peu plus la charité aux démunis et se substitue ainsi aux devoirs de l’Etat qui n’oubliera pas de lui reprocher son prosélytisme à la première occasion entre autres voix par celle du député Touret du Calvados.

  • xyz , 5 décembre 2012 @ 9 h 27 min

    La ficelle est grosse, en effet  » Homosexualité et religions  » : Le débat est (volontairement ) brouillé.

    Les promoteurs du mariage gay multiplient les manœuvres pour limiter le nombre de ceux qui s’opposent à eux en les cloisonnant dans la fallacieuse image  » anti -mariage gay = Religion.

    Cette image est une façon de limiter, aux yeux du public, le nombre des anti à celui d’une poignée d’obsédés des religions.

    Pour s’en persuader il suffit de voir les caricatures vestimentaires lors des gay prices ou les tenues de bonnes soeurs ou des prêtres lors des anti manifestation.

    Il est donc utile de souligner que si les religions sont dans leurs rôles en s’opposant à cette copie du mariage,une grande majorité des français qui sont opposés à cette mascarade ne sont pour autant , ni des croyants ni des pratiquants.

    Leur nombre grossit très largement les rangs de ceux qui font face à une petite minorité de pro (et a leur lobye) au nom du respect de leur union familliale

  • Marie Genko , 5 décembre 2012 @ 10 h 10 min

    @Lach-Comte

    Mgr Joseph est le métropolite roumain responsable de la diaspora orthodoxe roumaine en France.

    Il dépend du Patriarche de Roumanie. Et il a été délégué par l’assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF)

    Le fait qu’il ait demandé un référendum n’a pas plu du tout à la député qui lui a répondu…!

    En attendant qu’on nous refuse ce référendum, nous allons déjà commencer à le faire dans la rue le 13 janvier prochain…..

  • Lach-Comte , 5 décembre 2012 @ 10 h 35 min

    Merci, Marie ! Je ne savais pas sa nationalité et vous remercie de e la communiquer. Bien-sûr, je plaisantais (ou essayais de le faire). De toutes les manières, ils attendaient Mgr Vingt-Trois et lui réservaient leur hargne car, en France, une seule église réunit en elle – et pourtant s’ils la connaissaient vraiment et savaient ce qu’elle est devenue! – tout ce que ces francs-maçons haïssent le plus au monde. Mais je n’arrive pas à comprendre leur incohérence : ce qu’on appelle le Grand-Ouest traditionnellement catholique et modéré a voté Hollande aux dernières présidentielles et les voilà qu’ils prennent les catholiques comme boucs-émissaires !

  • isidore , 5 décembre 2012 @ 13 h 48 min

    Il y a de la sacralité en dehors et avant toute religion. C’est elle qui a produit les religions qui n’en sont que des traductions.
    L’union de l’homme et de la femme est à la base du sacré universel. Le fait qu’il y ait des couples mariés
    inféconds,n’est pas une contradiction,mais une reconnaissance de cette union de la femme et de l’homme.
    Être opposé à la reconnaissance officicialisante de deux êtres de même sexe,est indépendant de toute religion,mais représente le respect sacré de l’humain.
    Partant de cela,il est normal et parfaitement signifiant que la religion découlant du sacré,soit de ce côté,et s’oppose donc,également à ce qui blasphème l’ humain. C’est le contraire qui serait incompréhensible.
    Mais le respect de la nature humaine y suffit absolument,et ne fait que recevoir l’appoint de la valeur religieuse qui ne fait que le confirmer.

  • Marie Genko , 5 décembre 2012 @ 15 h 17 min

    @Lach-Comte,

    Si cela peut vous consoler les Orthodoxes sont eux aussi les ennemis à éradiquer…

    Regardez ce qui a été fait à la Serbie!

    Et pourquoi croyez vous qu’en Russie le régime à abattre est celui de Poutine?
    Uniquement parce qu’il soutient l’Eglise orthodoxe et que le renouveau de cette Eglise fait s’étrangler de rage les supporters de l’Ordre nouveau!

    Il restait 19 monastères en Russie en 1989 et il y en a plus de 800 aujourd’hui….

    Plus que jamais les chrétiens doivent unir leurs efforts pour combattre l’hydre de l’athéisme!

    Amicalement Marie G.

Les commentaires sont clôturés.