Sagesse chinoise et ivresse provençale

Selon Art Price, les acheteurs chinois ont dominé le marché de l’art mondial en 2011 : six des dix artistes les plus cotés sont chinois, seules quatre vedettes de l’art occidental sont encore présentes dans ce top 10 : Andy Warhol (325 millions de dollars), Pablo Picasso (315 millions de dollars), Gerhard Richter (175 millions de dollars), Francis Bacon (129 millions de dollars).

Les chinois se distinguent donc des nouveaux riches de la mondialisation : ils soutiennent d’abord leurs artistes et leur tradition culturelle. Ces six premiers artistes chinois au classement 2011 n’étaient pas, (ils sont tous morts), des grands noms de l’art-contemporain-passe-partout : ils pratiquaient un art classique chinois, ou modernisé. L’un d‘eux, Zhang Daqian, (550 millions de dollars) a « battu » Picasso comme Warhol !

Bref, l’argent chinois n’alimente pas la bulle d’un art contemporain mondialisé, et l’État chinois, qui avait persécuté nombre de peintres et de calligraphes, a su faire machine arrière dans sa politique culturelle.

Un exemple pour la bureaucratie culturelle française ?

En attendant, la sagesse chinoise s’oppose à l’ivresse provençale.

Les plus hautes autorités nous ont en effet déclaré que « la culture était la première réponse à la crise » (M. Sarkozy au Forum d’Avignon, La Croix du 21 novembre 2011, p.19). Les habitants et commerçants de Saint-Rémy de Provence sont, eux, fort perplexes. Ils viennent d’apprendre que leur maire, également conseiller général aux finances, s’est fait voter 1,7 million d’euros pour l’embellissement d’un “futur musée de France”, le Musée Estrine. Pour l’instant celui-ci ne serait  qu’une association loi 1901… richement dotée : en pleine crise, l’ampleur de la somme et du projet fait désordre. L’urgence est telle (gageons que l’Art très contemporain trépigne d’impatience) que le maire a avancé les travaux, ceux-ci vont donc paralyser la vie économique d’un village, déjà fragilisée par la crise… au plus fort de la période estivale. Le comble ? Le fait que la commune de Saint-Rémy est en zone touristique et les arrêtés municipaux interdisent tous travaux de réaménagements, ravalements, constructions etc… du 1er juin au 30 septembre, sous peine d’amende !!! « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais », bel exemple républicain.

Une solution : délocaliser les édiles en Chine ?

> Le blog de Christine Sourgins

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