Parrainages : un tirage au sort pour défendre le pluralisme

Tribune libre de Jean-Philippe Lemaire*

Si la démocratie implique la libre expression des minorités, alors le Conseil constitutionnel combat la démocratie, au besoin par la désinformation, sinon le mensonge. Il ne se contente pas de menacer les élus qui procéderaient à un tirage au sort pour choisir le candidat qui bénéficiera de leur parrainage (cf. communiqué du 27 février dans Maire-info) ; il va plus loin en laissant croire qu’au cas où les élus passeraient outre, la validité de leur signature pourrait être remise en cause.

Or, qu’avons-nous pu constater à la lecture du Journal officiel du 24 mars 2007 ? Que le nom de Laurent Mazurié, le maire de Saint Servais dans le Finistère, qui a eu l’audace de procéder à un tirage au sort public lors de la précédente élection présidentielle, figure bien dans la liste des parrains d’Olivier Besancenot. Ce qui n’empêche pas Jean-Louis Debré d’affirmer, dans ce même Maire-info, qu’en 2007, il avait « décidé de ne pas tenir pour valides les présentations attribuées par tirage au sort »

Le Conseil constitutionnel est donc pris en flagrant délit de mensonge. C’est indigne d’une institution censée être garante de la conformité de nos lois à la lettre et à l’esprit de la Constitution.

Si cette manœuvre d’intimidation réussit, le premier tour de l’élection présidentielle se fera sans Dominique de Villepin, Philippe Poutou, Marine Le Pen, Corinne Lepage, Nicolas Dupont-Aignan et Nathalie Arthaud.

Les maires de France peuvent s’opposer à cette atteinte au pluralisme démocratique en adhérant à la démarche proposée par l’association « Pour le pluralisme dans le débat public », présidée par le journaliste Robert Ménard : prendre l’engagement de soutenir, en cas de besoin et par tirage au sort, quelque candidat que ce soit ayant fait la preuve de sa représentativité mais qui rencontre des difficultés à réunir 500 parrainages. Ainsi, aucun élu ne pourra se voir reprocher d’avoir choisi – et donc privilégié – tel ou tel candidat. L’association se chargera elle-même de ce tirage au sort, devant huissier.

*Jean-Philippe Lemaire est secrétaire de l’association “Pour le pluralisme dans le débat public” (site)

Autres articles

3 Commentaires

  • diego , 9 Mar 2012 à 19:18 @ 19 h 18 min

    Ce ne serait peut être pas une mauvaise idée… En tout cas ce ne pourrait pas être plus anti démocratique que le système actuel. Un candidat qui représente entre 15% et 20% de la population et qui ne peut pas se présenter alors que Mr Asselineau qui ne représente que lui même a ses signatures, où est la démocratie ?

  • Selvah , 11 Mar 2012 à 17:15 @ 17 h 15 min

    Si tous les maires tiraient au sort leur signature, le système n’aurait plus aucun intérêt.
    Il me semblait pourtant, que tout l’intérêt résidait en ce que la signature d’un maire avait pour but de garantir le sérieux et la viabilité du projet politique d’un candidat, qui sont des choses totalement indépendantes de sa popularité (le peuple qui vote ne lit pas les programmes).

    Un maire qui tire au sort sa signature ne remplit pas son devoir, et il est tout à fait légitime que le Conseil Constitutionnel s’y oppose officiellement, à défaut de prendre des mesures.

  • Riax , 12 Mar 2012 à 18:50 @ 18 h 50 min

    D’accord, mais quid de Besancenot en 2007 ? Et, dans un autre registre, quid de la loi Gayssot ? M. Debré entend-il prolonger l’époque du partage de l’Etat entre communistes et gaullistes ?

Les commentaires sont fermés.