Une unité millimétrée

Au matin du 7 janvier, tout indiquait que ce mercredi serait une journée d’une banalité standard, avec son lot de petites phrases politiques idiotes, de décisions économiques hasardeuses mais habituelles. En quelques heures, tout aura rapidement basculé à l’horreur, et d’un coup, le pays se sera retrouvé secoué comme par une vigoureuse distribution de coups de lattes au saut du lit après une gueule de bois mémorable : l’année 2015 a décidé de ne pas commencer sur du velours.

Au soir de cette journée funeste, ce seront douze cadavres à ajouter à la liste bien trop longue des victimes de l’islamisme. Cet attentat ajoute aussi son lot de morts à la liste, trop longue elle aussi, de ceux tombés simplement pour leurs opinions. Sans surprise, l’opinion publique est outrée. Les images, rapidement disponibles comme il se doit dans ce monde massivement numérique, ne laissent aucun doute sur l’horreur des actes perpétrés. Ce sera sans difficulté que, toujours aussi rapidement, des appels au rassemblement seront lancés.

Dans ces rassemblements, on trouve bien sûr celui des citoyens lambda, ces personnes choquées qui, mesurant la portée de l’acte, ne peuvent se résoudre à rester chez elles et qui ont besoin de communier avec leurs semblables. Et on trouve, inévitablement, les politiciens qui n’ont pas d’autres choix d’abord, que de suivre le mouvement, puis, ensuite de le rattraper et d’enfin l’organiser, pour ne pas dire le récupérer. Tout aussi inévitablement, le chef de l’État s’exprime. Devant l’urgence, ses communicants n’ont pas eu le temps de préparer à fond son discours : Hollande est banal, sans grandeur, mais finalement moins mauvais que d’habitude.

Comme on pouvait s’y attendre, presque conformément à la tradition républicaine, il appelle à l’unité nationale. Il a, bien sûr, raison, même si le terme d’unité nationale est ici assez galvaudé : comme je l’écrivais hier, c’est bien la décence élémentaire, avant tout, qui impose de stopper ici net toutes les polémiques microscopiques en face des morts civils, de mettre une puissante sourdine à toutes les dissensions devant l’attaque délibérée de l’un des fondements de notre société moderne, la liberté de penser. Dans cet appel à l’unité, il est bien sûr rejoint rapidement par ce que le pays compte de leaders politiques, d’un Mélenchon qui estime que, je cite

« Il s’agit de faire la démonstration que nous sommes capables de nous serrer les coudes, de faire peuple ensemble, et que rien ne nous divisera »

… ou un Bayrou qui le rejoint avec pour lui « Un seul devoir, nous serrer les coudes ».

Pas de doute, le mercredi 7 janvier, la France est unie, dans la tristesse, l’horreur, la colère bien sûr et la détermination. Las, le jeudi 8 janvier, la donne change. Chassez le naturel, et il revient en formule 1 avec des réflexes de ninja, surtout en France, surtout avec la classe politique qui nous occupe.

 

Car l’unité, oui, c’est bien joli, mais il y a le Front National. Et le méchant parti n’a rien trouvé de mieux que déclarer, par sa présidente Marine Le Pen, que l’attentat devait…

« libérer notre parole face au fondamentalisme islamique ».

Franchement, réclamer une libération de la parole, le droit d’exprimer tout un tas d’idées, mêmes des nauséabondes, au moment où la liberté d’expression est attaquée, voilà qui est un peu fort de café, ne trouvez-vous pas ?

Cela ne pouvait évidemment pas passer tout seul, pas en France, pas maintenant. Ensuite, des leaders du Front National, défilant coude à coude (je présume serrés, comme le réclament Bayrou et Mélenchon) avec des leaders du Parti Socialiste, du Front de Gauche, des Verts, du Modem ou de l’UMP, ça doit gêner pas mal de monde. À commencer par le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, ou le député PS François Lamy. Ou d’autres encore, nombreux. Eh oui, que voulez-vous : l’unité, c’est quelque chose de millimétré, bien précis, dans lequel on rentre, ou pas. Et en ce qui concerne le Front National, nos nouveaux leaders de la Liberté d’Expression ont beau raboter autant qu’ils peuvent l’étalon républicain tant vanté par tous au soir du 7 janvier, … le parti de Marine Le Pen ne semble pas rentrer. Zut alors.

Pire : comme l’exprime Jean-Luc Bennahmias, le député à la tête du Front démocrate, pour qui « la présence du FN, c’est niet », ce rabotage est inutile, voire néfaste :

« de toute façon en ce moment, quoi que l’on fasse, tout est susceptible de rendre service au FN »

Autrement dit : il vaudrait mieux éviter carrément tout appel à l’unité, ou son contraire, ou faire quoi que ce soit parce que, mes petits agneaux, vous comprenez, en ce moment, tout est susceptible de rendre service au FN !

Quelle belle unité ! Quels nobles sentiments ! Quelles belles postures ! Et surtout, quelle belle compréhension des mécanismes humains qui pousse ainsi les uns à rejeter les autres, ostraciser toujours un peu plus un parti alors que c’est précisément cette ostracisation qui lui a valu ses plus beaux succès, que c’est précisément ce musellement de la parole qui lui a fourni le plus de grain à moudre ! Jamais, à lire ces phrases, ces réactions et à constater cette unité déjà si mal en point, la phrase de Bossuet n’aura trouvé un écho plus vibrant que maintenant dans notre pauvre République :

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Ce pays est foutu.

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35Commentaires

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  • sergio , 10 janvier 2015 @ 16 h 48 min

    Liberté , Egalité , Fraternité ……Unité .
    Ah tiens , une nouvelle qui veut s’ intégrer à la trilogie républicaine .
    Comme pourrait le dire Coluche : ouais , sauf qu’y’en a qui sont plus unis que les autres !….

  • anonyme , 10 janvier 2015 @ 17 h 27 min

    Jamais le débat ne sera posé en ces termes :

    1. Ou bien accepter une société multiculturelle, libérale et donc insécuritaire.
    2. Ou bien une société multiculturelle, sécuritaire et donc liberticide.
    3. Ou bien une société homogène, libérale et sécuritaire.

    Mais on ne peut pas avoir une société à la fois multiculturelle, ultra libérale-libertaire et sécuritaire. On ne peut pas avoir à la fois des gens de culture fondamentalement différente et une absence de conflits. On ne peut pas gérer ces conflits sans raboter sur la liberté des personnes…

    Les gens ayant tendance à préférer la sécurité à la liberté, l’option 2 paraît la plus probable…

  • Libre , 10 janvier 2015 @ 17 h 42 min

    D’urgence faire du christianisme la religion d’état et base de toute action publique ! Et mener une politique énéergique de re-christianisation dans tous les domaines…Cette laicité mortifère nous conduit au pire c’est à dire : guerre civile et tout ce qui s’en suit…

  • Charles , 10 janvier 2015 @ 19 h 21 min

    Les zelites au pouvoir, quelles soient UMPSS sur la période 1974/2014
    ou sur la période 1914/1944 sont toutes collaborationnistes.

    Sur la période 1914/1944, de Gauche,elles collaboraient avec l’Allemagne
    puis à compter de 1933 avec le nazisme au nom d’un pacifisme bellant.
    “je préfère devenir un Allemand vivant que devenir un Français mort'”

    Sur la période 1974/2014, elles collaborent avec les forces islamisantes
    complété sur la période 1992/2014 avec l’euro-germanisme de Berlin.
    De nos jours, il ne faut pas stigmatiser et crier “padal-malgamme”.
    Il fallait entendre “Yen ak marre” et non pas “Allah Akbar”.

    Voir ci dessous des extraits fulgurants des explications de Zemmour
    accompagnés d’images d’archives…

    Ollandouille & Narkozy continuent leur manipulation islamisto-compatible.

    https://www.youtube.com/watch?v=I3o3JF7XZ7A

  • Gisèle , 10 janvier 2015 @ 19 h 59 min

    Pourquoi le frère de Hamed n’a parlé QUE des musulmans et des Juifs ???
    Et pas du massacre des chrétiens partout dans le monde ???
    C’est pour ça ! plus je réfléchis , plus je pense que tous ces évènements étaient programmés et que leurs auteurs étaient téléguidés , préparés .
    La maman d’une jeune fille * otage * a bien dit que le soit disant preneur d’otages était poursuivi dans la rue . Je pense qu’il a été repoussé vers la superette .
    Quant au charges posées …
    Et ce * il semblerait que les 4 otages * avaient été tués au début …
    Et ce policier qui disait qu’il s’était trouvé devant 2 preneurs d’otages ??
    Trop d’incohérences , juste quand F.Hollande et la gauche sentent le pouvoir leur échapper !
    Un chat est un chat !
    L’ancien patron du GIGN était le petit fils du général Leclerc . C’est Mitterrand qui l’a limogé …

  • Marino , 10 janvier 2015 @ 20 h 15 min

    Participerez-vous aux manifs de dimanche pour Charlie Hebdo ?

    Oui
    Non

    Non (96%, 749 Votes)
    Oui (4%, 33 Votes)

    Total votants: 782

    Sondage : http://www.fdesouche.com/

  • la lorgnette , 10 janvier 2015 @ 20 h 35 min

    Une belle unanimité….avec le soutien putatif de la société musulmane.

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