La Trahison

Tribune libre de Jean-Baptiste Marcillac*

« Tu quoque, mi fili ! ». Ce cri ne date pas d’hier. Jules César, comme tant d’hommes politiques, fit l’amère expérience de la trahison après l’avoir lui-même pratiquée. Notre régime actuel est fondé sur ce « modus operandi » : combien de cadavres faut-il enjamber pour « accéder » ?

Un constat me surprendra cependant toujours : parmi ces hommes politiques, il s’en trouve de valeur(s). Trop souvent hélas, ceux-ci s’entourent de petites fripouilles ambitieuses. Certains par calcul, d’autres à leur corps défendant, ne distinguent pas les véritables fidélités alors déçues, des courtisans. Les fidèles finissent écartés pour n’avoir pas été assez “grandes gueules”, ni piétiné leurs congénères, malgré de brillants états de service. Les seconds s’imposent au détriment des élus comme des administrés.

Les meilleurs collaborateurs que j’ai pu rencontrer tant en circonscription qu’à l’Assemblée nationale ont quasiment tous systématiquement quitté la vie politique, écœurés des manœuvres de ces ambitieux gonflés de l’orgueil des « ors de la République ». Trop affectifs pour ce monde sans foi ni loi, les malheureux étaient mus par des sentiments dépassés : patriotisme, civisme, altruisme, sens de l’État, des responsabilités. La conscience des besoins de leurs concitoyens ne les quittait pas assez pour qu’ils se perdent dans les salons des Palais républicains, le jabot gonflé d’orgueil. Conscients des vanités de cette scène, ils paraissaient également trop indépendants ou autonomes à ces parlementaires narcissiques qui veulent un public en permanence admiratif, mais faux.

Moi-même, j’ai également fini par quitter ce milieu. Dans la dignité, mais sans plus rien en attendre, après dix ans de bons et loyaux services, non sans avoir lutté pour ma survie. Il faut dire que certains – amateurs du billard à trois bandes – montent de véritables opérations de déstabilisation, utilisant sans scrupule le mensonge, la calomnie sur celui qui a des failles, sur ses proches (avérés ou supposés) lorsqu’il n’offre pas de prises à la diffamation. Il y aurait de quoi écrire un livre.

La démocratie parlementaire, ce système de réseaux, de courtisans, de partis et d’investitures est tellement laide que les parlementaires qui sont fatalement du système ont pu être surpris des marques de fidélité ou du sens de l’honneur de leurs collaborateurs qui sont (dans leur majorité) d’une race dévouée et professionnelle. Pour autant, prenant la reconnaissance pour une faiblesse, et la faiblesse leur propre arrêt de mort, ils n’ont pas su marquer leur estime pour ces collaborateurs déçus.

Vanneste fait figure d’exception parmi l’exception. Homme de valeurs, il a su récompenser Darmanin qui, lui, est un modèle du genre, la caricature du « sciences-pipo » prêt à tout pour arriver. Un Ra« chti »gnac en somme.

J’ai côtoyé Christian Vanneste avec une sympathie naturelle pour ses engagements, courageux à défaut de toujours s’être exprimés avec tact et mesure. C’est sans plaisir aucun que j’ai croisé çà et là son second, ayant au premier coup d’œil senti l’ambition percer sous le professionnalisme, la trahison sous le vernis. Je peux sembler présomptueux mais je n’ai pas senti le sens de l’État, la quasi-confraternité de ce qui pourrait être comparé à un sacerdoce, dans le regard vide de ce technocrate.

Nous confions nos destinées à des parlementaires qui, trop éloignés des réalités balzaciennes, n’ont pas l’œil du cœur.

*Jean-Baptiste Marcillac a été collaborateur parlementaire à l’Assemblée nationale de 2002 à 2011.

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