Réforme pénale : quand Taubira prétend résoudre un problème dont elle est en partie responsable

Parlons de la réforme pénale, cette réforme portée par Taubira, dont l’idée centrale est que c’est la prison qui crée le criminel. On l’a encore entendu à de multiples reprises suite à l’affaire de la tuerie de Bruxelles : le pauvre garçon a été radicalisé en prison. S’il n’avait pas été emprisonné, il serait resté le gentil garçon qu’il était auparavant.

Je vais probablement vous surprendre, mais je suis d’accord avec cette idée, ou presque. Si je ne crois pas que c’est la prison qui fait le criminel, puisqu’il faut être criminel pour y aller (en général en tout cas), je crois en revanche que la prison peut transformer un type ayant fait une connerie en un type ne sachant plus faire autre chose.

En cause : la surpopulation carcérale qui fait qu’on sort de prison avec un carnet d’adresse ne permettant que de retomber ; la forte proportion de musulmans dans nos prisons – pour des raisons que je ne développerai pas ici, mais parmi lesquelles le supposé racisme naturel des institutions judiciaires françaises n’est pas du tout la plus importante, dépassé qu’il est par un repli culturel logique dans un pays qui n’offre plus de perspectives à personnes, immigrés compris – qui fait que de nombreux prisonniers, évidemment les plus excités, se proclament imams et « évangélisent » (selon le superbe mot de Cazeneuve, fils-de-puteur en chef) les détenus, les rendant de fait encore moins aptes à s’intégrer à la sortie ; l’étouffement du système carcéral sous le nombre des détenus qui fait que la réinsertion est tout sauf facilité ; les conditions de détentions qui font que le condamné sort de prison avec une certaine haine à l’égard de la société ; etc.

Les raisons sont nombreuses, mais toutes convergent sur quelques points généraux : la détention est inhumaine et ne permet pas aux détenus de « se convertir », et au contraire les incite à délinquer encore plus dès la sortie tout en leur en donnant tous les moyens sur un plateau.

C’est d’ailleurs pour ces raisons que Christine Boutin a déclaré il y a peusoutenir cette réforme pénale : « Je soutiens ce projet. Je suis convaincue que l’enfermement systématique n’est pas la solution. Les conditions de détention sont déplorables et ne permettent aucunement la réinsertion des condamnés« , déclare-t-elle. C’est aussi la position de Taubira, qui présente cette loi parce que la prison n’est selon elle pas la solution.

Si la prison n’empêche pas la récidive – Taubira parle d’un « projet de loi sur la prévention de la récidive et l’individualisation des peines » –, c’est pour deux raisons : la première, c’est que les peines prononcées ne sont pas dissuasives. La deuxième, c’est que la prison, effectivement, est un bouillon de culture dans lequel un petit délinquant trouve tout ce qu’il lui faudra pour en devenir un grand, nous l’avons vu.

Penchons-nous sur ce deuxième point, qui est celui qui guide Taubira dans ce débat, et qui pousse Boutin à la soutenir.

Pourquoi la prison est-elle devenue un tel bouillon de culture ? Globalement pour une simple raison : la surpopulation carcérale. Surpopulation qui advient alors même qu’on emprisonne de moins en moins pour les peines courtes. Nous avons donc trop de criminels déjà endurcis dans des prisons trop petites. Évidemment, si on met un petit délinquant là-dedans, soit il se suicide au bout de trois jours parce que c’est insupportable, soit il devient un dur lui aussi. Et à sa sortie, il fera largement pire que ce qui l’avait envoyé en prison.

La solution de Taubira (et, précisons-le quand même, de tous les autres avant elles, puisque cette réforme ne fait qu’accentuer ce qui existe déjà), c’est de ne plus envoyer les gens en prison. C’est-à-dire de ne plus protéger la société de ses criminels sous prétexte qu’ils risqueraient de sortir encore plus dangereux. C’est crétin. L’autre solution, c’est de s’attaquer aux raisons qui font que la prison est un bouillon de culture.

Il n’y a pas assez de places en prison ? Construisons des prisons. En plus, ça fera bosser des entreprises de BTP, ça créera de l’emploi. Le chômage étant une des causes de la délinquance, on y gagnera sur tous les plans.

Les détenus n’ont rien d’autre à faire pour s’occuper que regarder la télévision, faire de la musculation ou organiser des trafics ? Occupons-les. Faisons-les travailler, dans la prison ou au dehors pour certains. Ils s’occuperont, ils apprendront peut-être même un métier, ils rembourseront les frais qu’ils occasionnent.

– Les gardiens sont dépassés ? Embauchons-en autant qu’il y a de prisonniers. Ça ou le chômage, c’est vite vu : il y aura des volontaires. D’autant plus que le travail sera globalement moins pénible si on construit des prisons plus petites et plus fonctionnelles. Les rebellions seront plus rares si les détenus sont moins nombreux (et bossent toute la journée : ça fatigue) et mieux surveillés.

– Les petits caïds apprennent en prison tous les trucs qui les feront passer au rang de gros caïds ? Séparons les détenus selon la gravité de leurs peines. Si on a plus de prisons, ça ne posera pas de problème. Et tant pis s’ils sont un peu plus loin de leurs familles : ils travaillent, que ça paie donc les trajets de la famille pour les visites.

– Les détenus sortent de prison sans aucune carte en main ? Nous avons déjà vu qu’ils apprendront un métier, mais il faut aussi les préparer à la sortie. Leur donner au moins les moyens de s’en sortir. S’ils en ont les moyens et savent en plus que s’ils ne font aucun effort ils retomberont et prendront une peine plus longue la fois d’après, ça sera beaucoup plus efficace que de les faire sortir sans rien et sans crainte de la punition suivante.

Finalement, ces petites prisons réparties un peu partout – au lieu de ces quelques énormes prisons inhumaines – permettront d’appliquer les peines, même celles inférieures à un an ; elles permettront de préparer la suite avec les détenus ; elles ne seront pas un endroit où on se fait un carnet d’adresse ; elles ne seront pas un moment où on ne cultive que sa haine de la France qui nous a foutu dans un endroit aussi dégueulasse ; etc. Et en plus, elles seront bienvenues dans certaines villes de province, apportant avec elles de l’emploi : gardiens, cuisiniers, lavandiers, etc. Et aussi de la main d’œuvre un peu moins cher (même si ça doit rester raisonnable), ce qui pourrait inciter des entreprises à délocaliser pour en bénéficier. Bref, la prison deviendrait pour une petite ville une garantie d’activité.

Bien sûr, ça demande un peu de courage politique, de faire tout ça. Ça demande de débloquer des fonds, ça demande de lancer des travaux, ça demande d’arrêter de brosser les délinquants dans le sens du poil. C’est certain. Mais ça marcherait, c’est une évidence.

Et surtout, ça permettrait, ENSUITE, de vraiment bosser sur l’individualisation des peines, qui est le deuxième argument de Taubira. (À condition de réformer aussi la Justice, sur les mêmes bases : première chose, gonfler les effectifs pour pouvoir traiter toutes les affaire correctement… Là aussi, ça demande un énorme courage politique.)

Là où tout ça devient intéressant (vraiment intéressant, je veux dire), c’est que tout ça était plus ou moins prévu. Il y a deux ans, j’étais journaliste à Saint-Lô, dans la Manche. L’implantation d’une nouvelle prison y était prévue pour 2017, de même qu’à plusieurs autres endroits en France (la Réunionle Lot, etc.) L’ordre en avait été donné à Michel Mercier, Garde des Sceaux, par Nicolas Sarkozy.

En novembre 2012, la nouvelle tombait : il n’y aurait pas de prison à Saint-Lô. Et ailleurs non plus, apparemment. Ordre direct du nouveau Garde des Sceaux : Taubira.

En clair, Taubira a elle-même sabordé le seul projet qui lui aurait permis, ensuite, de proposer sa réforme dans de bonnes conditions. Et elle l’a fait alors même qu’elle n’aurait pas eu à en porter la responsabilité : c’était le projet du gouvernement précédent.

Dans le genre crypto-Shadok, qui crée les conditions qui empêcheront par la suite de faire autre chose que de la merde, on fait pas mieux. Et Boutin, dans le genre Shadok, qui propose une solution apparente sans comprendre qu’elle ne fera qu’accentuer le problème de fond, se pose là également.

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19Commentaires

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  • Fikmonskov , 11 juin 2014 @ 8 h 22 min

    Les prisonniers étrangers ne sont pas si nombreux que ça. Ceux d’origine étrangère, oui, mais la plupart sont quand même Français.

  • Alainpsy , 11 juin 2014 @ 9 h 16 min

    Silvester , Je suis d’accord avec vous pour renvoyer les délinquants étrangers avec leurs familles, avec en plus une interdiction définitive du territoire, un peu comme si il y avait un panneau à la frontière:  » ou tu respectes ce pays, son peuple et ses lois, ou tu dégages définitivement ». Mais on peut également mettre en place une règle pour les délinquants d’origine étrangère qui ont des papiers Français, ce serait la loi de  » non-intégration  » qui entrerait en vigueur à partir d’un certain nombre de récidives, le nombre restant à fixer sachant que certains en sont à cinq, dix, quinze condamnations, voire plus. A partir de ce nombre, on considèrerait que l’individu n’a pas été capable de s’intégrer et que son comportement n’est pas adapté à la société Française. Résultat, déchéance de la nationalité et expulsion dans le pays de son choix, à charge pour lui de repartir à zéro de la bonne façon. Qui pleurera l’expulsion d’un individu avec plus de cinq ou dix condamnations, à part les pleureuses professionnelles et autres associations d’aides aux coupables ?

  • Geolion , 11 juin 2014 @ 9 h 34 min

    Il est clair, et ce depuis le début de son mandat et connaissant son passé, qu’il faudra rapidement virer cette garde des Sceaux. Elle est en train de fabriquer, en France, les terroristes et les voyous de demain, voire d’aujourd’hui.
    Je ne pardonnerai jamais à Hollande ce qu’il lui permet de faire !
    J’espère que ce président et son gouvernement se feront balayer avant 2017 !!! Pour le salut de la France !

  • Jeancm , 11 juin 2014 @ 9 h 56 min

    Le cœur de l’homme est mauvais par nature, toutes les réformes ne le changeront pas. Mais c’est vrai que vos propositions vont dans le bon sens, mais comme vous le dites si bien, qui osera, quel homme, femme, politique osera le faire, la place est trop bonne!

    Une solution existe et devrait être certainement moins onéreuse.

    Nous avons, je crois bien, quelques légionnaires basés en terres sud américaines du côté de la Guyane (chez notre ministre).

    Je propose, d’offrir des vacances dans la forêt guyanaise, à tous ces individus sans foi ni loi, voulant vivre leur vie sans rien respecter, ni personne d’ailleurs, désireux d’en découdre avec tout le monde ! Offrons leur un séjour « touristique » encadrés durant quelques jours, par ces légionnaires aguerris aux techniques de survie en milieu hostile, puis livrons-les à eux-mêmes, avec bien sûr tout le matériel et les vivres nécessaires.
    Ils pourraient trouver là, l’occasion de se défouler. Je suis persuadé que s’ils s’en sortent, ils verront la vie autrement, offrons leur cette opportunité.

    Autre proposition pour éviter à cette jeunesse d’arriver aux portes des prisons, celle de remettre au goût du jour le fameux « service militaire », belle institution, à mon avis, supprimée par des politiciens avides de voix électorales. Il faudrait très certainement le réformer, l’adapter pour qu’il soit réellement utile. Certainement qu’à lui seul, ce SM ne résoudrait pas tous les problèmes, mais assurément quelques uns et se serait déjà bien. Mais là encore, qui osera ?

  • Gerlep , 11 juin 2014 @ 11 h 12 min

    La justice 2 poids 2 mesures selon Taubiracaille !
    “Emmenez-moi les prisonniers, je vous trouve l’article de loi.”
    Robert McQueen (Juge écossais)

  • JSG , 11 juin 2014 @ 16 h 12 min

    De mieux en mieux !
    En direct à l’assemblée, ce jour vers 15.30, cette personne s’est permise de fustiger une représentante de l’Assemblée Nationale, fraichement élue, qui posait la question des trois graves manquements des services de justice.
    La Garde des Sceaux en cette manière de s’adresser aux Français, ne fait que marquer son mépris à tous ceux qui ne sont pas strictement de sa couleur politique.
    Elle fait tâche, et n’a plus rien à faire à cette charge, sa démission serait un soulagement pour le pays.

  • Anne Lys , 11 juin 2014 @ 20 h 11 min

    Cet excellent papier n’a qu’un défaut : il ne dit pas qui accrochera le grelot au cou de Raminagrobis ? autrement dit, qui aura le courage de construire des prisons, de recruter du personnel, d’obliger les délinquants à travailler plutôt qu’à regarder la télévision ? Sûrement pas le gouvernement actuel, qui jugerait cela totalement immoral. Et sûrement pas l’opposition UMP-UDI qui n’osera jamais braver le jugement moral de la gauche, réputée, on ne sait pourquoi, le parangon de la morale publique.

    Le Front national, à condition qu’il arrive au pouvoir ? Il le voudrait sans doute, mais le pourrait-il alors que les communistes et gauchistes, pour ultra-minoritaires qu’ils sont dans le pays, tiennent, par l’intermédiaire de leurs syndicats eux aussi ultra-minoritaires mais implantés, depuis 1945, au cœur de toutes les grandes entreprises nationales, tous les rouages économiques et s’empresseraient de bloquer les transports, les communications et de priver le pays d’énergie ?

    Il faut le savoir, le travail de sape de Mme Taubira a de fortes chances, en dépit de la résistance qu’il suscite dans le pays, de ne jamais être réparé. Il ne faut pas oublier que l’objectif principal de Mme Taubira, qu’elle a l’honnêteté de ne pas dissimuler, est de nous faire « changer de civilisation ».

    Quel meilleur moyen de « changer de civilisation » que de jeter sur le pays des hordes de délinquants impunis et ivres d’impunité ? Quel meilleur moyen de faire fuir ceux qui n’avaient pas encore compris qu’ils n’avaient plus leur place dans la « civilisation » qu’on veut nous imposer ?

    Car non seulement la « réforme » de Mme Taubira, comme l’explique clairement cet article, prétend remédier à des maux qu’elle a elle-même largement contribué à créer, mais elle n’a même pas pris la peine de faire semblant de la préparer. Il y a pourtant plus de deux ans qu’elle y travaille. Plus de deux ans qu’elle prétend substituer à la prison une « contrainte pénale » qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’ancien « sursis avec mise à l’épreuve », mais qui doit concerner un nombre beaucoup plus important de délinquants. Elle ne peut pas ignorer que la « mise à l’épreuve » est, pour beaucoup de condamnés, une pure et simple plaisanterie, soit qu’il n’y ait pas de personnel pour y veiller, soit qu’il en existe, mais qu’il s’agisse de personnes qui, comme elle-même, ne songent nullement à éviter que le condamné récidive, menace ses anciennes victimes et en fasse de nouvelles, mais veulent seulement que cette condamnation n’entraîne pour le délinquant ni souffrance ni difficulté, en vertu du principe que ce sont les victimes qui sont les véritables coupables, ayant eu l’impudence de présenter au regard du délinquant un bien ou un agrément dont il ne peut jouir légalement (qu’il s’agisse d’argent, de bijoux, d’une voiture, d’une maison ou du corps d’une femme ou d’un enfant).

    Elle a donc eu deux ans pour obtenir d’un gouvernement où elle fait la loi les crédits nécessaires pour recruter et former le personnel nécessaire, pour compléter la formation du personnel existant, pour recadrer ceux qui ne veulent pas faire correctement leur métier, voire s’en débarrasser s’ils sont irrécupérables. Elle n’a même pas commencé à le faire…

    La contrainte pénale sera donc, dans de nombreux cas, inexistante.

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