Je veux être Miss France, mais je n’en ai pas le droit…

… car dans notre société française obscurantiste, rétrograde, homophobe et religieuse, la loi me l’interdit. Pourtant je suis sûr d’incarner toutes les qualités féminines requises et je suis certain de pouvoir porter un message ultra-progressiste qui hissera la France au rang des nations les plus avancées. Dommage, je suis un homme, je veux certaines choses mais je ne peux pas toujours.

Tribune libre de Stan

Dans le n’importe quoi ambiant sur la question du mariage homosexuel et le principe de filiation qui en découle, les notions de droit, d’avancées sociales, d’amour sont systématiquement opposées à celles de conservatisme, de religion, d’homophobie et de comportements rétrogrades. Le tout ponctué de discours haineux et nauséabonds où, pardonnez-moi de le faire remarquer, l’agressivité des « pour » est très nettement au niveau (oserais-je dire au-dessus ?) de celle des « contre ». Égalité donc, au moins sur ce point-là.

Au chapitre des « contre », l’argument principal semble être celui défendant le mariage comme source de procréation et d’équilibre pour un enfant répondant à un principe naturel et inaltérable (je ne lis quasiment jamais d’argumentaires religieux sur les forums « non marqués » politiquement et religieusement). Les « pour » défendent plutôt une vision progressiste et égalitaire basée sur le principe du droit. Pourquoi pas ? C’est vrai que la question mérite d’être posée.

– Stooop ! Arrêt sur image : Il y a des « contre » ailleurs que sur les sites religieux chrétiens ?

Pourtant, ce débat me gêne. Pas dans son essence mais dans ce qu’il fait ressortir comme aberrations potentielles dans un futur plus ou moins proche. Car à vouloir légiférer au profit de minorités, on aliène toujours les droits d’un autre. En clair, on est toujours rétrograde et conservateur par rapport à quelqu’un. N’en déplaise aux plus « avancés » qui se battent pour leurs droits, un jour il se peut bien que vous vous battiez contre les droits revendiqués par d’autres. Là n’est pas le débat me dites-vous ? Bien au contraire ! Et c’est là toute la raison qui m’oppose à ce projet de loi. Je comprends pourquoi un couple homosexuel souhaite se normaliser (cela est dit sans aucune intention méchante, mais bien au sens propre de la « norme ») aux yeux de la loi en jouissance de droits, mais je ne suis pas d’accord pour autant. Car moi aussi j’ai le DROIT et d’autres aussi ont des DROITS que potentiellement ils revendiqueront un jour. Pourquoi pas moi ? Pourquoi pas eux ? « Égalité », rappelez-vous…

En premier lieu, en acceptant les changements dans le code civil sur le statut de « père » et de « mère » vous me privez de ma sexuation à laquelle je tiens et à laquelle j’ai DROIT (car reconnue à la différence de mon orientation sexuelle, du domaine privé).

Ensuite en tant que célibataire, pourquoi mes devoirs, sur l’imposition notamment, sont-ils calculés de façon à ce que je contribue proportionnellement plus à la construction de la société (et on peut être célibataire et homosexuel sans que, curieusement, cela coûte plus cher) ? Aux yeux du DROIT, c’est injuste. C’est amusant comment tout d’un coup cette vision de la justice devient relative. Doit-il y avoir un mouvement de société revendiquant les droits des célibataires lésés par rapport aux gens mariés ? Et s’il existe, pourquoi le débat ne devrait-il pas faire rage ? Par ce que tout le monde s’en fout ? Tsss… Égoïstes, va !
Résumons :
– Ah non ! Je peux faire partie de cette minorité « majoritaire », mais je n’ai rien à dire.

En tant que progressiste persuadé que le mariage est une institution rétrograde (et j’ai le droit de la considérer comme telle), j’y suis farouchement opposé. Je trouve que ce concept a fait preuve depuis longtemps de son incapacité à préserver l’essence de la société humaine. Et ? Pardon ? Ah oui, on me dit qu’un truc a déjà été créé pour cette catégorie de gens. Ça s’appelle le PaCS. Ils ont de la chance eux, mais le célibataire est toujours lésé lui. Et toujours pas de filiation en vue.
Résumons :
– C’est dingue ça, je voulais un bras on ne m’a donné qu’un poignet. Égoïstes !

En tant que progressiste amoureux de la nature, j’ai envie de me marier avec… un arbre. Ne rigolez pas, c’est déjà arrivé. En Irlande ou en Angleterre il y a une dizaine d’année. Et célébrée par un prêtre en plus (ou par un pasteur, je ne sais plus), membre de cette Église éminemment obscurantiste. Bon, je crois que le bon sens (mais de quel droit puis-je parler de bon sens ? Qu’est qui m’autorise à le faire ? Suis-je donc rétrograde ?) a empêché la procédure de déboucher sur le mariage civil et que le mariage religieux a été annulé (par l’Église, est-ce moral ?), mais cette jolie rouquine a quand même fait l’objet d’un reportage où elle en prend plein la courge. Tiens, c’est drôle ce parti-pris des médias de se foutre de la gueule de cette brave fille qui a le DROIT d’aimer son arbre (un vieux chêne centenaire). Dur de passer pour un gland (désolé ça m’a échappé) quand on défend en toute bonne fois son amour véritable pour un être pourtant vivant. Pourquoi son ENVIE, son DÉSIR, doit-il être foulé du pied ? Après tout, le mariage n’est plus sensé déboucher sur la procréation, ce n’est plus son sens premier, il faut être progressiste que Diable !!
Résumons :
– Il y a un amour indéniable pour au moins un des deux partis.
– Pas de procréation envisagée, donc à qui cela peut-il faire de mal ?
– Le mariage a pourtant été célébré par un prêtre, anglican je crois. Les mauvaises langues ne manqueront pas de dire que le pauvre vieux tapait dans les gamelles.
– Ça a fait marrer beaucoup de gens. Moi, j’ai eu de la peine pour elle.

(NB : vous noterez que je n’ai pas eu l’indélicatesse d’évoquer le mariage et l’amour transgenre humains-animaux. Je ne sais pas pourquoi, les gens assimilent cet argument à l’union sexuelle ALORS QUE CELA N’A JAMAIS FIGURÉ DANS LE DÉBAT et se montrent assez « cabots » face à cette opinion. Il faut pour s’y sensibiliser, se rendre compte des aberrations juridiques ayant déjà eues lieu sur le sujet du transfert de patrimoine entre un maître et son animal de compagnie, pour ne citer que ça. Et d’ailleurs, on trouve sur Internet des sites très « progressistes » où des hommes et des femmes exposent en photo leur amour des poneys sans qu’heureusement, il y soit question de mariage, ce qui prouve bien que la question ne se pose pas.)
Résumons quand même :
– Euh… non. Peut-être dans une centaine d’années. Nous autres progressistes de l’an 2012 on s’en tape : on ne sera plus là pour voir ça.

En tant que progressiste, j’ai le DROIT que mon amour partagé à 3 soit reconnu. Pourquoi, les homosexuels auraient-ils le droit de faire évoluer la loi, et pas moi (enfin, nous)? Je vis depuis 5 ans avec ma meilleure amie et un colocataire. De fil en aiguille, notre proximité nous a rapprochés et voilà qu’un jour, nous nous sommes avoué l’amour réciproque que nous nous portions. Que personne ne nous juge ! Nous en avons le DROIT. Pour ne pas détruire notre ménage par la jalousie de la procréation par un seul d’entre nous, car nous DÉSIRONS un enfant « qui-ne-manquera-jamais-d-amour », nous comptons faire fertiliser notre concubine par un tiers anonyme. Et vous, bande de rétrogrades, vous trouvez ça amoral ? Et quels sont vos arguments ? Pourquoi « eux » et pas « nous » ? Je le VEUX et j’ai le DROIT de l’exiger : JE VEUX NOUS MARIER !
Résumons :
– Il y a un amour indéniable entre nous.
– De toute façon je fais ce que je veux.
– Biquet aura deux papas (bizarre ce pluriel) ou deux mamans (idem) en plus de l’autre parent (le parent 3 ?). On peut difficilement faire mieux en termes d’amour à revendre.
– Ce type de famille existe déjà dans certaines sociétés premières (et forcément progressistes) qui ont eues la chance d’avoir échappé à l’obscurantisme religieux chrétien. Ce n’est pas juste !
– Côté filiation… bah, la loi ça sert à ça non ? Débrouillez-vous.
– De toute façon il vaut mieux être aimé par trois parents bisexuels que mal aimé par deux hétéros.

En tant que progressiste, j’ai le DROIT de changer de sexe (notez, je suis tout à fait d’accord avec ça). Et en tant qu’homosexuel marié avec un autre, mais n’assumant pas mon sexe masculin, je décide donc d’en changer. Je suis persuadé que ma petite tête blonde de fils (5 ans) le comprendra très bien (ou alors… serait-il rétrograde ?) De toute façon, je m’en fous, j’y ai DROIT ! (ou alors, je milite pour l’avoir… hum, encore un sujet de société dont il ne faudra pas débattre). Et puis tiens : comme la loi l’y autorise, mon conjoint, enfin, le parent 1 ou 2, a lui aussi envie de devenir « elle ». Du coup, Biquet (8 ans aujourd’hui, il devrait être rodé), se retrouve avec… 2 mamans ! Oh que la « nature » est bien faite ! Moi qui en ai toujours rêvé ! Et ne riez pas : on entrouvre la porte « légale » à ce genre de scénarios… progressistes.
Résumons :
– On s’aime ! (on commence à l’avoir compris, ça).
– On fait ce qu’on veut ! (idem).
– C’est formidable, on peut même faire ça dans un ménage à trois !

En tant que progressiste, je déclare à tous vents que les enfants de couples homosexuels de Belgique ou d’ailleurs (n’ayant jamais eu le moindre contact avec leur géniteur/trice) ne souffrent d’aucun trouble, sont parfaitement heureux et ont tous les repères nécessaires. J’avance cette vérité historique sur la base de « *$^ » études sérieuses et « ù&’ » % de statistiques. J’affirme que tous les adultes d’au moins 30 ans ayant été élevés ainsi me soutiendront et me feront part de leur accord. Comment ça, il n’y a aucun chiffre, aucun recul, aucun témoignage ni aucune étude… Mais ? C’est mon argument progressiste principal !! D’ailleurs, j’affirme que la Corée du Nord est un pays progressiste puisque là-bas aussi, l’absence de chiffre ou d’étude prouve que ces mêmes jeunes adultes le vivent également très bien. De toute façon, j’ai le DROIT de le dire.
Résumons :
-Le principal n’est pas de le prouver mais de le crier plus fort…
-De toute façon c’est bien connu les psys, dès lors qu’ils sont contre nous, sont des crétins. On ne leur a pas demandé leur avis. Et tant pis si ils ont fait progresser la cause transsexuelle. On a la mémoire courte et on l’assume.

Alors, foutez-moi la paix bande de rétrogrades égoïstes et obscurantistes. Ne me jugez pas et ne m’insultez pas, car même citoyen minoritaire, j’ai quand même un ou deux potes qui sont d’accord avec ça. Et donc on va constituer un groupe de pression : J’AI LE DROIT D’ÊTRE UN APPRENTI SORCIER !!

Par contre, en tant que citoyen responsable et non-religieux persuadé que la LOI et le DROIT prennent leur source, non dans les désirs et les envies de quelques-uns (car il est impossible de dire que les revendications de QUELQUES homosexuels soient plus légitimes que celles d’UNE amoureuse des arbres ou de TROIS adeptes du triolisme, à moins d’être de sacrés rétrogrades), mais dans le bien commun, la raison et la morale (Hou ! Obscurantiiiiiiste ! Il a parlé de morale !!!). Et à ce titre je n’ai, non pas le DROIT, mais le DEVOIR D’OUVRIR MA GUEULE ! Car je REFUSE de prendre le risque du virage radical et du délire législatif que cette loi entraînera peut-être avec elle (et ceux qui diront : « meuuuh non, après celle-là, on arrête ! » sont de futurs rétrogrades malhonnêtes et égoïstes). Et oui, qui peut aujourd’hui prédire où cela va nous mener ? Après tout, le « Projet Manhattan » était une façon progressiste de mettre fin à la guerre…

Quant aux tenants du « c’est le progrès qui nous a amené là où nous en sommes aujourd’hui, et contre l’obscurantisme religieux en plus! À bas le modèle unique ! », ils me font frémir quand on voit que cette institution du mariage est finalement vidée de sens. Pour moi, cette forme de progrès est un constat d’échec… progressiste.

NB : j’ai employé à dessein les mots « progressistes », « rétrogrades » et « obscurantistes », de façon très répétitive pour illustrer l’abrutissement de cet argumentaire régulier auquel les tenants du « contre » sont, quelques soit leurs raisons, systématiquement taxés… Je manie donc l’ironie pour dénoncer les « oublis » de la  « justice » et de nos camarades LGBT envers toutes les autres minorités ainsi que le danger d’ouvrir une porte qu’on pourrait ne plus jamais refermer.

NB2 : Je ne suis absolument pas homophobe, je ne porte aucun jugement sur ce fait, ne considère pas l’homosexualité comme une aberration. L’orientation sexuelle n’a pas à être jugée, ni sortir du domaine privé. Les insultes à caractère homophobes sont heureusement condamnées par la LOI.

PS : je suis insensible aux insultes mais aime bien l’ironie.

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43 Commentaires

  • Gisèle , 10 décembre 2012 @ 11 h 20 min

    QUAND LA LOI ET LE DROIT QUI SONT DES CLES DEVIENNENT DES PORTES !

  • Olizefly , 10 décembre 2012 @ 12 h 05 min

    De toute façon, avec le mariage “pour tous” on aura forcément tôt ou tard le mariage polygame. Il n’y aura plus d’argument logique pour l’interdire. Je ne comprends pas pourquoi on n’en parle pas dès maintenant. Les partisans du mariage et de l’adoption pour les couples du même sexe font semblant de ne pas voir ce problème, il faut les forcer à se positionner dès maintenant sur la polygamie.

  • mateo , 10 décembre 2012 @ 15 h 19 min

    @l’auteur : Dommage que le ridicule ne tue plus, ça nous débarrasserait des crétins dans votre genre 🙂 Non mais, franchement, faut avoir un pète au casque pour écrire autant de conneries…

  • mateo , 10 décembre 2012 @ 15 h 20 min

    l’image que vous avez choisie, c’est votre auto-portrait, c’est bien ça ? 🙂

  • Gérard (l'autre) , 10 décembre 2012 @ 16 h 44 min

    Je n’ai jamais reçu de réponse à cette question :
    “pourquoi les homos veulent -ils le mariage alors qu’ils peuvent avoir les mêmes droits d’une autre façon ? ”
    Il faut croire que ce n’est pas une question de droit … !
    Mais alors … quoi ???

  • Stan , 10 décembre 2012 @ 16 h 54 min

    Merci cher Mateo, on disait ça de Jules Verne.
    Maintenant, vous qui avez l’esprit suffisamment lent pour ne pas constater par vous même qu’il s’agit d’un “musée des horreurs” qui heureusement n’est pas d’actualité, votre avis m’intéresse. Cette phrase de Mr BORILLO (recherchez qui est ce monsieur, je ne vais pas encore vous prendre par la main) prononcée lors d’un colloque à Science Po:

    “Sur l’utérus artificiel, il faut avancer la recherche. Il y a même des scientifiques qui disent qu’un mouvement d’émancipation serait pour les femmes la possibilité qu’il y ai une gestation de l’enfant en dehors du ventre de la femme…”

    Je vous pose la question: je rajoute cette phrase “progressiste” avec les autres de l’article ci-dessus? Ou la démonstration suffit et vous comprenez enfin où je veux en venir?

  • Stan , 10 décembre 2012 @ 17 h 01 min

    Et vous remarquerez que je n’ai pas souhaité votre mort. 😉

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