Copé-Fillon : Choc des ambitions ? Heurt des idées ? (3/3)

Tribune libre de Hubert Montmirail

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Un avenir différent pour l’UMP ? L’hypothèse Fillon. Si François Fillon était désigné, la question du FN continuerait à se poser, mais non en termes de compétition. En se déportant vers le centre, François Fillon libèrerait un espace « droitier », favorisant involontairement le FN. Les Français les plus à droite seraient plus facilement tentés par le FN, qui deviendrait le seul parti véritablement de droite. Ce serait d’autant plus paradoxal que le FN a « gauchisé » sérieusement son discours depuis quelques années (on le voit dans la défense de la protection sociale). Sur son flanc gauche, l’UMP serait cette fois-ci confrontée au PS. À terme, c’est la bataille autour de l’électorat centriste qui risque d’opposer directement l’UMP au PS, mais aussi aux centristes de type Borloo. Cette confrontation est d’autant plus facilitée par la disparition de toute zone-tampon type MoDem. On sait d’ailleurs que Jean-Louis Borloo a été incisif lors de la déclaration de politique générale de Jean-Marc Ayrault. Mais la difficulté demeure et risque de réveiller les dilemmes auxquels Nicolas Sarkozy a été confronté. Si l’UMP se centrise, elle gagnera sans difficultés des électeurs urbains et modérés – résolvant partiellement la question de la perte d’influence constatée dans les zones urbaines – mais perdra assurément des électeurs populaires, plus sensibles à la droitisation. Certes, cette stratégie, plus ou moins consciente, n’est pas dénuée d’intérêt : il suffirait que François Hollande effraie cet électorat modéré pour qu’une UMP dédroitisée devienne la roue de secours. Mais il faut réfléchir à l’abandon de tout discours identitaire-protecteur.

Rassurer à la fois les gagnants et les perdants de la mondialisation. Tout le génie du candidat Nicolas Sarkozy a été de comprendre qu’il ne pouvait gagner avec le seul électorat bourgeois et modéré. En s’adressant aux gagnants et aux perdants de la mondialisation, il avait compris qu’il ne pouvait gagner sans cet électorat populaire. Il a d’ailleurs partiellement réussi. Les observateurs les plus sérieux, Comme Éric Dupin, dans son dernier ouvrage, La victoire empoisonnée (Le Seuil, 2012), notent que le second tour des présidentielles a davantage profité à Nicolas Sarkozy, qui bénéficiait pourtant de réserves plus faibles que celles de François Hollande : les 48,34 % peuvent en attester.

Une conclusion finale ? La compétition entre Copé et Fillon ne doit pas être surestimée dans la recomposition politique et peut même faire figure d’épiphénomène. La réalité est cinglante. D’un côté une population qui goutte mal certaines options (immigration, multiculturalisme, délitement culturel…). De l’autre, une upper-class médiatique et politique qui s’extasie aux joies du village mondial, oublie le réel et néglige le peuple. Ce hiatus devient de plus en plus net. Malgré tous les efforts de décervelage de l’Éducation nationale, on s’aperçoit que les jeunes sont massivement favorables à Marine Le Pen. Les discours destructeurs des années 1960 touchent moins de monde et ne séduisent qu’une France protégée. Le grand rêve de Valéry Giscard d’Estaing (« 2 Français sur 3 ») pouvait fonctionner dans une société apaisée, où la dynamique des Trente glorieuses contribuait à l’émergence d’une classe moyenne prospère et irénique sur beaucoup de questions. Ce rêve d’une société consensuelle, naturellement favorable à toute démarche centriste, a été aussi poursuivi par François Bayrou, mais ce qui a fonctionné en 2007 ne fait plus recettes en 2012. En temps de crise, de compétition mondiale généralisée et de fragilisation des sociétés occidentales, ce rêve d’une France centriste à la fois dans les discours et convictions de ses dirigeants politiques, dans sa sociologie et dans son électorat se heurte à des récifs de plus en plus puissants. La page des années 1960 et 1970 doit être tournée. Y compris à droite.

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4 Commentaires

  • Paul , 11 Juil 2012 à 11:49 @ 11 h 49 min

    “Si François Fillon était désigné, la question du FN continuerait à se poser, mais non en termes de compétition. En se déportant vers le centre, François Fillon libèrerait un espace « droitier », favorisant involontairement le FN”. C’est vrai, mais il ne faut pas croire que J-F Copé renouvelé dans son mandat de président de l’UMP fera alliance avec le FN. C’est l’un (et il a raison) des plus opposés à un quelconque rapprochement avec l’extrême-droite

  • Hubert MONTMIRAIL , 11 Juil 2012 à 17:34 @ 17 h 34 min

    Cher Paul,

    Je n’affirme nullement que JF COPE se rapprochera du FN et mentionne qu’il existe de sa part des oppositions (apparentes, mais non moins réelles) au parti de Marine Le PEN.

    Voici ce que je disais dans la partie 2 de mon “volet”:

    “Dans ce dernier cas, le FN apparaît comme un concurrent direct. On comprend alors la volonté, lors des dernières législatives, de Jean-François Copé de maintenir aux triangulaires le candidat UMP, même mal placé, face au FN et au PS : à la fois pour le « ni-ni », mais aussi pour éviter l’élection d’un élu frontiste. D’autre part, pour ne pas apparaître comme l’otage du FN, Jean-François Copé cherche à agréger des soutiens plus centristes, comme Jean-Pierre Raffarin. Les humanistes sont aussi des alliés de la stratégie Copé pour le contrôle de l’UMP et aussi en raison de la faible sympathie de ces derniers pour François Fillon. On peut d’ailleurs craindre une dédroitisation de Jean-François Copé, mais sur le long terme, lorsque la question de l’élection présidentielle se posera…”

    Bien cordialement.

  • Natrép , 28 Sep 2012 à 12:27 @ 12 h 27 min

    Je ferais le petit reproche d’utiliser le mot « modéré » à quelques reprises dans l’article ; la modération et l’extrémisme sont ici des concepts relatifs. J’aurais plutôt utilisé « conformiste » ou « partisan du statu quo », je pense.

  • Hubert MONTMIRAIL , 28 Sep 2012 à 13:23 @ 13 h 23 min

    Les concepts sont toujours relatifs. Je dirais que l’on retrouve du conformisme chez les deux prétendants, mais aussi des aspects rebelles (dans un sens, davantage chez Copé… mais si vous suivez les réseaux sociaux, vous verrez que chez les militants pro Fillon, il y a de l’islamophobie: cf. les réactions à la suite des propos mesurés de Copé sur le ramadan qui le jugeait compatible avec la République). Le tout est de savoir non seulement si cela est sincère, mais si cela peut fonctionner…

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