Pourquoi tant de haine contre le Métronome ?

Tribune libre de François Préval*

Lors de sa sortie en septembre 2009, Le métronome, rédigé par l’acteur Lorànt Deutsch a reçu un très bon accueil. Le site BibliObs parlait d’un « livre inattendu, plein de charme, truffé d’anecdotes sur toutes sortes de sujets historiques et métropolitains », 20 minutes vantait un « véritable livre d’aventures écrites par un passionné à l’érudition impressionnante, qui brûle de partager son enthousiasme ». Ajoutons à cela un véritable succès public (près de deux millions d’exemplaires vendus) doublée d’une adaptation sous forme d’une série documentaire pour France 5 qui connut le même succès (un million de téléspectateurs) et fort apprécié par Télérama ou encore Le Monde Télévision. Il y eut bien quelques critiques négatives (il y en a toujours), sur le site Amazon. Mais sinon, une quasi-unanimité pour dire du bien du Métronome.

Trois ans plus tard, alors que la série est encore diffusée, c’est l’offensive générale. On descend en flamme l’ouvrage, on pointe du doigt les erreurs historiques, les approximations et l’interprétation idéologique de l’histoire de France, rien que ça ! Que ce soit sur la toile, avec notamment Rue89 (de tous les bons coups !) ou divers blogs personnels, ou de la grande presse avec notamment Libération. A l’origine de cette attaque groupée, des élus du Front de Gauche et du PCF (l’origine de l’attaque est donc bien politique) mais, surtout, un homme. William Blanc est un doctorant en histoire médiévale (de 36 ans !) et président de l’association d’éducation populaire Goliards. L’homme commença par plusieurs articles virulents sur Goliards (on n’est jamais mieux servi que par soi-même), avant de faire de même sur les sites de Rue89, CQFD et Libération, autant de médias réputés pour leur neutralité politique.

Or il se trouve que le premier reproche fait par William Blanc à l’ouvrage de Lorànt Deutsch est précisément d’être biaisé par un parti pris idéologique. L’article « La révolution version Deutsch » l’illustre bien, qui reproche essentiellement à l’auteur de dénigrer la république au profit de l’Ancien Régime. En passant, on nous ressert l’image d’Épinal sur la République censée être garante de « la liberté de la presse » (régulièrement restreinte durant l’histoire républicaine) « des droits des femmes » (à qui la révolution a toujours refusé le droit de vote de même que la République pendant fort longtemps, et ce pour des raisons politiques), « la séparation de l’Église et de l’État » (En fait, un moyen de parachever la négation de l’identité catholique de la France et de promouvoir la persécution des fidèles). Bref, en matière de message idéologique, Goliards n’a rien à envier à Lorànt Deutsch. Il y a bien sûr des approximations ou erreurs historiques reprochées, mais en second plan, et encore, l’auteur ne nous dit pas que Lorànt Deutsch a réellement commis des erreurs factuelles, choses qu’il confirme dans l’émission Public Sénat.

Il en profite également pour attribuer à Lorànt Deutsch un mépris du peuple viscéral, procès d’intention qui ne se vérifie même pas dans les extraits publiés. Lorsque ce dernier parle de fureur populaire, on ne peut guère que l’admettre comme un fait, de même que le changement d’opinion à 180 degrés de l’immense majorité de l’opinion publique entre 1940 et 1944. Et par ailleurs, la réalité de la terreur révolutionnaire et des massacres de masse en Vendée est poliment passé sous silence tandis que la destruction systématique d’œuvres d’art (attestée jusqu’à la chute de Robespierre) est carrément niée !

“Il se trouve que William Blanc est un militant d’ultra-gauche avoué.”

Plus fort encore, dans un autre article intitulé « Oups, j’ai marché dans Lorànt Deutsch » (syntaxe d’une grande élégance qui caractérise d’ailleurs le site), William Blanc reproche à Deutsch de renforcer la théorie du choc des civilisations en opposant les courants artistiques gothiques du nord et méditérannéens. Oui, vous avez bien lu ! Distinguer et opposer des courants artistiques reviendrait donc à vouloir opposer des civilisations différentes en guerre (réalité constante de l’histoire soi dit en passant).

Au passage, il confond également les notions d’influence artistique et de domination politico-militaire. Quant aux erreurs factuelles qu’il attribue à Lorànt Deutsch, si certaines sont avérées, d’autres sont plus sujettes à caution. Ainsi du baptême de Clovis qui n’a, juqu’à preuve du contraire, pas encore été daté avec précision par les historiens, l’éventail de dates que donne Blanc étant d’ailleurs inexact. Enfin, ce dernier en profite pour brocarder les pseudo-historiens encensés par les médias qui se contentent de « cadrer parfaitement avec les préjugés contemporains », et de citer Max Gallo ou Alain Minc. De toute évidence, William Blanc a quelques métros de retard car Max Gallo fait précisément œuvre d’historien depuis peu, après avoir longtemps fait œuvre de militant politique, ce qui lui est d’ailleurs fortement reproché par les médias en place ! De plus, si pour lui, les vrais historiens ne sont pas médiatisés et sont boudés par le public, on peut en déduire que des personnalités comme Benjamin Stora, Jean-Pierre Azéma ou Annie Lacroix-Riz ne sont pas des historiens. Pas sûr que cela marche dans ce sens ! Enfin, les préjugés contemporains ont plutôt tendance à idéaliser la révolution française et à diaboliser l’Ancien Régime, que ce soit sous la plume de Jean-François Kahn ou dans les paroles de Jean-Luc Mélenchon.

Dernière illustration du parti pris flagrant de William Blanc à l’encontre du Métronome, Dans une interview accordé au Parisien, ce dernier reproche vertement à l’ouvrage de Lorànt Deutsch d’avoir consacré plusieurs pages à Sainte Geneviève et Saint-Denis, seulement quelques lignes à l’occupation allemande. Outre le fait que le point Godwin n’est pas loin (je devine que certains meurent d’envie de l’utiliser), William Blanc devrait se rendre compte, pour avoir lu l’ouvrage (c’est ce qu’il dit), que le sujet en était l’histoire de Paris, et principalement de ses monuments. Une telle proportion de place accordée respectivement aux sujets susnommés semble donc plutôt pertinente, la période 1940-44, outre le fait d’être beaucoup plus courte que les périodes médiévales et modernes, n’ayant pas eu grande incidence sur l’architecture parisienne…

De telles options idéologiques s’éclairent parfaitement lorsque l’on découvre l’objectif affiché du site Goliards : vulgariser au maximum l’enseignement de l’histoire et le rendre accessible aux plus grands nombres. Un bien bel objectif de départ, mais qui s’est systématiquement révélé être voué à l’échec et n’aboutir qu’au même résultat : arriver à du nivellement par le bas plutôt que d’élever le public à un savoir exigeant, la notion de recherche historique requérant des aptitudes et des compétences qui ne sont pas à la portée de tous. Eh oui, tout le monde ne peut (et ne veut) pas être historien (ni passionné d’histoire). Une réalité que nie avec aplomb l’ensemble de la gauche idéologique et du système universitaire français depuis maintenant quelques décennies. Il se trouve que William Blanc est un militant d’ultra-gauche avoué. Tout se tient.

En conclusion, Mieux vaut laisser la parole à Lorànt Deutsch en personne, qui n’est pas resté insensible à l’ensemble des critiques portées contre lui. Dans un entretien au Parisien (le même numéro que celle de William blanc), il affirme posément qu’il n’a jamais voulu faire œuvre d’historien, admet qu’il aurait du citer toutes ses sources et affirme qu’« il aime l’historie, c’est tout ». Nous ne pouvons que lui souhaiter de persévérer dans cette voie en dépit des idéologues de notre temps.

*François Préval est docteur en Histoire.

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11 Comments

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  • 0 / 10
  • LECONTE DE PARIS , 18 juillet 2012 @ 18 h 15 min

    Réponse à la question-titre:
    “Parce qu'”ils” veulent le mettre aux normes…”

  • Lach-Comte , 23 juillet 2012 @ 16 h 57 min

    Ainsi, les communistes et leurs copains de l’ultra gauche seraient devenus des adeptes de l’Histoire vraie ? Ainsi, des universitaires doctorants à la quarantaine défraichie seraient mieux à même de nous expliquer l’Histoire ? Mensonges, mensonges et impostures, voilà ce que n’ont cessé de manier les communistes du jour où ils ont commencé à parler et même à l’heure actuelle où ils n’ont plus rien à dire, où ils feraient mieux de la fermer tant ils ont de honte et de sang sur les mains. Il faut soutenir les Lorànt Deutsch, les Ménard, les Zemmour et tous ceux qui sont attaqués et empêchés de s’exprimer, de cette manière et pour ces mêmes raisons. Peu importe que l’on soit entièrement d’accord avec eux. Il faut montrer, comme le dit Charles, que le règne indu des Torquemadas et consorts de gauche est sur sa fin et que c’est le goût du peuple, le vrai, qui revient en force.

  • SupaTocqueville , 3 août 2012 @ 9 h 30 min

    “De telles options idéologiques s’éclairent parfaitement lorsque l’on découvre l’objectif affiché du site Goliards : vulgariser au maximum l’enseignement de l’histoire et le rendre accessible aux plus grands nombres. Un bien bel objectif de départ, mais qui s’est systématiquement révélé être voué à l’échec et n’aboutir qu’au même résultat : arriver à du nivellement par le bas plutôt que d’élever le public à un savoir exigeant, la notion de recherche historique requérant des aptitudes et des compétences qui ne sont pas à la portée de tous.”

    Vous vouliez parler du Métronome non ?
    Plus sérieusement, qu’est ce qui vous dérange dans le fait d’être doctorant à 36 ans ? Je le suis aussi après 3 ans de boulot manutention qui m’ont permis de reprendre des études et 8 ans pour un prestataire en ingénierie doc… en fonction des envies et des opportunités, on peut commencer une thèse tard (la France est un des rares pays où on lance des gamins de 22-23 ans sans expérience de la vie et du travail dans des boulots qui demandent parfois un peu de jugeote et de recul sur la vie…).
    Vous êtes jaloux parce que vous exercez un boulot de merde et que vous avez le bon souvenir du travail académique bien fait et serein ?

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