Vous avez dit liberté d’expression ?

Vous avez dit liberté d’expression ?

Une fois encore, Eric Zemmour est poursuivi pour délit d’opinion en raison de son intervention durant la convention de la droite lancée à l’initiative de Marion Maréchal. A juste titre, Philippe de Villiers a dénoncé la dérive totalitaire du progressisme – en fait une tendance lourde du libéralisme libertaire mondialisé.

Mais qu’a donc dit Eric Zemmour pour provoquer ainsi l’émoi de la nomenklatura politiquement correcte, de la direction de Paris première à la société des journalistes du Figaro et de journalistes de RTL, en passant par le Premier ministre ? Au point que le Parquet, qui dépend du Gouvernement, a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « injures publiques » et « provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence ».

« Tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’Islam » a-t-il déclaré après avoir mis en garde contre les immigrés « colonisateurs » et « l’islamisation de la rue ». Certes, le ton était polémique, éventuellement brutal, mais la polémique est-elle interdite en France ? L’Islam serait-il le seul système religieux, juridique et social dont la critique serait prohibée ? Le catholicisme et les prêtres qui sont les victimes permanentes d’amalgames odieux seraient heureux de jouir d’une semblable impunité médiatique. Nous sommes bien dans une société de « fragiles » qui ont des vapeurs dès qu’ils entendent des propos vigoureux qui ébranlent un peu l’insupportable bonne conscience politiquement correcte.

Mais si l’on s’arrête aux « problèmes » évoqués par Zemmour : école, logement, ordre public…ne pourrait-on regarder les faits ? Où se trouvent les zones d’éducation prioritaires ? Dans quels quartiers les forces de police ne pénètrent qu’avec prudence ? Où les pompiers se font-ils caillasser ? Où se trouvent les zones de non droit ? Quelles rues sont occupées pour les prières ? Où se trouvent les hôpitaux dans lesquels les incivilités sont devenues un phénomène quotidien et où l’on exige que les femmes soient examinées uniquement par des personnels soignants féminins ? Où exige-t-on des horaires d’ouverture différenciés des piscines publiques pour les femmes et les hommes ? Où est-il impossible d’enseigner ce que fut la politique d’extermination des Juifs menée par le national-socialisme ? Vers quels quartiers se déversent les milliards de la politique dite « de la ville » ? Où se concentrent les problèmes du logement social ? Dans la plaquette éditée par l’Union sociale pour l’habitat, organisation qu’on ne saurait soupçonner de droitisme, à la veille des élections européennes on peut lire « si le logement est devenu difficilement accessible, notamment dans les centres métropolitains, c’est parce que l’offre de logements neufs, en particulier de logements sociaux et abordables, n’a pas progressé aussi vite que la demande, une demande boostée par des migrations tant internes qu’externes ». Evidemment il est possible, comme Rousseau d’écarter les faits, ce qui ne semble pas la meilleure façon de résoudre un problème politique, mais, comme Lénine, on peut penser que « les faits sont têtus ».

Quant au discours bêtifiant sur le vivre ensemble, on sait ce qu’il en est dans la réalité, au mieux, pour le moment, « un vivre côte à côte » avant de devenir un face à face comme l’avait pointé Gérard Collomb. Au demeurant les bobos qui se font les chantres du « vivre ensemble » en évitent soigneusement les conséquences concrètes par des pratiques d’évitement très efficaces : ils vivent dans des quartiers où les seuls représentants de l’immigration sont les nounous de leurs enfants et inscrivent ceux-ci des écoles élitistes privées ou publiques. Dans la pratique le vivre ensemble, c’est pour les autres notamment pour les Français modestes qui, eux, sont sommés de pratiquer quotidiennement la confrontation culturelle. François Hollande dans son livre d’entretiens « Un Président ne devrait pas dire ça » c’était lui-même interrogé : « comment peut-on éviter la partition ? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition ». Confondant aveu dont le fait qu’il n’ait provoqué un énorme scandale ne peut s’expliquer que par l’influence de l’idéologie politiquement correcte qui a émasculé journalistes et hommes politiques. Vivement une nouvelle Jeanne d’Arc pour redonner du courage à ceux qui n’en ont plus !

Mais le plus grand scandale réside dans l’aveuglement, l’impuissance, le fatalisme et la lâcheté des gouvernements français en la matière depuis Giscard d’Estaing. Le premier échec est celui des politiques d’intégration voire d’assimilation. Le démographe Dupâquier, qu’on ne saurait soupçonner de sympathies droitières, avait proposé comme signe de l’intégration des populations d’origine immigrée le taux de nuptialité des enfants de la deuxième génération avec des enfants du pays d’accueil. Il avait étudié trois types de populations : les Italiens installés en France avant 1914, les Algériens arrivés dans les années soixante et les Turcs arrivés dans les années 80. 75% des jeunes filles d’origine italienne épousaient de jeunes Français et 70% des garçons d’origine italienne épousaient de jeunes Françaises. Pour les Algériens le pourcentage tombait à 2% et pour les Turcs moins de 1%. Constat factuel fait par un historien de la démographie, communiste jusqu’en 1968 et demeuré à gauche après son éloignement du PC.

Constat qui vient d’une certaine façon contredire le blabla politiquement correct qui assène qu’Italiens, Polonais ou Espagnols avaient connus les mêmes difficultés d’accueil et d’intégration que les populations musulmanes d’aujourd’hui. Certes ils en avaient connues mais pas de même intensité. Car la difficulté est principalement d’ordre culturel. A-t-on entendu parler de problèmes considérables d’intégration des Arméniens, des Coptes, des Libanais maronites ou des Syro-Caldéens ? Moins nombreux certes que les musulmans, mais à l’évidence plus aptes à s’intégrer à une civilisation occidentale autrefois chrétienne. La réalité est qu’il existe une question particulière propre à l’Islam, système politique, juridique, social et religieux qui est par nature conquérant, comme le démontre son histoire.

La faute des Gouvernements français est d’avoir pratiqué la politique du « laisser-faire, laisser passer » en matière d’immigration alors qu’il n’existait aucune politique sérieuse d’intégration, alors que notre droit de la nationalité est en lui-même une pompe aspirante, alors que notre Etat providence généreux jusqu’à l’absurdité est un aimant puissant, comme l’avait crûment expliqué le père de la trop célèbre Léonarda. A dire vrai dire cette absence, on ne peut même pas parler d’échec puisque rien n’est vraiment tenté en la matière, est aussi dû à l’action délétère des associations droit de l’hommiste dont certaines s’insurgeaient contre le fait que la maîtrise de la langue française ait pu être une condition de la naturalisation ou qui prônaient d’utiliser les maigres financements des ébauches de politiques d’intégration à des voyages au pays ou à l’étude des cultures d’origine !

Le deuxième échec, mental celui-là, est d’être tombé dans une espèce de complaisance mâtinée de crainte à l’égard de l’Islam. L’Islam semble être devenu la seule religion, le seul système de pensée qu’il est interdit de critiquer ou même de questionner sous peine d’être accusé « d’Islamophobie », sous-entendu de racisme. Or on ne voit pas ce qui peut justifier cette impunité, alors que la chasse aux chrétiens (au sens figuré du terme évidemment) est ouverte toute l’année. Quant au fait d’assimiler la critique de l’Islam a du racisme, il est d’une rare stupidité. Il existe des Musulmans indonésiens, ce sont même les plus nombreux, Chinois, Turcs, Albanais, Bosniaques, Arabes, Maghrébins, Sénégalais … Bref, pour ceux qui l’ignoreraient l’Islam n’est pas une race ou une ethnie mais un système politico-religieux ou si l’on veut un système religieux totalisant. A cet égard, l’empressement du Gouvernement et des médias serviles, d’affirmer avec soulagement que la tuerie de la préfecture de Paris n’avait rien à voir avec le terrorisme, que l’on n’ose même plus qualifier d’islamique, et ce avant toute enquête, est significatif d’une étrange complaisance ou d’une crainte de nommer les faits. Faut-il encore et encore citer Albert Camus : « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde »?

Le troisième échec est que ce refus de poser la question de la place de l’Islam dans notre société favorise en définitive l’Islam radical et pousse à abandonner les Musulmans paisibles à leur sort. D’après l’Institut Montaigne, un tiers des Musulmans en France sont adeptes d’un Islam radical, ce qui, si l’on s’en tient au chiffre officiel de six millions de musulmans, représente quand même 1,8 million de personnes. Mais reste 70% de cette population qui vit paisiblement et dont les enfants aimeraient sans doute s’intégrer. Que fait-on pour cela ? Quelle raison leur donne-t-on d’aimer la France, alors que l’autoflagellation est devenu un sport national et que l’on se plaît à se trouver coupable de toutes les horreurs dont l’Histoire n’est pas avare, non sans anachronisme et en oubliant que tous les peuples et toutes les civilisations recèlent une part sombre dans leur histoire propre? La civilisation islamique n’a-t-elle pas pratiqué l’esclavage à une large échelle, les barbaresques en faisant même une véritable industrie fondée sur la piraterie et le rançonnage? L’Empire chinois n’a-t-il pas pratiqué, lui aussi, l’esclavage et développé la torture avec une inventivité remarquable ?  C’est l’humanité dans son ensemble qui a mêlé l’ignoble et le sublime, et pas seulement l’humanité européenne. Donc, plutôt qu’insister sur les ombres de l’histoire française, pourquoi ne pas insister sur ses lumières si l’on veut donner aux nouveaux arrivants des raisons de l’aimer? Et dans le même temps les aider à s’intégrer et pour cela réduire de façon forte et déterminée l’immigration non souhaitée.

Le quatrième échec est celui de l’école dont on attendait à tort qu’elle puisse accomplir, à elle seule, le long, patient et difficile processus d’intégration. On le sait l’Education nationale est la vache sacrée de la République, une et indivisible. Mais les « grands ancêtres » avaient, avec réalisme et sagesse, préféré le terme d’Instruction publique. L’éducation n’est pas le rôle de l’Etat qui, sur cette voie, peut tomber aisément dans une vision totalitaire à la Vincent Peillon. Elle est la responsabilité première de la famille puis des communautés naturelles qui entourent l’enfant. Mais cet échec n’est pas le fait du hasard. Dans une vision idéologique de la société « multiculturelle » supposée, contre toute expérience, être le paisible lieu de fructueux échanges on a préféré nier la réalité et les difficultés en se reposant sur une Education nationale au rôle fantasmé et à l’efficacité surévaluée et en voulant lui faire jouer un rôle qui ne peut être le sien, même si elle peut apporter sa pierre à l’édifice. Sans autorité de l’Etat et de la puissance publique, sans la participation active des familles, sans le concours d’association d’aide à l’intégration, l’école ne pourra rien.

En fin de compte, ce qui est plus choquant que les propos, certes vigoureux, d’Eric Zemmour, c’est l’aveuglement et la négation du réel de l’oligarchie mediatico-politique au regard de l’immigration et la présence d’un Islam radical en France et en Europe. Ce qui est scandaleux c’est la passivité des pouvoirs publics en matière d’immigration et de politique d’intégration. Ce qui est insupportable c’est la sous-estimation du risque islamique, dont on a vu les effets à la préfecture de police et qui a dévasté quatre familles. Ce qui exaspérant et ridicule, c’est la propension à toujours invoquer une instabilité psychologique des assassins afin dédouaner l’Islam au risque de le faire passer pour la religion qui rend fou !  Et ce qui est inadmissible ce sont les atteintes permanentes à la liberté d’expression par un arsenal juridique et judiciaire plus pervers et plus habile que l’appareil policier des dictatures d’autrefois. La vraie menace pour nos démocraties, ce n’est pas ce que l’on appelle le « populisme » de droite ou de gauche, dont on serait bien inspiré de rechercher les causes, mais bien plus les permanentes atteintes à la liberté d’expression et la volonté d’imposer la pensée officielle de l’idéologie politiquement correcte. Charles Péguy nous avait mis en garde : « il est une chose plus grave qu’une mauvaise idée, c’est une idée toute faite ». Il est grand temps que notre société reprenne le goût de ce que sont une pensée et une expression libres. Ce fut, paraît-il une vertu, française.

                                                                                                            Stéphane Buffetaut,

ancien député européen

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