Le Nouvel Obs vante la polygamie

par Eric Martin*

Après Rue89, Le Nouvel Observateur. Charline Blanchard signe cette semaine dans l’hebdomadaire bobo un article ultra-complaisant intitulé “Polyamoureux et fiers de l’être”. Certains sont bien fiers d’être homosexuels, pourquoi d’autres ne le seraient pas, d’être “polyamoureux” (le mot chic, boulevard Saint-Germain ou au sud de Montreuil, pour dire “polygame”, “tellement plus romantique”) ? Et oui, “ils ont deux partenaires (ou plus) et ne s’en cachent pas. Mais ce sont de grands romantiques…” tente d’emblée de nous rassurer l’article. Son but ? Prouver que le “polyamour” n’est pas le fait de vieux nostalgiques soixante-huitards mal rasés ou de marginaux instables drogués (entre autres) au sexe : “pas de fleurs dans les cheveux ni de tuniques bariolées : ce sont des hommes et femmes de leur temps. Ils sont architectes, cadres, cuisiniers, enseignants”. Sauf que, si on prend – façon de parler… – les rédacteurs du blog Poly4mour cité en exemple par Charline Blanchard, on trouve 1) Charlotte, 25 ans, “créatrice” et “illustratrice” après “de longues études d’art”. Elle “aime (…) jouer aux jeux-vidéo”. 2) Julia, 21 ans, “graphiste/illustratrice” qui “aime (…) les Pokémons, les jeux-vidéo, vivre nue”. Sic. 3) Christophe, 32 ans, “développeur informatique”. Militant chez Greenpeace, cela ne l’empêche pas d’“[aimer] le luxe” et de “se [voir] très bien avec une Chrysler 300C et une installation complète Bang & Olufsen” à la maison quand il en aura les moyens. Non, ce n’est pas une blague. Ah, j’allais oublier, Christophe “a des idées politiques plutôt bien calées sur la gauche”. Si j’étais “bien” de gauche, je craindrais pour ma révolution avec un mec pareil ! Faut-il le préciser, Cricri “aime (…) les jeux-vidéo”. 4) Nicolas – on dirait le militant NPA du jeu de télé réalité “L’amour est aveugle” sur TF1 – 23 ans, “le plus geek de la clique”, lui aussi amateur de jeux-vidéo. Bref, des profils qui volent haut, en outre variés, comme l’écrit Le Nouvel Obs : des “architectes”, des “cadres”, des “cuisiniers” et des “enseignants”. Promis, il ne s’agit pas de “libertins” ni de “sex-addicts” mais de “grands romantiques”. Des Français lambda quoi. Vous, moi, votre voisin…

Car vous n’étiez peut-être pas au courant mais le “polyamour” – on dit aussi la “polyphilie” – n’est rien d’autre que la dernière tendance chez les Français, un peu comme la bisexualité selon Le Figaro Madame (avril 2011). Des marronniers pour journalistes en mal de sujets racoleurs ? Le fait de “prosélytes” qui tentent de faire l’actualité plutôt que de la dire ? La médiocrité de la presse féminine qui s’étant aux news magazines ? Tout à la fois ? Chacun jugera.

Vous avez 25 ans, n’en êtes pas à votre 44ème “partenaire” et ne fréquentez pas les clubs échangistes ? Vous devriez complexer, vous rabâchent à demi-mot les féminins Cosmoputain, Marie-Scato et Selles que vous ne vous abaissez pas à feuilleter mais dont vous voyez les affiches à l’entrée des kiosques. Vous pouvez toujours fréquenter les “cafés polys organisés de temps en temps à Paris et en province” (ça tombe bien, le prochain a lieu à Bormes-les-Mimosas, enfin il paraît) pour vous rattraper. Vous craignez d’être jaloux ? Vous êtes décidément trop réactionnaire !

Dans son article exempt de représentants de la diversité, Le Nouvel Obs a juste oublié de citer le cas d’Oussama. Oussama est quelqu’un de très ouvert. Lui aussi en a ras-le-bol des a priori. Lui aussi est “poly” et “fier de l’être”. Lui aussi est “prêts à braver le jugement des bien-pensants”. Lui aussi souhaite “assumer”. Oussama est marié à Asma et il aimerait épouser ses trois autres compagnes : Daliyah, Inâm et Tabinda. Oussama n’a qu’à attendre que ses amis gauchistes banalisent le terme de “polyamour”. Ils ont déjà commencé à en rendre acceptable l’idée via les grands médias. Puis, comme les homosexuels, il est à prévoir que les polyamoureux réclament le droit au “mariage”. Oussama pourra alors, comme au Québec, former une alliance de circonstance avec Christophe et les autres, et peut-être quelques mormons, pour demander ce droit. Ils sont majeurs, consentants et “polyamoureux”, pourquoi le leur refuser ?

*Eric Martin est rédacteur en chef des Nouvelles de France.

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9Commentaires

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  • MétaZét , 1 février 2013 @ 0 h 16 min

    Bonjour,

    Je ne comprends pas trop l’intérêt que vous semblez manifester à vilipender le polyamour, surtout sans apporter le moindre argument (à moins que la seule indignation tienne lieu d’argument pour vous ?). Cela dit, si cela peut vous faire plaisir, je ne voudrais surtout pas vous en priver… de même que je ne souhaiterais pas que l’on me prive de mes plaisirs, même si on les trouve ridicules…

    Sachez simplement qu’on peut très bien avoir des idées libérales-conservatrices et être adepte de la philosophie du polyamour. C’est mon cas. Je suis contre le “mariage pour tous” (je suis pour l’abolition du mariage civil), j’ai un peu la même position évictionniste et pro-vie que Walter Block sur le sujet de l’avortement, je suis pour le capitalisme et contre l’oppression fiscale, etc. mais je suis aussi pour le polyamour, car je ne vois pas pourquoi ce qui marche en amitié (la non-exclusivité) ne marcherait pas pour l’amour qui lui est très semblable (à mon sens, l’amour n’est qu’une forme d’amitié un peu plus exacerbée et concernant l’ensemble de la personne). En tout cas, pour moi, il est clair que je n’éprouve aucun désir d’exclusivité amoureuse, et que je ne vois pas pourquoi je devrais me forcer à en éprouver (à quoi ça sert ce truc, à part à se faire souffrir quand on ne l’obtient pas ?).

    Bien sûr, je souhaiterais être accepté comme je suis, mais je ne demande à l’Etat rien d’autre que ce que je demande pour chacun : le droit de mener ma vie comme bon me semble dans le respect du droit d’autrui de faire de même, sans être agressé. “Que l’Etat se contente d’être juste, nous nous chargerons d’être heureux”, comme dirait Benjamin Constant. Je ne souhaite donc pas instrumentaliser l’Etat – et l’argent public – pour promouvoir ma philosophie… J’estime que la vérité n’a besoin que de bons arguments pour s’imposer, pas de la force publique.

    Une précision : le terme de “polyamour” ne me semble pas un avatar de novlangue euphémisante. Il y a bien une différence avec la polygamie. Typiquement, un “polyamouriste” ne cherche pas nécessairement à se marier avec plusieurs personnes, et à avoir des enfants avec toutes ces personnes, et à vivre ensemble sous le même toit avec toutes ces personnes et à partager son patrimoine avec elles. Nombreux sont ceux, parmi les adeptes du polamour, qui sont engagés dans un couple officiellement monogame et n’ont d’enfants qu’avec une seule personne, tout en vivant d’autres amours “secondaires”, purement romantiques, à côté.

    Je ne pense pas réussir à vous prouver que le polyamour est la meilleure chose qui puisse vous arriver (en quelques lignes, ce serait dur…), mais j’espère avoir au moins réussi à vous montrer que cette philosophie de vie jouit d’une certaine rationalité, et qu’elle n’a pas de lien nécessaire avec le libertinage ou avec les hippies gauchistes échevelés adeptes de jeux vidéos.

    Cordialement.

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