Jacques de Guillebon : « la théorie du genre, une mode passagère… en attendant pire ! »

Éditorialiste au mensuel catholique La Nef et au magazine Permanences, essayiste (Nous sommes les enfants de personne, Les Presses de la Renaissance, 2005), Jacques de Guillebon a bien voulu répondre aux questions des Nouvelles de France sur la théorie du gender, le “mariage” homosexuel ou le combat culturel.

Jacques de Guillebon, que vous inspire l’arrivée de la théorie du gender dans le programme des Sciences de la Vie et de la Terre en classe de 1ère à partir de la rentrée 2011 ?

Cela me fait penser d’abord à un snobisme. N’oublions pas que nous sommes en France où l’on aime plus que tout les grandes théories holistes qui durent 10 ou 20 ans. C’est ainsi que l’existentialisme a été remplacé par le structuralisme dans les années 60, qui lui-même a été chassé par le constructivisme, d’où est né le gender. La théorie du gender est très en vogue aux Etats-Unis et nous avons l’impression, nous autres Français, que nous serions en retard si nous n’acceptions pas cette théorie et si nous ne la transposions pas dans nos manuels d’éducation.

Je suis en outre totalement opposé à tout ce que cette « théorie » véhicule : il s’agit d’ailleurs d’une idéologie, pas d’une théorie car elle n’a aucun fondement scientifique, contrairement à ce que l’on essaye de nous faire croire. Elle passera vite, du moins sous sa forme actuelle, mais risque malheureusement de laisser des séquelles chez les personnes qui auront été endoctrinées par les bons soins de l’Education nationale. Et dans cinq ou dix ans, on aura droit à pire encore, n’en doutons pas.

Pour revenir sur le fond, il faut bien comprendre que le gender s’inscrit dans une réaction générale, qui a déjà 30 ans, voire 40, au structuralisme qui tentait d’imposer une vision mécanique de l’homme, celle que Claude Lévi-Strauss a illustrée de manière brillante en anthropologie. Michel Foucault qui a commencé en se réclamant du structuralisme est le type même de cette réaction politique et idéologique qu’on peut situer à la fin des années 60 : il s’agit maintenant, dans un marxisme dégénéré, de révéler que nous sommes tous pris dans une lutte perpétuelle de libération des opprimés – et d’opprimés qui le seraient avant tout par des constructions culturelles : ce sont les archétypes de l’immigré, de l’homosexuel, de la femme, etc. L’idéologie du gender pourrait n’être rien d’autre qu’une réaction à ce que pouvait avoir d’enfermant et de réifiant les théories de Lévi-Strauss sur la différence de l’homme et de la femme. Mais l’homme étant – belle découverte – un animal social et politique, une grande partie de son éducation provient de sa culture. Certains en ont donc finement déduit que se débarrasser de cette culture censée nous écraser depuis dix mille ans nous rendrait libres. C’est toute l’hystérie moderne de l’humain qui se veut son propre Créateur et qui utilise pour cela la science et la technique. Alors, il nous faut nous battre contre des moulins à vent, même si c’est affligeant, et réaffirmer des évidences qu’on ne devrait pas avoir à réaffirmer en tant que telles. 

Est-ce que ce type de réformes ne va pas accélérer le développement du hors-contrat, c’est-à-dire d’un enseignement vraiment libre, libre de ne pas suivre les programmes de l’Etat, sur le modèle de ce qui se développe aux Etats-Unis où croît parallèlement le homeschooling ?

A l’évidence, oui. Le problème, c’est que l’idéologie du gender va être enseignée au lycée et qu’il y a encore très peu de lycées hors-contrat en France, que je sache. La majorité des établissements hors-contrat sont des écoles primaires qui permettent par exemple d’apprendre à lire sans passer par la méthode semi-globale, voire des collèges. Il est bien plus compliqué de monter un lycée vraiment libre qu’une école vraiment libre ! Je ne suis pas opposé à l’Education nationale en elle-même, mais devant la situation idéologique qui se profile, j’espère que de plus en plus d’établissements libres vont être montés. Cette évolution à l’américaine est rendue nécessaire par l’idéologie aujourd’hui plus insupportable que jamais de l’Education nationale. A la limite, je dis à bien à la limite, l’idéologie du gender pourrait être mentionnée en Philosophie mais elle n’a rien à faire en Sciences de la Vie et de la Terre. Le comble, c’est que personne n’a été consulté, qu’il n’y a pas eu de débats ni même de revendications claires allant dans ce sens. Les Français ont vraiment d’autres préoccupations, à mon avis, que cette réforme des programmes de biologie !

Comme vous le savez, la proposition de loi socialiste instaurant le “mariage” homosexuel a été rejetée mardi mais avec moins d’avance que prévu… Cette réforme vous semble-t-elle inéluctable ? Est-ce que tout est fichu pour les défenseurs de la famille traditionnelle comme semble le croire et s’en réjouir Roselyne Bachelot ?

Je ne pense pas que tout soit fichu ! Même si je n’ai pas de sympathie naturelle pour la droite sarkozyste, je lui reconnais cette grandeur d’avoir fait barrage de manière assez inattendue aux revendications médiocres et électoralistes d’une gauche toujours plus boboïsée. Si la droite l’emporte en 2012 et dispose d’une majorité suffisante au Parlement, le “mariage” homosexuel pourra encore être repoussé. Attention, quand je vous dis ça, je n’appelle pas à voter pour Nicolas Sarkozy !

Est-ce que la revendication du mariage entre trois, quatre, cinq… personnes que l’on rencontre au Canada qui a légalisé le “mariage” homosexuel en 2005 ne peut pas servir à la droite pour dire à la gauche : “attention, vous allez ouvrir la boîte de Pandore !” ?

Des revendications d’une telle absurdité peuvent en effet mettre la puce à l’oreille à des personnes dont la religion sur la question du “mariage” homosexuel n’est pas encore faite. Et puis, je trouve que la France oppose une résistance au moins passive assez étonnante à son instauration directe. Selon moi, ça n’est pas pour demain !

Que conseilleriez-vous à des jeunes de droite qui se retrouvent à contre-courant par rapport à la société sur toutes ces questions ?

Le besoin d’une anthropologie cohérente ne va pas sans s’accompagner d’une critique du néolibéralisme actuel. Le libertarisme est sur la ligne dominante, qui est celle du néolibéralisme, pour ce qui concerne la vision de l’homme. Ce sont tous les aspects de la modernité qu’il faut critiquer. Se former là-dessus est indispensable ! Attention, je ne préconise pas pour autant de revenir aux rapports entre les sexes, éminemment critiquables, tels qu’ils prévalaient au XIXème siècle. Je préfère le Moyen-Âge !

Le féminisme est-il forcément de gauche ou des femmes aux valeurs conservatrices peuvent-elles revendiquer ce terme ?

Pourquoi ne pas reprendre le terme, en effet ! Il est urgent de reconsidérer la mère au foyer ou celle qui travaille et de lui accorder certains privilèges. On ne peut lui demander d’assumer tout cela sans l’aider. Je suis pour une discrimination positive sur ce thème-là.

Autres articles

3 Commentaires

  • AVA Pierre , 21 Juin 2011 à 10:28 @ 10 h 28 min

    Aucun fondement scientifique pour la théorie du genre? Allez voir du côté de l’ethnologie. C’est votre idéologie patriarcale qui est dangereuse: des centaines, voire des milliers de femmes en meurent tous les jours.

  • Edgard , 25 Juin 2011 à 0:55 @ 0 h 55 min

    La théorie du genre n’a effectivement AUCUN fondement scientifique. Allez faire un peu de biologie, étudier la psychologie évolutionniste. Croire encore aujourd’hui que nous sommes seulement des êtres de culture, c’est avoir deux siècles de retard. Rousseau c’est terminé. Darwin est passé par là, ainsi que la génétique.

    Quant à la connerie sur la société patriarcale, le Pierre fait partie de ces personnes qui refusent d’accepter le fait pourtant indéniable que les hommes sont plus souvent victimes de violences que les femmes. http://themra.wordpress.com/2010/04/17/les-femmes-plus-exposees-a-la-violence-que-les-hommes/

Les commentaires sont fermés.