Le jour de la colère arrive

Le sésame du bavardage politicien, le mot magique, le trop fameux (et fumeux) pacte républicain est à nouveau invoqué, cette fois par Cazeneuve, qui cache la faiblesse de sa politique sous l’allure sérieuse d’un notaire de province et le ton sentencieux d’un enseignant de jadis. Les contribuables doivent, selon ce juriste apparemment si austère, être fiers de contribuer au fonctionnement des services publics, aux salaires des infirmières et des policiers, bref  au financement du pacte républicain. D’un côté, l’impôt, de l’autre le service. Voilà un sésame étonnant qui, au lieu d’ouvrir la porte d’une caverne emplie de trésors, ferme celle de la discussion. Il subsiste quand même la vague idée qu’il y a bien une caverne obscure, celle de la dépense publique et peut-être aussi 40 voleurs, comme il y a, par exemple et au hasard, 38 ministres, dont beaucoup sont inutiles et d’ailleurs peu connus, mais ont pour but d’incarner les courants et la diversité de la majorité ainsi que ses espérances de conquêtes locales, parfois déçues comme à Marseille. Le brillant juriste, spécialiste de la navigation, qu’est le ministre du budget devrait pourtant se rendre compte que le contrat léonin des prélèvements obligatoires n’a rien d’un pacte entre parties égales. M. Cazeneuve est le ministre socialiste d’un État qui ne l’est pas moins, et depuis longtemps. Une dépense publique excessive, des prélèvements obligatoires abusifs, un système fiscal complexe et obscur, inventif et mouvant ont depuis longtemps faussé l’équilibre du contrat social. Lorsque les Français élisent leurs responsables et leurs représentants, ils ne savent pas à quelle sauce fiscale ils vont être mangés et n’ont aucun moyen de changer le menu, par le biais de référendums financiers, par exemple.

Ni liberté, ni égalité : la France attribue la part du lion au public au détriment du privé. Le regretté Jacques Marseille avait écrit La guerre des deux France : Celle qui avance et celle qui freine. Son analyse demeure juste, mais la situation s’est aggravée. « Un actif sur quatre, contre un sur sept partout ailleurs… La France dispose de dix fonctionnaires pour cent habitants tandis que la moyenne européenne se situe autour de six. » Cette importance de l’emploi public, le coussin amortisseur des effets de la crise gonflé par l’argent public, la création d’emplois artificiels financés par celui-ci ont masqué un temps la réalité. Aujourd’hui, la colère gronde car désormais il y a la France qui s’effondre et celle qui est protégée. Nous sommes loin du prétendu pacte républicain. Les salariés bretons de l’agro-alimentaire, ceux d’Alcatel-Lucent ou de Natixis, ceux de la sidérurgie ou de l’automobiles, ou encore ceux dont on parle moins dans les innombrables petites entreprises en difficulté protestent de manière de plus en plus véhémente, et on les comprend. Pour eux et pour leurs familles, la vie bascule avec le chômage. Elle perd déjà de son goût avec le seul risque. Pour celui dont l’emploi est menacé, pour l’indépendant qui n’a jamais connu les 35 heures, savoir que la vie de travail va être plus longue, alors que les salariés protégés du secteur public et para-public vont conserver leurs régimes de retraite avantageux, accroît le sentiment légitime d’une injustice. Pour l’ouvrier qui vient de perdre le bénéfice de ses heures supplémentaires désormais fiscalisées,  apprendre que les agents municipaux de Béziers bénéficient chaque semaine d’une demi-journée de repos payée en sus et ne sont donc au noble service du public qu’une trentaine d’heures, doit le décourager, sinon le révolter. On ne peut que déplorer l’accident survenu en Inde à un car de touristes français, mais est-il bien normal qu’un tel voyage soit financé par le comité d’œuvres « sociales » d’une autre commune de « droite » ? Alors les réactions peuvent être de deux types : soit on réclame encore plus de soviétisation, encore plus de fonctionnaires, des nationalisations, des protections de toutes sortes, et on tue le dynamisme des jeunes dont les plus entreprenants vont s’expatrier de même qu’on décourage les plus actifs, lassés de travailler pour payer des impôts ; soit on rend effectif le pacte républicain en cessant de brandir une liberté et une égalité factices. En dehors des missions régaliennes, celles qui assurent la sécurité intérieure et extérieure du pays, il n’y a aucune raison que les Français soient discriminés par des statuts différents. La véritable liberté consiste à leur permettre d’user du fruit de leur travail avant le jour de « libération fiscale » qui se situe à la fin du mois de Juillet. Dans notre pays cocasse, chaque Français qui travaille doit, en effet, se dire qu’il travaille enfin pour lui, le jour où il part en vacances. La véritable liberté réside dans le pouvoir de décider de son avenir le plus directement possible, par la démocratie directe, et non en le confiant à une caste de professionnels de la politique, qui n’ont fait que cela toute leur vie, à l’abri des conséquences de leurs erreurs. La véritable égalité consiste à dire et à assumer que tous les Français sont dans le même bateau et doivent ramer dans le même sens avec le but et les moyens de gagner une course pour laquelle la France a de solides atouts à une triple condition : qu’on lui rende sa compétitivité, qu’elle soit maîtresse de son destin, et que ses dirigeants aient du courage. Le courage dont Churchill, qui savait de quoi il parlait, disait qu’« il est la première des qualités humaines, parce qu’il garantit toutes les autres », est sans doute la condition la plus difficile à réaliser tant elle est absente dans notre classe politique.

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19 Comments

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  • MarcS , 16 octobre 2013 @ 23 h 20 min

    Tout ce que nous dit M. Vaneste est empreint du plus profond bon sens. Seulement à partir du moment où comme il le dit “1 français sur 4” est nourri par le système comment peut-on le changer démocratiquement ?
    Par ailleurs il faut reconnaître que tout ces profiteurs du service public cachent bien tous leurs avantages quant ils n’ont pas le culot de prétendre qu’ils sont les plus brimés ?

  • Enoch , 17 octobre 2013 @ 0 h 33 min

    La question du corporatisme soulevé justement par Mr Vaneste, et vécu de manière encore plus injuste en période de crise et surtout dans un pays qui se veut cultiver l’égalitarisme.
    Toutefois cette question me semble s’inscrire dans un mouvement de fond plus complexe qui renvoie à l’identité de la France et forcement la « solidarité » par l’impôt entre français, solidarité qui se veut aussi trans-générationnel.
    Mon sentiment c’est que derrière le refus de plus en plus évident de payer l’impôt se pose la question du vivre-ensemble.
    Pourquoi devrais-je continuer à être solidaire de citoyen français qui veulent faire cessation identitaire et culturel ?
    Bien sur qu’il y a cet aberrant faussé entre publique-privé qui clive les gens. Mais il y a un malaise plus profond qui se pose dans l’impression que des communautés se constituent et survivent sur le dos de l’impôt des individus citoyens.
    Ce malaise n’est pas toujours exprimés dans ces mots mais ils transpirent violement lorsqu’on discute avec des actifs des classes moyennes inferieures, classe moyenne étant devenu un mot de la novlangue pour définir les citoyens français de type européen, les autres étant devenus les classes populaires. Encore une confusion savamment entretenue pour faire du marketing politique et suivre les conseils de Terra Nova, oublions le peuple français pour se concentrer sur la nouvelle France déracinés.

    Ma conclusion est claire et nette. Pour créer l’Europe fédérale, il faut se débarrasser des nations, et le seul moyen d’abolir les identités c’est par le mélange des populations. Dans les faits nos apprentis sorciers ont fait de la France un mini-balkan. Et si par malheur, on acceptait pas le dictat européen, tout les ingrédients ont été implantes en mis en place pour l’explosion d’une bombe ethnico-religieuse en France.
    Il va s’en dire que l’opposition publique-prive s’inscrit dans la même logique droite-gauche, indigène-colon, etc.

  • François Desvignes , 17 octobre 2013 @ 6 h 18 min

    Vanneste a raison : le jour de colère arrive.

    Le jour de colère est en cours, en fait, la colère se déroule sous nos yeux !

    Il n’y a plus rien à craindre ou à disserter puisque le processus est lancé et que rien ni personne ne pourra plus l’arrêter.

    Les “protégés” se croient encore protégés alors qu’ils sont les plus menacés : la cécité est souvent le péché mignon de ceux qui vont à l’abattoir.

    Nous ne pouvons rien empêcher de ce qui est lancé, et nous ne pouvons rien dire de leur funeste destinée à ceux qui ne veulent rien entendre.

    Accepteraient-ils que nous leur disions que leurs traitements ne seront bientôt plus payés, leurs retraites à jamais dissoutes, leurs maitres à penser, leur clergé républicain, et leurs leaders passés en jugement lors d’un Nuremberg de la dette et de l’immigration de masse ?

    Non.

    Alors taisons-nous : chaque condamné avant son exécution a droit à sa nuit de sommeil.

    La noblesse (la classe politique) le clergé (la classe médiatique) de la république vont être passés en jugement

    Maintenant nous, le Tiers Etat, les laborieux, nous devons accompagner, chacun à sa place, avec ses moyens, la juste colère des Français contenue depuis quarante ans.

  • Ampelius , 17 octobre 2013 @ 7 h 51 min

    Bonnes analyses comme à l’accoutumée mais on aurait aimé les prolonger sur deux points: 1 la liberté et l’égalité qui sont réputées fonder le pacte républicain sont , associées, un oxymore, car si nous voulons être plus égaux nous serons moins libres et si nous voulons être plus libres nous serons moins égaux. 2. Vaneste aurait pu montrer que dans le cas de la Bretagne par exemple , où l’agro-alimentaire verse des salaires assez modestes à cause du peu de qualification des emplois, ce qui tue les entreprises c’est la SS la prétendue assurance sociale et en l’espèce les charges sociales qui créent une distorsion de concurrence avec l’Allemagne. Faut-il redire ici qu’il y a 20 ans les performances de l’agriculture française dépassaient celle de l’Allemagne , désormais celle-ci dépasse la France dans certains secteurs( élevage, un comble!) avec une SAU inférieure et, souvenons nous qu’un des motifs de la WW 2, était que l’Allemagne ne subvenait pas à ses besoins alimentaires d’où le lebensraum…En attendant la Bretagne convertie au socialisme, dans les années 70, par les curés, meurt du socialisme!

  • Bernard , 17 octobre 2013 @ 9 h 43 min

    Mais lorsqu’on voit, entend, notre VALLS national renvoyer une lycéenne et sa famille au Kosovo
    on peut s’interroger sur SES intentions réelles ; car il est machiavélique, pense t il attirer des voix du FN en s’affichant ainsi
    Lorsque qu’on constate les réactions de nos fonctionnaires de l’Education Nationale…..
    Et nos journaleux , merdias, interroger cette jeune fille, en SON pays…..

    Celle ci déclare que son seul objectif est de re venir en France, pays où elle s’est bien intégrée
    Mais QUI dirige ce pays, fait appliquer les lois, sommes nous encore chez nous ?
    Pourtant si vous allez en vacances en Tunisie ou autres…. vous ne pouvez y rester que 90 jours
    Le 91° vous êtes agrippé par la Police et jeté dans l’Avion !
    QUI s’en offusque ? QUI le dénonce ? Ne sont ils pas maîtres chez eux ?

    ILS appliquent leurs LOIS, nous trouvons cela normal, mais
    POURQUOI en FRANCE LES ETRANGERS FONT ILS CE QU ILS VEULENT ???

    *** La France multiculturelle ? Près de 100 nationalités ” francisées ” ! Quel BORD……!

    ALORS je réponds QUAND va donc éclater cette colère ?

  • Catholique & Français , 17 octobre 2013 @ 11 h 37 min

    Prophétie attribuée à Pie XII (Pape de 1939 à 1958) : “Après une période de dix années de prospérité et de prestige retrouvé, la France, que Nous aimons paternellement, retournera à ses jeux politiques favoris, à ses obsessions destructrices. Une succession de gouvernements faibles, laxistes, démagogues, laisseront se désagréger le sentiment national et les valeurs les plus élémentaires. Une réaction brutale des forces vives et populaires du pays mettra fin à cette déliquescence voulue par certains, tolérée par d’autres. Pour ne pas sombrer, la France changera de régime sans douceur.” (“Les prophéties du Pape Pie XII” P. Boyer de Belvefer. Edit. Guy Trédaniel. Paris 1988).
    J’ai le bouquin depuis le début des années 90 mais j’ai toujours refusé de prendre cette “prophétie” au sérieux, d’abord parce qu’elle est relatée par une seule personne, même si elle affirme avoir bien connu et fréquenté le Pape (“Testis Unus, Testis Nullus”), ensuite parce que l’autorité de l’auteur du livre me parait insuffisante. Pourtant, avec ce qui se profile à l’horizon, je me pose des questions…

  • passim , 17 octobre 2013 @ 14 h 54 min

    Le “pacte républicain” est rompu depuis longtemps, puis que le fonctionnement démocratique, en France, en basé sur le clientélisme.
    Le Pouvoir achète des votes en concédant de avantages particuliers, dont l’embauche de fonctionnaires inutiles n’est que l’un des acpects les plus voyants.
    Cette perversion de la démocratie rend quasiment impossible un changement par les urnes (à moins d’une totale faillitte du système, qui devient probable).
    Le socialisme est un virus qui ne peut que proliférer : en créant des pauvres qui voteront socialiste, persuadés qu’ils le seront moins en votant socialiste ; en créant des crétins qui voteront socialiste, grâce à une propagande abétissante ; enfin, en important des bulletins de vote.
    On ne sort du socialisme que par l’effondrement économique, ou par la révolte violente.

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