Pourquoi va-t-on au Mali ?

Tribune libre de Bruno J.

En apprenant il y a quelques jours l’intervention au Mali, ma réaction a été plutôt favorable. Mais quand on y réfléchit un peu… Quels sont les vrais enjeux, y avons-nous un intérêt ? Regardons la chose sous plusieurs aspects : d’un point de vue géostratégique, d’un point de vue militaire et, pour finir, d’un point de vue politique.

Du côté géostratégique d’abord. Au premier abord, on peut se réjouir de voir que la France va tenir une place importante sur la scène internationale. Seule nation occidentale à se décider à combattre les islamistes maliens et tous les combattants étrangers venus faire le jihad, « ça en jette », comme on dirait maintenant. Mais passé ce concept abstrait, quelle crédibilité ? L’année 2013 s’est terminée par le retour en fanfare d’une partie de nos troupes d’Afghanistan, pour un certain nombre de raisons avouées ou non :

– c’était trop loin pour faire peur aux français, ça faisait baisser la côte de popularité d’avoir des morts dans notre camp,
– ça coutait cher,
– ce n’était pas notre guerre.

Reprenons les points un par un, si vous le voulez bien, en les comparant à la situation du Mali.

– Quand on est financé par des mouvements terroristes internationaux, prendre un avion du Mali ou le prendre d’Afghanistan, ça ne change pas grand-chose. La distance physique plus faible n’augmente pas le risque d’attentats sur notre sol. Quand on aura passé quelques années là-bas et qu’on aura perdu du monde en quantité, la situation sera la même.

– Soit on ne paye pas nos soldats (c’est en partie le cas grâce à Louvois) et on oublie de payer armement, munitions, nourriture, carburant, etc. pour que l’opération devienne gratuite (ça serait du jamais vu), soit elle coûte de l’argent. Moins sans doute car moins loin, mais avec un coût qui sera loin d’être négligeable tout de même, surtout qu’elle durera sans doute plus longtemps que quelque mois si on veut qu’un pouvoir politique doté d’un outil militaire puisse se mette en place pour maintenir la situation.

– Si la guerre contre les islamistes n’était pas notre guerre en Afghanistan, pourquoi la deviendrait-elle tout d’un coup ici ?
On invoque un motif de traitements inhumains par les islamistes, les mausolées saccagés de Tombouctou, de sauvegarde de l’État, etc. Moi, ça me rappelle la manière dont on avait fait pleurer dans les chaumières avec l’absence de liberté des femmes, les bouddhas détruits de Bâmyân, etc. Pas vous ? Je suis persuadé que le motif humanitaire est un leurre, et qu’on ferait mieux d’annoncer le motif réel, qui va sûrement dans l’intérêt de la France, plutôt que de se retrouver le bec dans l’eau dans quelques temps, faute de soutien, pour une cause qui n’en vaudra plus la chandelle. Évidemment, pour un gouvernement qui tape sur ce qui fait de l’argent, un motif stratégique d’indépendance énergétique lié à un besoin économique (oh, le gros mot), ça ferait tâche.

“Pourquoi soutient-on ici le pouvoir en place contre les islamistes alors qu’on fait le contraire en Syrie ? Tout ceci manque de cohérence.”

Pour finir, je me demande ce que nos alliés peuvent bien penser de nous : les Français n’ont pas tenu leurs engagements internationaux et sont partis d’Afghanistan deux ans plus tôt que prévu et ils vont faire croire à la communauté internationale qu’ils vont tenir d’autres promesses quelques mois après ? Pas crédible. Je plains d’avance les Maliens qui subiront notre défection lors du prochain changement de gouvernement, ou le suivant !

D’un point de vue militaire ensuite. Une fois encore, on demande à nos soldats de risquer leur vie dans un engagement qui, a priori, a un intérêt pour la France. Au claquement de doigts, on les fait partir, et eux le font, c’est bien normal. Dans un mois, deux tout au plus, tout le monde les aura oubliés, à moins qu’ils ne perdent des hommes en nombre (un de temps en temps, c’est une ligne en bas d’un journal), ou qu’un civil soit tué par « leur » faute. Au début, ils auront une mission vague qu’ils rempliront tant bien que mal, et le temps passant, on leur donnera une mission claire, avec les poings et les pieds liés. Et puis du jour au lendemain, malgré les bâtons qu’on leur met dans les roues et le succès en cours de leur mission, on détruira ce qu’ils ont mis tant de temps à réaliser en les faisant rentrer aux pays plus tôt que prévu, en les désignant comme des gens cons au point d’être allés se fourrer dans ce guêpier. Depuis des années, ils le subissent, ils y sont habitués.

Le savoir-faire ne sera pas un problème, l’armée française est sur le continent africain depuis plus d’un siècle et connaît bien le terrain. Si on veut regarder du bon côté des choses, dans l’ensemble, les militaires doivent être ravis : la « betteravisation » qui devait suivre le conflit afghan n’enchantait pas grand monde, et une opération extérieure, ça met du beurre dans les épinards. A un niveau plus élevé, cette opération (parce qu’ajoutée à celle en cours en Centrafrique) est sans doute la seule chance pour que le nouveau Livre blanc de la défense qui doit sortir dans peu de temps ne fasse pas l’impasse sur la nécessité de pouvoir projeter des hommes en tout temps et en tout lieu, et dans un volume non négligeable. Peut-être le Mali limitera la dégringolade du format de nos armées, comma l’Afghanistan a participé à la modernisation de leurs équipements.

D’un point de vue politique enfin. Quel est l’objectif qui est clairement fixé ? Quelle a été la logique qui a sous-tendue notre politique extérieure ces dernières années et qui justifie cette intervention ? Si cette opération était dans les rails d’une logique forte qui prévalait sur les changements successifs de politique intérieure, elle aurait sans doute un sens car elle trouverait une continuité dans le temps. La logique interventionniste des américains est claire : « je protège mes intérêts ». La nôtre est floue car la seule optique du pouvoir fait changer d’idées nos élus comme des girouettes, suivant le sens du vent soufflé par l’opinion publique ou les médias. Pourquoi soutient-on ici le pouvoir en place contre les islamistes alors qu’on fait le contraire en Syrie ?
Tout ceci manque de cohérence.

Pour conclure, cette intervention ne semble une fois de plus pas avoir d’objectif précis, tant sur le plan international qu’en terme de retombées nationales. « La guerre, c’est la politique continuée par d’autres moyens », disait Clausewitz. Dans le cas présent, on a plus l’impression qu’on fait la guerre pour cacher l’absence de vision géostratégique et politique à long terme que pour prolonger la volonté de l’État.

Lire aussi :
> Qu’on se rassure, l’armée malienne est à nos côtés

Du même auteur :
> À toi, futur enfant de France

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12 Commentaires

  • MarcS , 17 janvier 2013 @ 15 h 41 min

    Des paroles frappées du bon sens populaire.

  • Banro , 18 janvier 2013 @ 0 h 04 min

    Tout à fait daccord avec cet article plein de bon sens.
    « Pourquoi soutient-on ici le pouvoir en place contre les islamistes alors qu’on fait le contraire en Syrie ? Tout ceci manque de cohérence. »
    Je dois vous faire part du scoop du ministre de la défense, il a dit à propos de la guerre au Mali :
    “Qu”hier, aujourd”hui et demain, nos troupes sont engagées”
    Vous ne vous en doutiez pas, hein ! Ca bouche un coin !

  • Daniel , 18 janvier 2013 @ 9 h 24 min

    On va combattre les islamistes au Mali mais même en France, on ne les combat pas. Repensez à notre lacheté lorsqu’on se laisse imposer de servir de la viande Hallal dans les cantines scolaires ou qu’on ne sert plus de viande pour ne pas stigmatiser. Repensez à certaines manifestations où ces fous d’Allah scandaient devant des CRS des phrases telles que mort aux juifs ou Allah akbar.
    A mon humble avis, avant d’aller faire le ménage chez les autres, on ferait bien de balayer devant notre porte.

  • Richard , 18 janvier 2013 @ 9 h 35 min

    Avant de combattre les islamistes Au Mali, regardons déjà chez nous, nous avons un islamiste français
    qui faisait parti des terroristes en Algérie, ce n’est certainement pas le seul.”Pauvre France”

  • fauvette , 18 janvier 2013 @ 9 h 45 min

    je ne suis pas loin de penser comme cet auteur .Manque de vision à long terme .Il y a longtemps qu’il aurait fallu penser à ce probleme .

  • Philippe Lemaire , 18 janvier 2013 @ 11 h 44 min

    Excellentes remarques. Comme il est dit dans l’article notre politique manque vraiment de cohérence. A quand la guerre contre les islamistes de la Seine Saint Denis ? Commençons déjà par refuser la viande hallal et toute cette culture archaïque et imbécile qui caractérise les mahométans.

  • BUREAU , 18 janvier 2013 @ 16 h 10 min

    Bonjour,
    Entièrement d’accord avec cette analyse et les propos qui ont suivi. On va chasser les islamistes au Mali, on les encourage en Syrie et on les intègre en France.
    Moi président est un pantin qui nous mène à la catastrophe.
    Au départ, pour bien faire passer la pilule, à chaque journal télévisé on nous montrait cet homme fouetté en public, on nous parlait de mains coupées, de lapidation. C’était intolérable, mais on ne voit pas beaucoup d’africains aller au casse pipe pour sauver leurs semblables.
    Cordialement

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