Réflexions post-électorales

 

La façon dont les médias ont monté en épingle le relatif succès des verts au scrutin européen (13,47%, mais ils avaient obtenu un meilleur score en 2009, 16,28%), cachait mal la volonté de ne pas s’attarder sur le succès du Rassemblement national. Mais la vraie nouveauté électorale a été l’effondrement de la liste LR et le report massif de l’électorat de la droite bourgeoise aisée ou très aisée vers la liste Loiseau. Emmanuel Macron a réussi à « unifier » la bourgeoisie de gauche et la bourgeoisie de droite, toutes deux converties au néolibéralisme mondialisé.

En réalité, il n’est guère surprenant que la gauche urbaine et intellectuelle s’y soit trouvée à l’aise en quittant le marxisme de salon dans lequel elle baignait sans trop d’états d’âmes pour les millions de victimes du marxisme léniniste, maoïste, castriste ou polpotiste. En effet le néolibéralisme mondialiste partage beaucoup d’éléments idéologiques avec le marxisme : le primat de l’économie, la croyance dans un sens de l’Histoire déterminé par les impératifs économiques, l’internationalisme, la volonté de transformer l’homme pour l’adapter aux impératifs économiques, une certaine conception darwinienne de la société dans laquelle les « meilleurs » s’adaptent et dirigent, à l’image de «  l’avant-garde consciente du prolétariat », tandis que les autres constituent des bouches inutiles.

La droite du portefeuille y trouve aussi son compte fiscal et peu importe si ses rejetons, de préférence couverts de diplômes, connaissent une exploitation et une pression économiques, au demeurant consenties, sans précédent.

Tout ce beau monde, fragile et sensible, aisément larmoyant et faussement terrifié par une menace fasciste ou populiste d’opérette, communie à la même foi politiquement correcte dans le multiculturalisme, dont il évite soigneusement les effets concrets en vivant dans des ghettos de riches tant en matière d’habitat que de scolarisation, dans les vertus du libre -échange, dans la lutte contre les discriminations et « pour l’égalité » et les principes démocratiques (et non plus la démocratie, intéressant glissement sémantique). Sans même se rendre compte que derrière les grands discours humanistes sur l’accueil des immigrés, la non-discrimination ou la libération de la femme, par exemple, se cachent de bien concrets intérêts économiques. Quand Macron déclare au Figaro au pic de la crise migratoire que les migrants « constituent une opportunité économique dont il faut profiter » et ajoute « tant pis si c’est impopulaire », au moins fait-il preuve de franchise. Quand on promeut le « double income no kids », cherche-t-on l’épanouissement humain ou simplement des couples disposant d’un pouvoir d’achat important et devenant par là-même des cibles de marketing potentiellement profitables ? Et quand Facebook et Apple proposent à leurs jeunes collaboratrices de faire congeler leurs ovocytes pour avoir des enfants plus tard afin de ne pas nuire à leur carrière à cause des grossesses et des enfants, sommes-nous dans un combat pour la dignité de la femme ou dans une volonté d’exploitation économique de celles-ci dans la partie de leur vie la plus potentiellement « productive » entre 25 et 40 ans ?

Bref, le néolibéralisme a besoin de ses idiots utiles comme Lénine en avait besoin.

La réaction des caciques des Républicains au soir des élections eut quelque chose de désespérant tant ceux-ci s’enfermaient dans une forme de déni et faisait preuve de leur incapacité à comprendre l’évolution politique du pays. Ne les a-t-on pas entendu appeler à un grand rassemblement de la droite et du centre alors que l’UDI n’a obtenu que 2,5% des voix et, qu’à l’évidence, le centre est parti avec armes et bagages chez les marcheurs, tandis que la droite « molle » s’est elle-même effondrée pour les mêmes raisons. Il est éclairant de constater que, même à Versailles, l’infortuné Bellamy a été devancé par Loiseau. Une part de l’électorat catholique semble préférer ses intérêts à ses principes !

Au demeurant, la débandade d’un certain nombre d’élus locaux LR qui se découvrent soudain Macron-compatibles à quelques mois des élections municipales, ne fait que traduire la loi électorale naturelle : l’élu suit son électeur plus qu’il ne le précède, ce qui répond en écho au constat ancien de Léon Daudet : « que cherche un élu ? A se faire réélire ». Rien de nouveau sous le soleil, mais les élus en question pourraient au moins nous épargner les belles justifications du style « mon souci est de faire gagner la France » ou « il faut sortir d’une opposition systématique pour adopter une attitude constructive » qui font rire tout le monde et n’améliorent guère l’image du monde politique dans l’opinion.

Le vrai clivage n’est plus droite-gauche mais entre le néolibéralisme mondialiste, individualiste, politiquement correct et nomadisé et le réalisme politique enraciné porteur de la seule vision réellement humaine de la société, respectueuse des hommes et de leur environnement culturel, naturel, historique et économique et de la nécessité de rechercher le bien commun au-delà des désirs ou intérêts individuels.

La question électorale est donc de savoir si, sur les débris des Républicains et avec la droite dite “hors les murs”, il est possible de bâtir une force politique capable de passer des accords ou de faire alliance avec le Rassemblement national, afin de pouvoir envisager une victoire électorale à l’élection présidentielle et aux élections législatives qui suivront. Car il est malsain et impossible de prétendre ignorer entre un quart et un tiers des électeurs « stigmatisés » sous de fallacieux prétextes pseudo-moraux. Or, il ne s’agit pas seulement d’un enjeu politique mais également d’une question de civilisation. Ce que nous promettent les oligarques mondiaux est un monde terrifiant, contrôlé idéologiquement, totalitaire où la liberté d’expression sera encadrée voire supprimée au nom de la vertu (Robespierre ne déclarait-il pas : la terreur est l’émanation de la vertu?) et dont le seul horizon sera une prétendue efficacité économique mondiale qui ne profitera qu’à un petit nombre. Notre combat est celui des hommes et des femmes réels qui sont enracinés dans leur patrie, dans leur culture, dans leurs métiers et leurs affections.

Face à l’entreprise de déconstruction humaine, sociétale, sociale, culturelle et économique du néolibéralisme mondialiste, notre combat est celui d’un humanisme intégral qui seul défend et protège la dignité de la personne humaine dans toutes ses dimensions, au sein des communautés naturelles que sont la famille, les petites patries d’enracinement local, les métiers et les entreprises, l’univers de la culture et des spiritualités historiques, la nation et enfin une Europe fondée sur les réalités nationales et non contre elles. Notre combat est celui de l’Homme.

Stéphane Buffetaut,

ancien député européen,

membre du Conseil économique et social européen

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3 Commentaires

  • louis , 18 Juin 2019 à 8:20 @ 8 h 20 min

    excellent article , meme si cela ne sert a rien car les gaulois votent pour leur portefeuille pas par analyse ou par sentiment

  • Colmar , 18 Juin 2019 à 19:24 @ 19 h 24 min

    Le patrimoine plutôt que la Patrie!

  • Olivier , 19 Juin 2019 à 18:22 @ 18 h 22 min

    Certes, le macronisme n’est pas marxiste léniniste, maoïste, castriste ou polpotiste, mais il n’a pas grand chose non plus de libéral. Il nous écrase d’impôts, jette l’argent par les fenêtres, fait marcher la planche à billets, développe délibérément la pauvreté (l’écologisme…) et multiplie les interdictions. Est-ce que c’est libéral de faire payer par la Sécu la fabrication d’enfants sans pères ? Les gens semblent s’accommoder de tout ça. Le déclin économique est patent mais le mouvement des Gilets Jaunes a renforcé le parti. Pour l’instant. Car l’histoire est tragique.

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