Julien Rochedy : « On a désappris au jeune Français d’aujourd’hui ce qu’il était »

Nouvelles de France a rencontré Julien Rochedy, responsable des Jeunes avec Marine, à quelques jours du premier tour des élections présidentielles.

Julien Rochedy, qu’entendez-vous par « patrie » ?

La patrie est quelque chose d’éminemment charnel : c’est la terre, c’est le sang, c’est la culture. Ce sont les morts, les gens présents aujourd’hui et nos enfants qui ne sont même pas encore nés. C’est un ensemble d’hommes qui partagent de manière transcendantale les mêmes gênes civilisationnels.

Vous avez écrit un essai intitulé Le Marteau, où vous vous attaquez à ce que vous appelez la décadence moderne.

La décadence moderne s’exprime partout. Ses conséquences effectives : la politique actuelle, l’idiosyncrasie des gens, le règne du médiocre. Ce que je fais dans Le Marteau, c’est une analyse nietzschéenne des valeurs modernes. Je reprends la grille de lecture nietzschéenne (morale des forts et morale des esclaves, du ressentiment), et j’analyse les valeurs qu’on prône depuis plus de trente ans, les valeurs de la vulgate moderne dans laquelle nous baignons. On constate que nous sommes plus que jamais dans les valeurs de décadence et de haine de la vie, de volonté de médiocrité et d’égalitarisme.

Vous vous appuyez sur Nietzsche. Quelles sont les références intellectuelles et les modèles qui vous ont en quelque sorte formé ?

C’est vrai que Nietzsche a été un père pour moi. Hegel aussi, dans sa vision de l’histoire. Non que je croie à la fin de l’histoire : en revanche je le suis dans sa description du fonctionnement par dialectique de l’histoire. En plus récent, il y a Michéa, que j’ai pas mal apprécié, dans L’Empire du moindre mal, notamment.

Quels auteurs contemporains avez-vous lus ?

Finkielkraut. Soral un peu, également. Zemmour, bien entendu. J’ai beaucoup apprécié le dernier Prix Goncourt : L’Art français de la guerre, d’Alexis Jenni.

Les figures historiques qui vous ont marqué ?

Napoléon, bien sûr, dont Barrès disait qu’il était un professeur d’énergie. J’ai lu Napoléon à 14 ans : c’est ce qui m’a déterminé à aimer mon pays, à le glorifier, à vouloir me battre pour lui. D’une manière générale, le combat pour une cause plus grande que soi, la patrie, le drapeau, l’honneur et le fait de se dépasser soi-même : l’aventure, la force, le courage. Surtout, n’avoir peur de rien ; c’est le plus important. Être prêt à se sacrifier : voilà ce que j’aime dans certains personnages historiques. Je pense que l’homme – et c’est l’enseignement des Grecs – est plus grand quand il s’oublie soi-même. Le grand malheur actuel, c’est que, à vouloir glorifier l’individu, on ne regarde plus que son nombril. Quand on oublie son nombril, paradoxalement, c’est là qu’il devient beau (Rires). Quand un homme sert une cause plus grande que sa petite personne – la Cité, des valeurs transcendantale, pourquoi pas, comme la foi – alors seulement il se sublime et devient une vraie personnalité. À force de pratiquer l’individualisme comme aujourd’hui, on en vient à ne plus ressembler à rien et à se diluer absolument. Napoléon a donc été une figure tutélaire pour moi. Mais de manière générale, tous ceux qui ont fait de grandes choses pour la France, y compris des gens dont je ne partage pas les opinions politiques, sont des figures exemplaires pour moi.

Qu’est-ce qui vous différencie d’un autre jeune engagé en politique, Benjamin Lancar ?

Absolument tout. Benjamin Lancar, pour moi, n’a aucun fond. Il est moderne, à tous les points de vue. Il est lâche, il fait des salamalecs à tout le monde, il louvoie avec les hommes politiques et les puissants.

“La grandeur passée peut renaître. Il faut la tenter, la souhaiter…”

On constate une sorte de vague de nostalgie, chez des jeunes de votre génération, y compris à l’UMP, d’une époque qu’ils n’ont absolument pas connue et qu’ils semblent vouloir retrouver. Comment l’expliquez-vous ?

La différence entre moi et des jeunes de l’UMP qui pourraient ressentir cela, c’est qu’eux ne croient pas que cela soit réalisable. Or impossible n’est pas français, comme disait Napoléon. À ce propos, il est incroyable de constater le nombre de jeunes gars de droite, UMP ou autres, qui ont le buste de Napoléon chez eux, qui sont fous de l’épopée impériale, mais chez lesquels cela ne relève en réalité que d’une forme de catharsis : la grandeur est dans le passé, ils rêvent d’elle en allant se coucher mais ne croient pas possible qu’elle soit réalisable ni demain ni aujourd’hui. Ils vont donc voter de façon médiocre en rêvassant d’une grandeur passée. Moi je crois qu’elle peut encore renaître, et qu’il faut la tenter, la souhaiter. Même si on ne l’atteint pas, on créera quelque chose de beau et de fort autour de soi.

Ça, c’est le constat d’une nostalgie partagée. Mais les raisons de cette nostalgie ? Après tout, vous êtes né en 1988.

Tout simplement parce que les gens se rendent bien compte de la nullité, de la vacuité totale de la société dans laquelle ils vivent. Les jeunes en particulier. Le problème des êtres humains, c’est que pour qu’ils commencent à réfléchir sur des questions existentielles, il faut, hélas, qu’il y ait un déficit matériel. Si les jeunes réfléchissent davantage sur ces questions-là, s’interrogent sur le vide qu’il y a en eux, c’est parce qu’il y a de plus en plus un vide dans leur assiette. C’est ainsi qu’ils vont être prêts à remettre en question le système de notre société et le corpus de valeurs qui la fonde. Ils ressentent cette nostalgie parce qu’ils se rendent bien compte que le monde dans lequel ils sont ne leur apporte rien, tant au niveau matériel que dans ce qui peut enrichir leur âme. On a désappris au jeune Français d’aujourd’hui ce qu’il était. Il ne sait pas d’où il vient, il est déraciné, il n’a aucune ossature morale pour tenir. Et il voit des jeunes – très souvent d’origine immigrée – qui, eux, sont à la recherche de racines, de valeurs, à travers l’islam par exemple, et face à cela, ils se sentent perdus et incapables de tenir le coup. Et ils constatent que d’autres jeunes – même si, la plupart du temps, c’est de façon complètement débile ou violente, se réclament d’une identité forte et d’une virilité qu’ils ne connaissent absolument pas.

Paul-Marie Coûteaux s’interrogeait récemment en ces termes : est-ce qu’il y a encore une France et est-ce qu’il y a, surtout, encore un peuple de France ?

Il pose souvent cette question. Est-ce que l’essence française est morte ? C’est une question intéressante, et pour le coup assez angoissante. Il n’y a à mon avis plus de peuple français au sens où on a pu le connaître et le définir ne serait-ce que depuis deux siècles. Ce peuple uni, partageant certaines valeurs, et qui se ressent comme peuple. Je me rends compte que les Français, y compris des Français qui sont au FN, attendent qu’on leur parle  individuellement. Si on les appelle : « Peuple de France », cela va leur plaire, sur le moment ils vont crier, s’enthousiasmer. Mais ça ne rebondit sur rien. L’individualisation a terriblement bien fonctionné. Néanmoins les circonstances vont pouvoir aussi provoquer une forme de communautarisation. Donc, à mon sens, les Français reviendront toujours à cette notion puissante de sentiment français. Beaucoup de gens, comme les Identitaires par exemple, pensent que la France est finie et que l’identité des jeunes Français se fera à travers une société de village, européenne et éventuellement chrétienne. Mais moi je crois que ce qui constitue le fonds inconscient de l’identité des Français, c’est d’abord la France. Le seul niveau de conscience identitaire que les Français pourront avoir, c’est la France ; même si ce mot recouvre pour certains des éléments différents : par exemple le sentiment d’être un peuple européen. Même si eux-mêmes ne le savent pas, inconsciemment c’est ça, y compris chez nos ennemis politiques. Martine Aubry disait, il y a deux semaines, sur France Inter : « Dans cette cité, il y a des gens d’origine immigrée et des Français » : normalement, dans un discours de gauche, on ne devrait pas dire cela. Inconsciemment, donc, le Français reste un Européen catholique. Je crois que ça, ça restera toujours, qu’on ne pourra jamais l’effacer des consciences et de l’inconscient. Et même si beaucoup de Français vivent aujourd’hui dans un ethno-masochisme hallucinant. Trop de gens ont encore la haine d’eux-mêmes. On les a éduqués ainsi, et cela participe des valeurs de décadence dont je vous parlais précédemment. L’ouverture totale à l’autre, ce désir de disparaître et de se diluer totalement viennent de cette absence d’élan vital de notre époque. On s’en est pris tellement dans la figure, aussi… Le XXe siècle est celui du cercueil de la France et de la civilisation européenne. Entre 14-18, 39-45, la décolonisation… On a perdu en tout, et ça, d’un point de vue moral et même physique, ça a pesé terriblement sur les consciences. La conséquence, c’est la volonté de disparaître et le combat contre tout ce qui s’approche de nos traditions et de nos racines. Le combat de notre époque, c’est ce choc des déracinés contre celui des mondialistes. Il prendra nécessairement la forme d’une bataille, à tous les niveaux, y compris et surtout culturel. Je crois vraiment que l’histoire va recommencer. On va retrouver des combats idéologiques.

Que pensez-vous du mouvement actuel de certains catholiques concernant les principes non négociables ?

Je comprends ce mouvement, mais je trouve ça dommage. Nous sommes en guerre. Il faut agir stratégiquement. S’ils restent dans cet état d’esprit de forteresse et ne rentrent pas dans la bataille, une fois la plaine prise, la forteresse tombera. J’ai peur que dans ce système de principes non négociables, où ils restent chez eux pour être purs et durs, ils vont finir par se faire avoir. Ils ont tout perdu en 30 ans, ils se réduisent comme peau de chagrin. Il faut se battre pour obtenir certaines choses, gratter des victoires petit à petit. La vie, c’est la guerre, et il me semble que cette stratégie-là, ils l’ont oubliée. À rester seuls et isolés, ils risquent le suicide ou la mort. Je le dis à mes amis catholiques : ne restez pas sur la défensive, attaquez !

Un dernier mot sur les autres candidats à la présidentielle ?

Mélenchon : peinture neuve sur vieux mur du PCF. Eva Joly : si j’étais pour l’immigration choisie, je dirais oui aux Norvégiennes, mais non à Eva Joly. Nathalie Arthaud : elle suinte la haine. Je me demande vraiment d’où elle sort. Il y a encore des écoles trotskistes pour produire des Nathalie Arthaud. Poutou ? Un brave gars qui n’a pas tout compris. Il a dû tirer sur trop de joints. Bayrou : le ravi de la crèche. Dupont-Aignan : hélas pour lui, soit on a du charisme soit on n’en a pas. Il n’a pas le visage nécessaire, il n’a pas la voix nécessaire. Il faut qu’il arrête de sauter la première place. Ce serait un très bon second couteau. Cheminade : illuminé complet, inquiétant et bizarre. Sarkozy ? Un vendeur de cravates. Excellent commercial. Hollande : un mollusque sournois. Politicard bobo socialo, mais pas plus socialiste que je ne suis communiste…

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4 Commentaires

  • Komdab , 19 Avr 2012 à 17:31 @ 17 h 31 min

    Il est de 88 c’est ça ? Hmm.. pas con le petit jeune !

  • diego , 19 Avr 2012 à 17:51 @ 17 h 51 min

    Il dit beaucoup de choses vraies. Benjamin Lancar fait parti de ce que j’appelle cette droite “Bobo”. Il est d’accord avec la gauche sur pas mal de choses dont le mariage homo.C’est un politicard. Il fut l’un des plus virulents à demander l’éviction de l’UMP de C.Vanneste.

  • mino , 6 Juin 2013 à 15:58 @ 15 h 58 min

    Bravo ! Vous êtes un espoir réel. Des propos clairs, intelligents, des références historiques correctes (non truquées à la sauce gauchiste) et du bon sens, ça fait vraiment du bien. Merci.

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