Philippe de Villiers : «Le roman de Saint-Louis propose un retour à la source primordiale, là où allait boire l’Occident quand, croyant en lui, il se construisait sans se mépriser»

Le roman de Saint-Louis, c’est avec Histoire passionnée de la France et Hexagone : Sur les routes de l’Histoire de France, un des titres incontournables de cet automne. Nouvelles de France a rencontré son auteur, Philippe de Villiers, un homme passionné et passionnant.

Philippe de Villiers, pourquoi ce livre ?

À l’occasion du 800e anniversaire de la naissance de Saint Louis, il m’a paru opportun de mettre à la portée des jeunes Français celui qui fut le plus grand de nos rois. Et surtout, j’ai écrit ce livre comme le journal intime d’un grand caractère en pensant aux nouvelles générations qui voient avec une immense tristesse la France s’abîmer. Quand la maison s’écroule, il faut chercher le mur porteur. Et le mur porteur de la France, c’est Saint Louis. C’est lui qui porte encore aujourd’hui l’idée qu’on se fait de l’autorité, de la justice, de la dignité, de l’humilité et du bien public.

En ces temps de grand trouble où tout chancelle et où on meurt de soif, mon livre propose un retour à la source primordiale, là où allait boire l’Occident quand, croyant en lui, il se construisant sans se mépriser.

Je voulais que la forme de mon livre fût originale : j’ai donc écrit une cinéscénie littéraire comme je l’ai fait au Puy du Fou : j’ai mis dans ma plume de l’encre 3D pour donner du relief et du souffle à chaque page. Je voulais retrouver un Saint Louis vivant, vibrant, un Saint Louis de chair et d’humanité. C’est pourquoi j’ai déposé le vitrail à travers ces mémoires imaginaires où le Roi de France parle à la première personne et raconte sa vie.

Si j’ai truffé d’expressions médiévales ces carnets secrets, ce n’est pas pour une question d’atmosphère ou de couleur, mais parce que j’ai découvert, à la rencontre des chroniqueurs et mémorialistes de Saint Louis, que le style de l’époque et la sonorité des mots, proches de l’atelier et du sillon, étaient infiniment plus expressifs que notre langue aseptisée, passé au micro-ondes médiatique, mondialisé.

En quoi ces réponses sont-elles d’actualité ?

Sur la légitimité, la laïcité, l’islam, Saint Louis a tout dit, tout vu, tout compris. J’ai reconstitué notamment trois dialogues hauts en couleurs qui ont marqué ce grand règne de quarante-six ans. Le premier dialogue entre Saint Louis et le pape Innocent IV porte sur la relation du temporel et du spirituel. Ce dialogue est d’une brûlante actualité. Saint Louis renvoie dos à dos la théocratie et le laïcisme. Le deuxième dialogue date de sa captivité en Égypte. Il porte sur la question de l’islam, le djihad et l’essence du christianisme. On comprend à travers le dialogue entre Saint louis et la sultane Chagarett-el-Dorr que la croisade n’est pas une guerre d’agression mais de légitime défense. Enfin, le souper au Louvre entre Saint Louis et Saint Thomas d’Aquin qui porte sur la potestas et l’auctoritas fait bien comprendre qu’une loi positive contraire à la loi naturelle n’est pas légitime. Saint Louis fut un roi visionnaire. Il savait lire avant les autres tout ce qui affleurait : derrière la croisade, la mission de conversion ; derrière l’Église possédante, une Église mendiante ; derrière l’État féodal, l’État moderne ; derrière la suzeraineté, la souveraineté ; derrière l’art de gouverner, le gouvernement des arts. C’est pourquoi il a enluminé son royaume, comme un copiste au secret de son encre d’or, de moutiers, d’abbayes, de maisons-Dieu et de pierres bibliques.

“Saint Louis est un roi donné, un roi qui s’offre, un roi sacrificiel, un roi hostie.”

En quoi Saint Louis peut-il être un modèle pour l’homme politique d’aujourd’hui ?

Saint Louis, c’est l’accord parfait d’un règne et d’un royaume. Il a pratiqué la maxime de Saint Augustin : « La paix, c’est la tranquillité de l’ordre ». Dans l’ordre du Beau, il est né dans l’embrasement des cathédrales et devint le chef de la flotte de toutes les cathédrales de l’Europe. Dans l’ordre du Bien, il fut le compagnon des ordres mendiants, les Dominicains et les Franciscains, un nouveau modèle de pauvreté évangélique et de pauvreté savante. Dans l’ordre du Vrai, il fit de l’Université de Paris – la Montagne Saint Geneviève – une montagne de l’esprit qui éclairait le monde.

Un contemporain – citoyen de notre siècle poussif et lugubre – qui s’approche de Saint Louis ne peut pas, hélas, ne pas mesurer la pente descendue : pour Saint Louis, le pouvoir était un service. Aujourd’hui, il est une consommation. Saint Louis faisait le bien, nos politiciens font carrière. La notion de Bien Commun a disparu.

Saint Louis est un roi donné, un roi qui s’offre, un roi sacrificiel, un roi hostie. On le voit s’élever comme un ange dans les éthers mais il choisit de mourir dans l’extrême dénuement, comme un nomade, battu par les vents de sable à Tunis, allongé dans une longue chemise de lin trempée, les bras en croix, sur un lit de cendres, pour être configuré au Roi des rois.

Ce qui est fascinant chez Saint Louis et qui le rend si attachant, c’est qu’il est à la fois un roi d’apogée et un roi d’échec. Quand il s’élève en altitude, il nous tire vers lui, et quand il traverse la vallée des larmes, il nous redonne la main.

C’est un roi qui ne ressemble à personne et qui ressemble à chacun de nous. Il va chercher sa sainteté dans son humanité. Il n’est jamais marmoréen. Il n’est jamais dans son vitrail. Il vit pétri de sentiments. Il se laisse bousculer par le doute. Parfois, il hésite. Il se trompe. Souvent, il échoue. Il connaît l’épreuve et l’adversité. Les deuils et la trahison l’accablent. Son amour de Marguerite est d’une sensibilité universelle. La rivalité de la belle-fille et de la belle-mère, qui le navre, est d’un classique absolu. Il passe par les sentiments de tout homme. Jusqu’à la tentation d’abdiquer. Et c’est sa femme qui se plante soudain devant lui : « Non, Louis, tu ne peux pas faillir, car tu es, par l’onction de Reims, rex in aeternum, rex inglorius, rex tristis, mais rex in aeternum. »

Quelles leçons en tirer pour les chrétiens ?

Saint Louis ne s’excuse pas d’être ce qu’il est. Il ne bat pas sa coulpe sur le passé de son lignage. Il ne se repent que de ses actes à lui. Il ne marche pas en crabe comme un démocrate-chrétien. Il n’est jamais d’humeur mitoyenne. Il tranche. Saint Louis assume. Il assume tout. Il assume tout ce qu’il est et tout ce qui ressortit à sa mission : il assume son héritage, il assume son identité, il assume son devoir d’Etat. Il est le bouclier de la christianitas et, comme pour lui, la frontière de la chrétienté latine, c’est le Jourdain, il considère que la croisade est vitale pour libérer la Jérusalem terrestre et le Saint Sépulcre et rétablir la liberté de la route des pèlerins. Face à l’islam, il ne cherche pas à occire mais à gagner les cœurs. Il est un guerrier pacifique mais jamais il ne flatte l’encolure. Pour lui le péché de l’esprit, c’est la lâcheté. Il ne cherche pas la célébrité mais la légitimité. Il est vrai qu’il vit en un temps où la Chrétienté cherche à convertir le monde et non pas à se convertir au monde.

> Le roman de Saint-Louis, Albin Michel, 2013

Autres articles

48 Commentaires

  • marie , 19 Nov 2013 à 7:57 @ 7 h 57 min

    c est dommage que cet homme ait raite l education de ses enfants qui s accusent de viol entre eux

    enfin cet homme, embauche son beau fils pendant que le beaupere de sa fille embauchait son fils
    un type entrepreneur mais qui a beaucoup puise dans la republique
    sa confession dans l express(il vomit sur sa femme, semble defendre son fils viole, vomit sur son fils accuse de viol, dit qu il boit) quelle france digne de saint louis

  • Bernard , 19 Nov 2013 à 9:21 @ 9 h 21 min

    <>

    TOUT EST DIT……………

    *** quand à l’homme de Villiers, QUI peut lui jeter la première pierre ? QUI ??

  • Bernard , 19 Nov 2013 à 9:23 @ 9 h 23 min

    pourquoi ceci est il robotisé ?
    Saint Louis faisait le bien, nos politiciens font carrière. La notion de Bien Commun a disparu.

    est ce mal ou interdit de faire un copier/coller d’une partie du texte ????

  • Bernard , 19 Nov 2013 à 9:41 @ 9 h 41 min

    Vous DEVEZ lire ceci :
    Pendant longtemps, le grand public a été soigneusement mis à l’écart de cette réalité malodorante….
    Et la suite sur…
    http://maviemonargent.info/2013/deconnexion-des-marches-or-papier-et-or-physique/

  • Catoneo , 19 Nov 2013 à 10:18 @ 10 h 18 min

    Belle recension qui donne envie d’acheter le bouquin, comme d’ailleurs celle de M. de Villèle dans le Lien légitimiste (n°53).
    @marie, distinguez message et messager.
    L’amalgame est un procédé dialectique enseigné à l’Ecole des cadres du Parti communiste ; quand on n’a rien à dire contre les idées proposées, il faut attaquer ad hominem.
    Mais pas ici… que diable !

  • bibi , 19 Nov 2013 à 10:28 @ 10 h 28 min

    Beau temoignage de charite, vous faites honneur a la chretiente!

  • bibi , 19 Nov 2013 à 10:29 @ 10 h 29 min

    J’admire beaucoup De Villiers, un homme digne, meme pendant la tempete. Que Dieu le garde.

Les commentaires sont fermés.