Et si, finalement, l’explosion venait de Grèce ?

Jeudi, nous avons connu un épisode grand guignolesque de la négociation financière internationale. Les hedge funds ont menacé la Grèce de porter plainte contre elle… auprès de la Cour européenne des droits de l’homme ! Comique, non ?

Ne pas rembourser ses créanciers est une atteinte au droit à la propriété. Ce droit est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, CQFD. Nous ne nous étendrons pas sur cette interprétation du droit, ni sur les textes internationaux ou américains qui peuvent être opposés à ces investisseurs professionnels sur le principe de responsabilité. Nous aurons, si cette menace est suivie des faits, l’occasion d’y revenir, et par la même occasion d’évoquer la guérilla judiciaire que mène ces fonds d’investissement contre certains États.

Outre cet épisode, donc, les négociations concernant la dette grecque semblent tourner en rond. Non seulement parce que les hedges funds font de la surenchère (ils affirment ne pas vouloir entendre parler de taux d’intérêt inférieur à 5%), mais aussi parce que les points qui semblent se régler sont tellement au désavantage de la Grèce, que bientôt, ce pays aura plus intérêt à tout faire sauter qu’à signer.

Où en sommes nous dans la négociation ?

Les créanciers privés (donc pas la BCE) échangeraient leurs créances actuelles contre de nouveaux titres dévalorisés de 50%.

Les nouveaux titres seraient régis par les règles britanniques et non plus grecques. La différence principale se situe sur les recours. Dans le régime britannique, en cas de défaillance, les créanciers sont en droit de saisir les avoirs de l’État défaillant.

Le montant total de la dette effacée par cet accord représente un petit peu plus de 30% du PIB grec.

Les taux d’intérêt des nouveaux titres se situeraient aux alentours de 4 à 5%.

“L’accord qui est en train de se dessiner est un acte de mise à mort.”

Analysons maintenant ce que donnerait un tel accord s’il était signé.

Le niveau d’endettement actuel de la Grèce se situe entre 150 et 168% du PIB. SI vous baissez ne serait ce que de 50% le niveau d’endettement, vous êtes de toute manière à plus de 100% du PIB. D’accord ? Si vous accordez à un pays endetté à 100% (et a fortiori si c’est à plus de 100%) un crédit à 4% d’intérêt par an, celui-ci sera bien obligé de faire 4% de croissance pour pouvoir payer les intérêts sans devoir à nouveau réemprunter, non ? Quelqu’un peut-il me rappeler la dernière fois que la Grèce a fait 4% de croissance ? Un bookmaker londonien serait-il capable de me donner la cote pour parier sur un taux de croissance à 4% de la Grèce dans les années qui viennent ?

L’accord qui est en train de se dessiner est un acte de mise à mort. Les créanciers sont en train de se partager les actifs de l’État grec, des actifs que celui-ci va bientôt se trouver obligé de leur céder parce qu’il lui sera matériellement et mathématiquement impossible de payer 4% d’intérêt !

Il est clair que si les dirigeants grecs ont un tant soit peu de courage, d’honneur et de fierté, ils ont tout intérêt à faire exploser la banque. Ils mettent fin aux négociations, refusent de payer et c’est tout le système qui explose. Les créanciers privés seront alors en droit de faire jouer leurs CDS et le joli jeu de dominos que nous avons connu en 2007-2008 reprendra, puissance dix, enclenchant un pagaille monstrueuse et une série de faillites de banques et de compagnies d’assurance qui ont accordé des CDS sans avoir, bien sûr, les fonds propres en face et en se réassurant auprès d’autres organismes qui, eux non plus, etc. etc… Sans compter notre chère BCE. Embourbée dans la dette grecque jusqu’à 20 fois ses fonds propres et qui se retrouveraient de facto en… cessation de paiements !

Tout comptes faits, on n’a peut être pas fini d’entendre parler de la dette grecque. D’autant qu’un certain nombre de pays sont en train d’observer scrupuleusement l’avancement de la négociation. Si les créanciers cèdent, ils devront céder à d’autres (Espagne, Portugal, Irlande, France, Italie…) et sur des montants autrement plus importants. S’ils ne cèdent pas, c’est tout le système qui risque d’exploser et plus aucun créancier ne se sentira tenu de rembourser, ou alors, comme les Russes, 70 ans après, sur des bases complètement décotées.

Prochain round, mercredi prochain. Vous suivrez le match avec nous ?

Autres articles

6 Commentaires

  • Stéphane , 20 janvier 2012 @ 17 h 31 min

    Si vous retirez 50% de 150 vous obtenez 75 et non pas 100 me semble-t-il !

  • diego , 20 janvier 2012 @ 19 h 25 min

    Oui à l’explosion du système!!!!!!!!!!! Nous sommes tous des islandais…

  • Pascal , 22 janvier 2012 @ 18 h 06 min

    Que la Grèce n’ait pas intérêt à rembourser sa dette est évident. Le défaut partiel est une solution parmi d’autre… De la à souhaiter le défaut…

    “Le niveau d’endettement actuel de la Grèce se situe entre 150 et 168% du PIB. SI vous baissez ne serait ce que de 50% le niveau d’endettement, vous êtes de toute manière à plus de 100% du PIB. D’accord ? Si vous accordez à un pays endetté à 100% (et a fortiori si c’est à plus de 100%) un crédit à 4% d’intérêt par an, celui-ci sera bien obligé de faire 4% de croissance pour pouvoir payer les intérêts sans devoir à nouveau réemprunter, non ?”

    Non!

    “Le niveau d’endettement actuel de la Grèce se situe entre 150 et 168% du PIB. SI vous baissez ne serait ce que de 50% le niveau d’endettement, vous êtes de toute manière à plus de 100% du PIB.”

    Si vous divisez par deux une dette de moins de 200% du PIB votre dette représentera moins de 100%…

    Ce que vous avez voulu dire est que la négociation porte sur 50 % des dettes PRIVEES et qu’effectivement même réalisé le rapport dette/PIB restera supérieur a 100%…

    “Si vous accordez à un pays endetté à 100% (et a fortiori si c’est à plus de 100%) un crédit à 4% d’intérêt par an, celui-ci sera bien obligé de faire 4% de croissance pour pouvoir payer les intérêts sans devoir à nouveau réemprunter, non ?”

    Comme ca vous voudriez que l’état rembourse l’équivalent de tout son stock de dettes en 1 an en mobilisant tout le PIB? Gné?

    Un pays endetté de façon stable a hauteur de 100% de son PIB devra mobiliser 4% du PIB pour payer ses intérêts. Difficile certes: En france cela représenterait 80 milliards par an, sur un budget de l’Etat de l’ordre de 300 milliards… Insurmontable non. Et qualifier cela de “matériellement impossible” sous prétexte que le stock de dette accumulé (sur des décennies) est supérieur à la richesse nationale produite sur un an est simplement idiot.

  • Natrép , 24 janvier 2012 @ 1 h 19 min

    C’était sous-entendu « 50 % du PIB ».

Les commentaires sont fermés.