Lettre ouverte à Mgr Georges Pontier, président de la CEF

Monseigneur Georges PONTIER, Président
Conférence des Évêques de France
58 avenue de Breteuil,
75007 Paris

Saint Pierre-Lès-Nemours, le 20 janvier

Monseigneur,

La lecture du communiqué de presse dont vous avez donné publication à la suite des meurtres perpétrés il y a dix jours m’a laissé, quant à certains points, une impression désagréable, celle que la tiédeur d’un aliment provoque et qu’un organisme sain de peut recevoir.

Dépassant cette première impression, une lecture plus approfondie m’a permis d’en dégager la cause.

A vous lire, ce n’est pas avant tout l’assassinat d’êtres humains qui a motivé votre participation à la marche des  « Charlies », mais une atteinte « aux valeurs qui fondent la possibilité de vivre ensemble », aux « principes fondamentaux qui façonnent notre société ».

Pensez-vous honnêtement que la trilogie  Liberté-Egalité-Fraternité soit l’ultime modus vivendi de notre société ?

Etes-vous à ce point naïfs que vous pensiez, en tant qu’évêque, que ces trois concepts – dont l’ambiguïté ne saurait vous échapper – puissent constituer une réponse aux attentes les plus profondes du cœur humain, et par conséquent permettre une véritable cohésion sociale ?

Vous nous invitez notamment à « confier à Dieu les âmes aveuglées des terroristes » Soit. Mais il vous fallait ajouter : « et celles des caricaturistes ». Car ceux-ci n’ont pas manqué, des décennies durant, de proférer des blasphèmes intolérables à l’encontre non seulement de l’Islam, mais aussi de l’Eglise catholique, de la Sainte Vierge, et de la Sainte Trinité.

Ce faisant, ils sont responsables, à leur niveau, d’avoir ébranlé la « possibilité de vivre ensemble ».

Ces blasphèmes avaient d’ailleurs été condamnés, à l’époque, par le Pape lui-même.

En défilant dimanche, vous avez affiché votre solidarité avec une fausse conception de la liberté d’expression, car, comme le dit en substance le philosophe Thibaud Collin, celle-ci n’est vraiment digne que lorsqu’elle se réfère à la vérité.

Vous rendez-vous compte que vous avez ainsi, sous le feux des projecteurs, mis en danger la vie de milliers de Catholiques dans le monde, donnant l’image d’une Eglise ayant partie liée avec la République dans ses aspects les plus troubles ?

Si la « solidité » d’une société et sa « capacité de ménager une place digne à chaque personne » se mesurent à la liberté de sa presse, comme vous l’écrivez, alors les entraves à cette même liberté (pensez à la condamnation de « Minute » suite à une caricature) , à la liberté d’expression en général (Loi Gayssot, Loi Taubira, cas Dieudonné) sont le signe d’une société fragile, d’une société qui accepte que des centaines de milliers de vies innocentes soient tuées chaque année, que de graves menaces pèsent sur les personnes malades ou âgées.

Non, malheureusement, la République n’est pas « respectueuse de tous » Et c’est sans doute une des principales raisons qui expliquent « comment la France a pu voir croître en son sein de tels foyers de haine ».

En effet, l’avortement, la mise au banc des plus faibles, l’euthanasie rampante, la pornographie plus ou moins diffuse, la promotion de pratiques réprouvées, la destruction programmée de la famille, sont des aspects qui heurtent profondément un grand nombre de croyants à travers le monde qui, c’est « de bonne guerre », s’arrogent un droit d’ingérence dans nos affaires nationales. Et en viennent à agir de manière extrême.
Plus généralement, lorsqu’au « Pays de la Raison », à la patrie des « Droits de l’homme » l’absurdité semble triompher, c’est le monde qui devient fou.

Mère Teresa, vous le savez, considérait l’avortement comme la cause de la guerre (si, si…).

A propos, vous qui avez été si prompts à marcher pour la « liberté d’expression », serez-vous des nôtres, dimanche prochain, pour défendre les embryons d’aujourd’hui et de demain, les malades et les vieillards, pour défendre l’Homme, tout simplement ? J’espère vous y croiser.

Cordialement,
Christophe Thiry

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36Commentaires

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  • 0 / 10
  • ranguin , 21 janvier 2015 @ 10 h 51 min

    Au début de la république il était plus exact de dire : Liberté Egalité Protection des biens. De fraternité il n’en était pas question.

  • DN , 21 janvier 2015 @ 11 h 16 min

    Ah la belle lettre…quel beaume au coeur de voir que le bon sens, flamme tellement fragile, n’est pas encore éteint…
    De quoi le Bon Dieu veut il nous punir pour nous donner de si médiocres pasteurs…?
    Sans doute sont-ils partis dans d’autres pâturages, et il faut vraiment avoir la Foi chevillée au corps pour nous défendre seuls contre tant de loups.
    Et ce qui est vrai au spirituel l’est également au temporel.

  • Nif , 21 janvier 2015 @ 12 h 00 min

    On pourrait avoir le lien avec le communiqué de presse de la CEF?
    Je dois faire partie, avec Mgr Pontier et quelques millions d’autres, des “naïfs” qui affirment que notre société française républicaine fonde son vivre ensemble sur la liberté, l’égalité et la fraternité!

  • Pascal , 21 janvier 2015 @ 12 h 17 min

    «…à la suite des meurtres perpétrés il y a dix jours…», lorsqu’il y a préméditation ce sont des assassinats.

  • c , 21 janvier 2015 @ 12 h 20 min

    En en-tête des documents de la République initiale, année 1792 et suivantes, il y avait même marqué ‘liberté égalité ou la mort
    au moins c’était clair pour ceux qui n’étaient pas d’accord, ils allaient être libres et égaux de force et une fois morts!

  • Yola , 21 janvier 2015 @ 13 h 25 min

    Merci pour cette lettre . J’ ignorais que mg Pontier était ” charlie “, quelle responsabilité ou plutôt irresponsabilité !

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