Marc Crapez* : “Les 2% de sondés qui se disent ‘très satisfaits’ de François Hollande sont les familles des 300 000 élus socialistes ou les bénéficiaires du clientélisme”

“Plug anal” installé place Vendôme et son auteur agressé quelques minutes plus tard, classe politique qui se presse pour aller voir la dernière pièce de BHL obligée de s’arrêter quelques jours plus tard faute de spectateurs, carton du dernier livre de Zemmour très mal reçu sur les plateaux TV, succès des vidéos de Dieudonné sur Internet malgré la mobilisation du pouvoir, etc. : on a le sentiment d’une fuite en avant de l’oligarchie qui ne sait plus comment gérer le problème du peuple (et même seulement rester en contact avec lui, lui parler un langage qu’il comprend) et d’une petite minorité qui gonfle en nombre et en audace notamment grâce à Internet… Allons-nous assister à l’apparition de plusieurs contre-cultures/sociétés en France ?
Cela a toujours existé mais le phénomène s’accentue car beaucoup ne croient plus à l’Etat garant et à la République arbitre. Si bien que des gens épris de liberté font sécession vers des communautés imaginées. Le zemmourisme en est une.

Comme je l’ai toujours dit, Eric Zemmour est un essayiste talentueux, un intellectuel brillant et un bel esprit. Cela dit, ses citations et analyses sont souvent de deuxième main. Que ce soient lui ou Laurent Deutsch qui traitent de l’histoire de France signale que le roi est nu : l’université est aux mains de la gauche. Mais cette université se rit des Zemmours qu’elle noiera dans une logorrhée prétendue méthodo- ou épistémologique.

Autre malentendu, Zemmour joue sur les deux tableaux en posant au dissident, tout en menant gros train de vie. Or, son point de vue sur Paxton et Vichy éclipse celui d’auteurs oubliés, ou bannis des grands médias, voire privés d’emploi ou de perspectives de carrière. Certains achètent un livre de Zemmour en pensant faire un geste de solidarité envers les victimes du politiquement correct, alors que Zemmour reste central et sert même de caution pluraliste à la pensée unique. Il ne dénonce pas la gauchisation des écoles de journalistes ou de l’université qui forme les historiens, processus qui annihile les conditions de possibilité de l’éclosion de futurs Zemmours. Il ne critique pas non plus les aides à la presse. Il n’analyse pas les travers des journalistes, comme jadis Péguy.

En quoi Zemmour et Attali sont-ils en fait complémentaires ?
Oui, d’une certaine façon, si l’on pense que le second contrebalance l’antilibéralisme du premier. La question que beaucoup se posent est plutôt : Zemmour offre-t-il un support qui puisse servir de renouveau à la pensée conservatrice et non-conformiste ? Hélas, son débat télévisé avec Attali est scénarisé par la pensée dominante. Le débat ou le clash entre Tartempion et Triboulstin renforce la notoriété des deux. Internet le repasse en boucle, car les gens préfèrent l’audio-visuel à l’écrit. Zemmour secoue le cocotier des cartels idéologiques pour se tailler un fief personnel et conquérir des parts de marché. Il puise volontiers dans le bouillonnement d’idées de l’univers des médias en ligne, blogueurs, pigistes et essayistes, mais sans le dire, sans favoriser l’éclosion de talents qui pourraient le concurrencer.

Autre exemple, l’hebdomadaire de droite Valeurs actuelles interviewe un politologue de centre-gauche, dénommé Thomas Guénolé, qui, en guise de remerciement dans un autre média, et pour faire allégeance au discours dominant, traite VA de torchon réactionnaire. La gauche a beaucoup plus le sens de la famille, elle favorise la promotion de ses talents…

Le Prix Nobel d’Économie décerné à un Français, Jean Tirole, est une bonne nouvelle…
Tout le monde savait Jean Tirole nobélisable depuis quelques années. Comme son prédécesseur méconnu Gérard Debreu, il connaît le faible pouvoir prédictif de la science économique puisqu’il a annoncé ne pas vouloir jouer les oracles. La variété de ses travaux l’a amené, aux confins de la sociologie, à étudier les incitations qui découragent les acteurs, ou la capture des décideurs par des conflits d’intérêts et des groupes de pression. Mais on peut déplorer la faiblesse des considérations philosophiques qui sous-tendent sa pensée économique.

Elle se fait cruellement sentir dans son article de fin 2008, « Leçons d’une crise ». S’il n’omet pas de cibler l’institution parapublique Fannie Mae, il reste discret sur l’effet pervers des incitations étatiques en faveur de l’accession des minorités pauvres à la propriété et, au total, sa contribution est inférieure au petit livre d’une étudiante surdouée (Laurence Klein, La Crise des subprime. Origines de l’excès de risque et mécanismes de propagation, Revue Banque éd.). Il pense, par ailleurs, que la réforme de la comptabilité en juste valeur ne doit pas lui ôter son rôle de thermomètre (La Tribune, 3 novembre 2008).

Tirole n’assume pas ses idées de libéral, certes très tempéré mais, à tout prendre, bel et bien libéral. Il prône le contrat unique et le modèle de réforme canadien et suédois, mais sans adhérer à l’UMP. Ses conseils -« faire des réformes sans casser le modèle social. Un peu d’austérité ne fait pas de mal ; trop peu nuire à l’économie » – alternent concessions au jargon de gauche et juste-milieu intellectuellement paresseux.

Nicolas Sarkozy a-t-il choisi la bonne stratégie pour son retour ?
Sarkozy avait la surface et les relations pour tenter une équipée gaulliste le moment venu. Au lieu de quoi, il s’est dépêché pour mettre la main sur l’UMP comme en 2004, prêtant le flanc à la critique et à l’usure. Or l’histoire ne se répète pas à l’identique et la France sera plus dure à prendre que l’UMP. Il va devoir dire aux gens de droite qu’il les aime et ne trahira plus leurs attentes. En tout cas il ne pourra plus ratisser aussi large qu’en 2007. L’autre possibilité serait pour lui de passer par le centre.

Il ne faut pas confondre vitesse avec précipitation, ni prendre ses désirs pour des réalités. Comme je l’ai déclaré dans un précédent entretien, Sarkozy doit cette fois choisir entre la droite et le centre, mais il peut stratégiquement réussir aussi bien par la droite que par le centre. Le surlendemain, Eric Zemmour se ralliait à cette idée en déclarant dans son émission hebdomadaire du 3 octobre que, pour la première fois, il se remettait en cause, en considérant qu’il existait désormais une possibilité pour un homme politique de droite de réussir en passant par le centre.

Marine Le Pen peut-elle devenir Président de la République en 2017 ? Si elle y arrivait, que devons-nous craindre ?
Des manifestations violentes. Mais selon moi elle n’a strictement aucune chance au-delà d’une probable accession au second tour. Je suis personnellement assez d’accord avec l’avis d’un sondage récent qui dégage comme traits dominants de Marine Le Pen les qualificatifs de « courageuse » et « agressive ». L’anti-lepénisme sans nuance est souvent un automatisme politicien.

Il n’est qu’à entendre François Hollande dans sa conférence de presse de septembre qui désigne les sympathisants du Front national comme ceux qui « ne comprennent plus le sens de ce que le pays fait ». C’est se défausser de son incurie en méprisant autrui. En effet, dans un sondage récent, 81% des Français considèrent que « le gouvernement n’a pas une idée précise de ce qu’il veut faire pour le pays ». Ceux qui ne comprennent plus le sens de ce que le pays fait ne sont donc pas des attardés !

L’inquiétant est que Nicolas Sarkozy verse également dans ce mépris. Lors de son passage au 20 heures de France 2 il a désigné les sympathisants FN comme « inaccessibles à tout raisonnement ». Et dans son premier meeting, il a parlé d’une « alliance objective » entre Marine Le Pen et Hollande sous prétexte qu’elle n’avait pas appelé à voter pour lui. Cette formule tarabiscotée, empruntée au vocabulaire stalinien, n’est évidement pas un argument.

La gauche survivra-t-elle au quinquennat de François Hollande ? Comment expliquer l’atonie de l’extrême gauche qui promettait il y a quelques semaines une rentrée particulièrement chaude ?
La gauche du PS, y compris maintenant Martine Aubry, exige « plus de social et de relance », mais n’a aucun plan à proposer. Elle est dans la posture du retenez-moi-ou-je-fais-un-malheur. Un parti qui compte la moitié des 600 000 élus français n’est pas subversif. On comprend que 2% des sondés se disent « très satisfaits » de Hollande : ce sont les familles de ces élus ou les bénéficiaires du clientélisme. Ce même clientélisme explique l’atonie de l’extrême-gauche qui bénéficie d’emplois de complaisance dits associatifs. Jean-Luc Mélenchon est le seul à proposer une alternative claire et cohérente. Mais beaucoup pensent qu’elle ruinerait le pays en peu de temps. A contrario, avec Emmanuel Macron, qui tente de déverrouiller l’économie, il se passe quelque chose pour la première fois.

*Marc Crapez est chercheur en science politique.

Lire aussi :
> Marc Crapez : «le tohu-bohu médiatique est surpuissant car l’idée d’une montée du FN est partagée par les pros et les antis-FN»

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29Commentaires

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  • 0 / 10
  • berrhy , 21 octobre 2014 @ 15 h 10 min

    Ce qu’il dit au sujet de l’Université en France est malheureusement vrai. Aujourd’hui la recherche dans les “sciences humaines” est complétement verrouillée par la gauche et l’extrême-gauche. Il est impossible pour une personne de droite de faire carrière en histoire, sociologie, économie…etc et espérer être recruté comme enseignant chercheur.
    La différence avec les années 70-80 est effrayante mais personne n’en parle.

  • Stephan_Toulousain , 21 octobre 2014 @ 15 h 13 min

    D’accord avec ce qui a été repris dans le titre.
    Pour le reste, c’est une opinion perso très discutable et qui n’engage que lui.

  • claude picard , 21 octobre 2014 @ 15 h 17 min

    Encore un idiot utile !

  • Elégant , 21 octobre 2014 @ 15 h 47 min

    Vous avez oublié, dans vos excellentes propositions, la croisière dans le triangle des Bermudes.

    Ceci dit, quant à l’ile de Clipperton, est-elle, toujours, française ?
    Le nain l’avait proposée, au Mexique, comme monnaie d’échange, pour la “libération” de la Cassez.
    Et, je pense que son successeur, dans le même souci de sauver quelqu’un de la famille, a du maintenir l’offre.

  • EratoreveZ , 21 octobre 2014 @ 17 h 10 min

    Bien que j’apprécie beaucoup Eric Zemmour, je ne puis m’empêcher de songer qu’il fait partie du peuple élu, peuple qui a ses antennes à gauche qui murmurent dans l’oreille des présidents de gauche (Attali le laid), des présidents de droite (Minc). Maintenant donc nous en avons un qui défend le peuple de souche que les deux autres ont énormément contribué à spolier et qui mettent la faute sur les industriels de souche français. Le seul gagnant dans tout ça, c’est le peuple élu et ses sayanim qui vivent sur le dos des goyim. Et si Zemmour peut dire publiquement ce qu’il nous est désormais interdit de dire, c’est-à-dire que nous aimons notre pays, eh bien bien c’est uniquement parce qu’il fait partie dudit peuple élu. Le fait qu’il oblitère totalement le fait que son peuple soit impliqué au plus haut niveau dans toutes les politiques occidentales me gène, je dois le dire.

  • phil , 22 octobre 2014 @ 3 h 32 min

    “Marine Le Pen peut-elle devenir Président de la République en 2017 ? Si elle y arrivait, que devons-nous craindre ?
    Des manifestations violentes. Mais selon moi elle n’a strictement aucune chance au-delà d’une probable accession au second tour”

    tissu d’ânerie. Je rappelle qu’un sondage la donne gagnante face à Hollande à 54% au second tour. Il est probable qu’elle gagnerait aussi contre tout candidat socialiste.

    Et nous ne sommes qu’en 2014 et le FN ne cesse de monter !!

    Alors les prévisions à deux balles de ce “chercheur” on s’en passe !

  • phil , 22 octobre 2014 @ 3 h 35 min

    bah !! il y aurait des manifs oui, bien que cela n’aurait rien avoir par rapport à ce qu’on a connu en 2002 !!! Il y aurai aussi des manifestations de joie, eh oui

    Et puis ces manifs n’auraient qu’un temps et tout le monde rentrerait chez soi.

    “les chiens aboient la caravane passe”

    Bref, ce n’est pas un problème, ça

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