Le mépris ! Voilà l’autre nom de la présidence normale…

Tribune libre de Cyril Brun*

Cyril Brun

Nous connaissons tous la tactique qui consiste à diviser pour mieux régner. Elle ne peut cependant se révéler efficace (si tant est qu’il y ait une véritable efficacité durable dans le mal) que si le diviseur garde une certaine emprise sur ceux qu’il divise. Avec une petite trentaine de pourcent d’opinion favorable, nous pouvons nous demander ce que cherche François Hollande en divisant toujours et encore ! Il se présentait en homme de la conciliation, celui qui après l’effroyable Sarkozy, rassemblerait les Français. Bref, l’homme qui mettrait fin à la politique de son prédécesseur qui consistait à soi-disant dresser les Français les uns contre les autres. Et il semble bien que François Hollande soit en passe de rassembler les Français…contre lui ! Il faut dire qu’élu avec seulement 48 % des suffrages réels, il n’avait pas vraiment rassemblé autour de lui dès le départ.

Lors de ses vœux aux Français, le président ne semblait pas savoir quoi leur dire, il s’y est même repris à quatre fois… Mais comme un bon élu local, il a appliqué la même stratégie de communication : toujours dire ‘oui’ aux réclamations en sachant que vous n’en ferez rien. Et quand les gens reviennent à la charge il suffit de leur répondre qu’on y travaille… Voilà comment la France est aujourd’hui gouvernée depuis un palais désormais succursale de la Corrèze où le maître des lieux passe l’essentiel de ses journées à table, là où son prédécesseur les passait en réunion de travail. C’est aussi la politique qui a prévalu à la constitution du programme présidentiel. Dire oui et vendre du vent nous ont ainsi valu un programme incohérent, fait d’approximations et de contradictions !

Il n’aura pas fallu longtemps pour que l’imposture soit dévoilée. Textes retoqués par le Conseil Constitutionnel, refusés par les alliés d’hier au Sénat ou changement de politique face à l’Europe ou aux pigeons, ou encore aux 5 000 taxis dans les rues de Paris. Mais aussi recul sur des propositions jugées dangereuses finalement pour le futur de la majorité (comme le droit de vote aux étrangers). Voilà en effet à quoi conduit une politique sans autre but que celui de prendre le pouvoir. Désormais il faut changer de politique, puisqu’il ne s’agit plus de prendre le pouvoir mais de le garder. D’où les nouvelles priorités assignées à la France : réformer les modes de scrutins (au Sénat dès le 15 janvier), faire passer tout ce qui divise en faisant le dos rond. N’est-ce pas ce qu’expliquait encore le tout nouveau chef de l’État à ses collaborateurs au sujet du mariage pour tous ? Les sujets de société divisent mais, une fois adoptés, ils rentrent dans la banalité. Le tout est de ne pas aller trop loin pour ne pas sauter avant.

Or il semble bien que l’assise présidentielle ne soit pas suffisamment solide pour se permettre de faire le dos rond. Les soutiens de la deuxième heure ont vite fait défaut et on s’en doutait. Jean-Luc Mélenchon ne précisait-il pas qu’il ne voterait pas pour Hollande mais contre Sarkozy ? Nous voyons bien aujourd’hui ce que cela signifie. Les Verts (qui représentent moins que les manifestants du 13 janvier) se neutralisent dans leur contradiction, les mains liées à un gouvernement qu’ils soutiennent du bout des lèvres. Quant aux socialistes eux-mêmes, Hollande n’a pas la main de fer de Mitterrand et face à l’incompétence du fils spirituel, les fils rebelles et les chiens fous ne tiennent plus en place. Ils tiennent d’autant moins qu’ils n’ont pas la culture du gouvernement et moins encore celle de la France qu’ils comprennent mal voire pas du tout.

Conscients de leur incompétence (peuvent-ils ne pas voir leurs échecs répétés ?) les élus, comme les ministres de la majorité sont sur les nerfs et ce mal-être conditionne leurs réactions. Ainsi, l’insulte est-elle devenue un mode ‘normal’ de gouvernement. Elle permet de traiter par le mépris ceux qui contestent l’évidente incompétence de l’équipe gouvernementale.

“L’insulte est devenue un mode ‘normal’ de gouvernement. Elle permet de traiter par le mépris ceux qui contestent l’évidente incompétence de l’équipe gouvernementale.”

Le mépris ! Voilà l’autre nom de la présidence normale ! Il conduit à l’aveuglement, car il n’écoute personne. Il se fonde sur l’orgueil autant que sur la honte de soi. D’une manière générale, l’agressivité témoigne d’un malaise et de la conscience que l’on a d’être dans l’erreur. Lorsqu’on est sûr de son bon droit, on peut être offusqué, mais on n’est pas haineux. Il est surprenant que les représentants d’un parti qui voudrait avoir le monopole du cœur, se comportent avec tant de hargne ! En fait, en quelque mois l’équipe Hollande a tout perdu. Le peu de crédibilité qu’elle avait dans certains milieux, l’apriori positif de générosité qu’on prêtait à la gauche, l’espérance de lendemains qui chantent, tout cela s’est effondré en révélant la véritable nature du projet socialiste : prendre le pouvoir.

Prendre le pouvoir certes ! Ce peut être louable si c’est pour bien faire, si ce n’est pas une fin en soi qui s’autoalimente. Mais si l’on oublie qu’exercer un pouvoir est avant tout un service, si l’on ne considère pas le pouvoir comme une responsabilité pour le bien des autres, alors prendre le pouvoir devient une lutte haineuse et angoissée où tout est permis ! Voilà le fond du problème du gouvernement actuel. L’unité se fait dans le bien. Quand tout autour de nous n’est que division et haine, il devient alors urgent de remettre en question sa conception du bien et de l’unité. Or le programme socialiste confond le consensus avec l’unité. Une telle confusion entretient et accentue la crise existentielle et identitaire de la France. La population est écartelée entre une multitude de réalités contradictoires sans lien entre elles. Ce qui, au passage renforce le communautarisme tant décrié. En l’absence d’unité dans sa vision le quinquennat hollandais ne peut qu’être voué à l’échec simplement du point de vue politique. Au regard du bien des Français, l’absence de vision anthropologique juste ne peut que conduire au désastre humain. Mais faisons la part des choses ! Le programme de Nicolas Sarkozy, même s’il avait plus d’unité interne, manquait lui aussi d’une certaine vision anthropologique fondatrice de cette unité dans le bien. Mais reconnaissons qu’il avait la prudence de ne pas vouloir révolutionner les fondements de la nature humaine, même si par manque de vision, il pouvait la blesser par endroits.

Aujourd’hui les politiques, souvent hommes de terrain mais mal formés, se laissent influencer par des groupes de pressions aux intérêts variés (et souvent douteux). Ils en arrivent par un tour de passe-passe intellectuel à accepter une chose et son contraire au mépris du principe de réalité. Toute la campagne de François Hollande s’est construite sur ce tandem. Mais aujourd’hui cette aporie saute aux yeux de tout le monde. Et c’est bien ce que les centaines de milliers de Français sont venus dire au président Hollande. L’unité se fait dans le bien. Gauche, droite, pro-Hollande, anti-Hollande, catho et athées, musulmans et protestants, tous sont venus pour rappeler le bien qui se construit sur l’Homme véritable et par là ils ont aussi témoigné que l’unité se fait dans le bien. Un témoignage d’autant plus fort que cette unité dans le bien n’a engendré aucun mal (pas de dégradation pas de haine…).

En revanche, la division entre une classe dirigeante idéologisée (de droite comme de gauche) et entretenue par le pouvoir en place engendre cette crise existentielle qui déstabilise toute la société.

Que nos politiques redécouvrent le bien, celui qui effectivement épanouit l’Homme et ils seront réellement au service de leurs concitoyens. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils redonneront aux Français l’espérance, la joie et la paix. Tant qu’ils s’arcbouteront sur une idéologie destructrice et fallacieuse, ils se diviseront, ils nous diviseront et ils nous maintiendront dans la souffrance et l’angoisse de lendemains qui ne chantent plus.

*Cyril Brun dirige le comité scientifique de l’Institut éthique et politique Montalembert à Paris.

Du même auteur :
Pour un alter-humanisme fondé sur l’image du Christ

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35 Comments

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  • Joss , 22 février 2013 @ 17 h 53 min

    Il n’y a plus de droite en France depuis que les partis qui la constituait on été interdit par la république… Les enfoirés de menteurs qui se prétendent de droite parce qu ils votent UMP ne sont que ce que je viens d exprimer très sympathiquement et poliement au début de cette phrase. Qu ils révisent leur histoire avant de raconter autant de conneries!
    L actuelle droite est constitué des modérés qui étaient des gauchistes centristes. PS et UMP même combat.

  • joelle , 22 février 2013 @ 20 h 40 min

    Ce mec n’a rien d’un président, à la photo je dirais qu’il semble juste imbu de lui-même, il veut se donner un air mais qui est simplement stupide (il a l’air bovin), c’est un grand homme qu’il nous faudrait et on a juste l’inverse.
    Je me demande si il se sent bien dans sa peau, ça doit être dur d’être le président le plus mal aimé, mais bon quand on a pas les épaules pour l’être faut pas s’étonner non plus.
    A t-il conscience de sa nullité?

  • joelle , 22 février 2013 @ 20 h 49 min

    Quand un président n’inspire plus le respect c’est qu’il est indigne de la fonction qu’il représente.

  • Unité chérie , 22 février 2013 @ 21 h 38 min

    Je n’ai que mépris pour ce Président N.O.R.M.A.L et M.I.N.A.B.L.E.

    Gérad Depardieu l a bien jaugé.

    Quel déconfiture en 9 mois de Présidence normale, minable et BOBO

    Minable, Minable, vous avez dit Minable comme cest Minable !

  • joelle , 22 février 2013 @ 23 h 12 min

    Et puis raz le bol des droite-gauche qui se ressemblent, d’un FN qui motive plus, d’écolo………qui représentent quoi au juste? on se le demande.
    Des hystériques femelles (peu féminines) qui veulent finalement juste imposer leur regret de ne pas avoir de pénis et le font payer à tous.
    Des PD qui voudraient faire croire qu’ils sont normaux et en font payer le prix aux enfants qu’ils ne seront jamais capables de faire.
    Il est là le raz le bol et il est global je pense.

  • JSG , 23 février 2013 @ 5 h 24 min

    Ça, on peut dire qu’il a fait fort, avec sa 31ème promesse, il s’est collé à dos les familles ; avec les syndicats il nous fait passer pour des moins que rien par un entrepreneur amerloque qui ne se sent plus, (my taylor is rich e…de quoi, je n’ose le dire) ; avec l’Afrique “c’est moi que v’la !”.
    Enfin, il faut dire qu’avoir tenu comme secrétaire général du P.S dans ce panier à crabes, il a de l’expérience “notre” Président.
    Je persiste à dire qu’il est là en touriste, et ne suis pas persuadé qu’il va tenir son quinquennat !
    Pour l’instant, ça tient encore, faute de concurrent sérieux capable de regrouper les Français, mais, attention, les drames ont souvent été les moments où émergeaient de grands personnages.

  • Hugues , 23 février 2013 @ 8 h 29 min

    « Ce mec n’a rien d’un président, » comment ça ??? Il est pourtant plein de “normalitude”, de “bravitude” et de “conneritude”, non ??? Lol…

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