Valls et la réforme du travail : les sept péchés capitaux de la gauche (première partie)

Ce 23 février 2016 au matin, sur RTL, M. Valls, actuel Premier ministre défendait son projet de réforme du droit du travail. Il le défend, c’est son rôle. D’autres le condamnent, c’est leur droit. Ici, je ne me positionne ni d’un bord ni de l’autre. Je préfère repérer les failles et trucs du discours. Le modèle est intéressant, inhérent à la Gauche (avec une majuscule, c’est-à-dire la pensée de Gauche). Il se répète inlassablement, de la même manière que les prestidigitateurs et autres illusionnistes embarquent les enfants, et même les adultes.
Disons tout de suite que les intervenants, Olivier Mazerolle et François Langlais n’ont pas été à la hauteur. Non qu’ils manquent de munitions ni d’adresse, mais ils visaient à côté, laissant le Premier ministre, qui maîtrise son esprit de Gauche et ses sinuosités, faire le parcours de son choix. C’est ce parcours qui est intéressant, parce qu’il reprend toutes la stratégie de la Gauche, sous toutes ses formes, tous ses régimes, toutes ses dérives.

PREMIÈRE ARME DE GAUCHE : LES MOTS PRIS POUR DES ACTES
M. Valls considère ce projet, celui-ci ou un autre, comme un fait accompli, réalisé, validé, donnant toute satisfaction. Les mots priment les faits, présents, passés et à venir. Ils ne servent pas à enrichir une pensée par la juste critique, les interrogations raisonnables et nécessaires. Les mots de la Gauche sont le doux brouillard anesthésiant du bon sens. Les mots et phrases de la Gauche prennent une ligne écrite dans un bureau pour la réalité du terrain, et gare aux pauvres bougres du terrain qui travaillent dans un autre monde.

DEUXIÈME ARME DE GAUCHE : MARTELER ET « FAUCILLER »
Notre Premier ministre est un bon débatteur. Il répète sans cesse cette même idée de toutes les manières possibles. Double avantage : enfoncer le clou, et laisser de côté une question dérangeante, comme celle du 49,3. Ici encore, la question n’est pas de juger de la validité de cet article ni de son usage éventuel, mais bien de la façon dont on cache le gourdin magique qui permettra éventuellement de faire le bonheur des gens malgré eux. Convaincre par force, et sinon, vaincre par force. Mais ne venez pas vous plaindre, je vous avais avertis.

TROISIÈME ARME DE GAUCHE : MÉLANGER TORCHONS ET SERVIETTES
Belle astuce : il préjuge de la qualité et de l’efficacité de ce projet particulier en détaillant les règles légales de son parcours législatif. Autrement dit, « ce costume vous ira car il est vendu dans un magasin de vêtements. » Une fois de plus, la qualité à venir du projet est masquée par un écran de papier.

QUATRIÈME ARME DE GAUCHE : SAUVEUR DE LA PATRIE EN DANGER
Face à l’assemblage des périls, et bien qu’il ne s’agisse que d’une réforme spécifique, M. Valls brosse le tableau des défis : celui du terrorisme, celui des migrations qui risque de faire exploser l’Europe, le défi économique. Il en appelle à l’unité. Et il n’oublie pas de rappeler qu’il l’a déjà fait contre le Front national. Ah ! Oui, la Patrie est en danger. Mais, pour parodier La Ferme des animaux (l’un des indispensables livres de George Orwell) : certains dangers sont plus égaux que d’autres. N’oubliez pas, braves gens, et dormez tranquilles.

CINQUIÈME ARME DE GAUCHE : LA LOI AU SECOURS ? MAIS DE QUI ?
C’est ici que M. Valls appelle les juges à la rescousse. Sous prétexte de clarté, et d’objectivité, ceux-ci seront les garants de la légalité des licenciements économiques. Et donc, toujours sous ce prétexte d’objectivité, les juges devront apprécier on ne sait combien de ratios économiques de l’entreprise, ses bilans, ses embauches, ses commandes, son implantation dans le marché, la dynamique du marché, et quoi d’autre encore… Parions que l’imagination des rédacteurs de ce dispositif sera au pouvoir. Mais alors, quelles seront les conséquences de ces jugements ? Par exemple, et sans limitation des multiples facettes de la vie réelle : que se passera-t-il si les juges déclarent illégale le licenciement économique d’un seul salarié ? Ce jugement sera-t-il valable pour tous les salariés de l’entreprise ? Lesquels ? Au contraire, si les juges acceptent le principe d’un licenciement économique, à combien de salariés s’appliquera-t-il ? À qui ? En fonction de quoi ? Etc.
La machine judiciaire infernale est armée. Explosera-t-elle ? La question n’est pas « si », mais « quand ».

SIXIÈME ARME DE GAUCHE : L’OUTIL MIRACLE
Mais, contre les opposants, l’outil miracle existe : le compte d’activité du salarié. Voilà qui affirme les droits fondamentaux des salariés. Ce compte d’activité, outil de la « flexi-sécurité », et tout ce qui peut s’ensuivre, s’inspire du modèle danois, suédois. Là est l’argument imparable : le modèle de l’Europe du Nord. On oublie juste d’insister sur les inconvénients de ce modèle : les impôts, la mainmise de l’État sur la vie sociale, y compris à l’intérieur des familles, les conséquences de cette structure sur la santé psychologique de ces peuples, etc. Mais cela importe peu. Si le compte d’activité du salarié s’en inspire peu ou prou, s’il a été jugé acceptable par je ne sais qui en Allemagne, l’affaire doit être conclue.
Ce compte d’activité s’ajoutera simplement à la liste fort longue des dispositifs miraculeux qui devaient, qui devaient… nous conduire là où nous en sommes.

SEPTIÈME ARME DE GAUCHE : DU PASSÉ, DE LA TABLE RASE, ET DES LENDEMAINS RADIEUX
Là, M. Valls s’envole. Il est fait appel au programme de son livre : En finir avec le vieux socialisme, être enfin de gauche. Ici, les formules pleuvent comme à Gravelotte. Il est dans l’action, dans la réalité, il la regarde en face. En face oui, mais à gauche, les yeux dans les yeux, j’imagine, comme un certain M. Cahuzac. Il casse la logique des demi-mesures, il veut des solutions neuves et audacieuses. Il sort de la confrontation stérile entreprises-salariés, jette trois pelletées de terre sur le corps du vieux Marx qui bougeait encore, et veut « réformer ce pays jusqu’au bout ».
Au bout de quoi, nul ne le sait. Mais la formule est belle. Sauf que… sauf qu’elle rappelle la création de l’homme nouveau dont on a déjà vu les ravages. Pas tous, mais, nous avons le droit (même non validé par les juges) d’avoir quelques craintes.
Muni de cette grille de lecture, réécoutez l’émission.
Dans sa tombe, le vieux Marx ricane.

A suivre !

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6 Comments

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  • rudi , 23 février 2016 @ 13 h 01 min

    il est dommage, que sur RTL ce matin, personne ne lui ai posé de questions sur ce qu’il comptait faire pour aider les SDF, puisque lorsque quelqu’un lui parla des migrants de calais, il répondit qu’on ne pouvait laisser vivre ces ” pauvres gens” dehors avec ces intempéries ! mais les SDF peuvent ” crever” dans la rue , au froid, sous la pluie, ça , ça ne le dérange pas assurément !

  • Marino , 23 février 2016 @ 13 h 12 min

    * Yann Galut, député PS : «Si la loi El Khomri est votée, le PS est mort»

    * Réforme du code du travail : les syndicats préparent la riposte

    Le front s’organise. Ce mardi en fin de journée, les principaux syndicats se réunissent au sujet du projet de loi sur la réforme du droit du travail qu’ils ont déjà largement critiquée.

    La CGT, à l’origine de ce rendez-vous, va accueillir à 18 heures dans ses locaux à Montreuil (Seine-Saint-Denis) la FSU, FO, Solidaires, la CFDT, la CFE-CGC, l’Unsa, l’Unef et l’UNL (lycéens).

    A l’ordre du jour : «L’analyse de la situation sociale, économique et politique». Il s’agira surtout «d’évaluer» la possibilité d’«actions communes» contre le texte jugé trop favorable au patronat et en recul sur le droit des salariés.
    Les représentants des salariés ont déjà largement exprimé leurs désaccords avec le gouvernement dans les médias. De nombreux syndicalistes ont signé la pétition «Loi travail : non, merci !» qui, mardi matin, approchait les 300 000 signatures. .

    Il ne devrait pas y avoir de texte commun à la sortie de la réunion mardi soir, les organisations syndicales envisageant déjà d’autres réunions..

    NB : Valls défend la réforme du travail et regrette les «bêtises écrites ici ou là» , De plus il prend les Français pour des cons !

  • jacky4546 , 23 février 2016 @ 15 h 14 min

    Quand je vois sa gueule, je ne peux m’empêcher de penser à la Gestapo !

    Quant à Mazerolle et Langlais, ils sont bien plus arrogants quant ils sont face à un personnage de droite, et à plus forte raison de MLP.

  • Boutté , 24 février 2016 @ 9 h 47 min

    Un SDF “national” perd du coup son droit au logement. On ne saurait tout avoir !

  • Tonio , 25 février 2016 @ 13 h 47 min

    Excellent!

    Tout y est, comme déjà dit par E. Renan (1860) :
    “La grande force des socialistes est qu’ils ne se se corrigent jamais de leurs erreurs.”

    Le caudillo de Matignon veut faire peur à tous ceux qui ne se courbent pas respectueusement devant ses oukases, son air menaçant fusille déjà ceux qui oseraient s’opposer à ses quatre volontés, ils sont déjà des hommes morts, qu’on se le dise.

  • jean2 , 25 février 2016 @ 16 h 54 min

    Le mieux à faire, c’est de taire les discours de ce gouvernement, il n’en vaut pas la peine, un gouvernement de minables. Tous ces ministres et députés sont dans leur bulle et ne se préoccupe point des français.

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