Philippe de Villiers : « L’homme nomade d’Attali, il va au Puy du Fou ! »

ON L’ENTEND PEU CES DERNIERS TEMPS, et pourtant, Philippe de Villiers prépare activement son grand retour… littéraire. En exclusivité, il a reçu Nouvelles de France au Puy du Fou. Entretien et révélations !

Aujourd’hui, le Grand Parc du Puy du Fou est le 2e parc d’attraction français sur le plan de la fréquentation annuelle. D’où vous est venue cette idée ? Comment expliquer son essort qui fait qu’aujourd’hui, on vient en Vendée pour le Puy du Fou ?

Le Puy du Fou est le fruit d’une enfance heureuse en Vendée. J’ai voulu, quand j’étais étudiant, rembourser ma dette, ma dette morale à mon père et à ma mère qui m’ont donné l’amour de la Vendée et de la France, ma dette morale à l’égard de la Vendée. Mon père était lorrain, ma mère était catalane et ils ont voulu nous enraciner dans un coin de Vendée. J’ai donc voulu rembourser ma dette morale en lumières et en fééries. Je cherchais un site et j’ai trouvé cette ruine sans intérêt sauf que… cette ruine avait été brûlée sur le passage des colonnes infernales en 1794. Elle avait donc une signification historique toute particulière : entrailles ouvertes, élancements douloureux, la main de l’homme : histoire tragique et martyrs de la Vendée. Quand j’étais étudiant à Sciences Po, j’avais une double idée : dans le fond, dans la forme. Dans la forme, étant un amateur du cinéma de Fellini, d’Olmi…, je me suis dit : « je veux faire un film sur mon enfance, mais un film en relief ». Je me disais : « je ne comprends pas, il y a des théâtres, il y a des opéras, il y a des péplums, il y a toutes sortes de genres, de grandes gestes cinématographiques, il y a des sons et lumières mais il n’y a pas l’ensemble de tout ça, c’est-à-dire un film en relief… » Donc, je cherchais la plus grande scène du monde où tout serait démesuré, y compris dans l’intime et l’urgence. Pour résumer : dans la forme, je cherchais à créer un genre d’expression nouveau par rapport au théâtre, au cinéma et au son et lumière. Et dans le fond, je voulais contribuer à la réhabilitation de la Vendée historique. Quand j’étais enfant, on n’avait pas le droit d’être vendéen. On nous disait : « vous êtes des ventrachoux, des ruraux profonds », et le logo de la Vendée, que j’ai réhabilité (le double cœur vendéen), était interdit. Les Vendéens pensaient qu’en banalisant la Vendée, on allait la moderniser. Je suis arrivé ici en disant : « moi, je ne viens pas moderniser quoi que ce soit, je viens avec les technologies modernes mettre en valeur un patrimoine qui ne doit pas mourir, un patrimoine de vérité, et je veux le faire par la voie du Beau ». C’était un poème et après, les choses se sont déroulées de manière toute naturelle et sans accident : 10 ans après, création de la Cinéscénie, « ciné » pour « mouvement »« scénie » pour « espace ». 10 ans après, j’étais secrétaire d’État et assistais à l’arrivée de Disney en France. J’ai parlé à ce moment-là avec le Premier ministre à Matignon, lui demandant « pourquoi est-ce qu’on ne crée pas des parcs à la française ? » « On n’a pas les technologies » me répondit-il… « Mais si », insistais-je… Et donc, j’ai créé le parc de l’Histoire de France. 10 ans après, j’ai lancé l’Académie junior du Puy du Fou avec 24 écoles pour former les jeunes cadres, les jeunes techniciens, les jeunes cavaliers, etc. Et 10 ans après, nous inaugurions la Cité nocturne où l’on peut choisir son siècle pour dormir. L’intuition était bonne, en fait. Restait à éviter deux écueils : la sphère publique et la sphère privée. La sphère publique : pas un centime d’argent public pour échapper au marketing électoral. Sinon, on va me dire : « Vous êtes bien gentil avec La Fontaine ou Les Mousquetaires… Il faut faire des manèges, c’est plus rentable pour les électeurs ». Pas un centime d’argent public pour le Puy du Fou alors que j’étais président du Conseil général pendant 22 ans ! Et la sphère privée : pas d’actionnaires. La SAS Le Puy du Fou est détenue par une association. Il n’y a pas de dividendes, il n’y a pas d’actionnaires extérieurs. C’est une particularité par rapport aux mastodontes du secteur. Nous, quand nous dépensons un centime d’euro en communication, Disney dépense cent euros. Ce n’est pas une image métaphorique que je prends, c’est un compte-rendu arithmétique que je fais…

Le Puy du Fou est interprété par plusieurs milliers de bénévoles : qu’est-ce qui les motive, eux qui font partie comme nous tous de cette société de plus en plus individualiste. Sont-ce des locaux ?

Il y a 3 200 bénévoles qui font tourner la Cinéscénie tout l’été. Et maintenant, avec le Grand Parc, il y a 1 200 salariés saisonniers. Et donc, je prolongerai votre question en la précisant pour la rendre encore plus complète : « qu’est-ce qui fait que, pendant 34 ans, le bénévolat ne s’est pas usé, ne s’est pas essoufflé et qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui, la cohabitation des bénévoles et des salariés ne crée pas de clash ? » Alors, je vous réponds : c’est un mystère qui nous échappe, parce que c’est dans le cœur des gens que tout se passe. Pour approcher ce mystère, il y a une voie : c’est l’Histoire, le Beau, la souffrance sublimée. Alors, concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les Puyfolais, comme on les appelle (Puy du Fou signifie « sommet des hêtres » et une puyfolie est une colline de hêtres. Moi, j’ai une autre interprétation : « puy », c’est la profondeur du mystère et « fou », c’est le grain de folie qu’on va chercher au fond du « puy ») viennent au Puy du Fou, laissent à l’entrée chaque soir leurs fonctions sociales, leurs générations, leurs conflits, leurs humeurs et ils viennent interpréter une oeuvre. Cette oeuvre, ils la mettent au-dessus d’eux. C’est une œuvre du patrimoine moral où s’exprime ce que Pagnol appelait les trois lieux communs d’un ouvrage artistique : la souffrance, la mort, l’amour. En fait, pourquoi j’ai écrit le Puy du Fou ? Je m’en souviens très bien, j’étais assis dans l’herbe, là où il y a la grande tribune, 14 000 places, en face de l’aire scénique (25 hectares, aujourd’hui 45) et je me disais : « récapitulons, je n’ai rien ». Je n’ai pas de soutiens, je n’ai pas de curriculum vitæ, j’ai 27 ans, je n’ai pas d’argent, je n’ai pas de troupes, il n’y a pas de routes et ce nom est totalement inconnu : c’est un lieu-dit qui ne dit rien à personne. J’ai seulement ma plume. Il faut qu’avec ma plume, je réussisse à émouvoir. Je me souviens d’un mot de Louis Jouvet qui disait : « le théâtre, c’est le verbe ». C’est tellement à contre-courant ! Et en fait, c’est ce qui s’est passé. J’ai écrit, là : quand on n’a rien, quand on est jeune, on peut tout se permettre. En fait, on ne voit pas les obstacles. Et du coup, comme ils ne se présentent pas tous ensemble à la fois, on les enjambe. Donc, j’avais en face de moi le mont des Alouettes, c’était l’Everest ! Toutes les conditions étaient réunies pour l’échec et je ne le savais pas ! En revanche, ce que je sentais, c’est qu’avec ma plume, je pouvais émouvoir. Pourquoi est-ce que je fais ce détour pour répondre à votre question ? C’est qu’en fait, les œuvres du Puy du Fou ne sont pas un puzzle d’ouvrages sédimentés comme dans un parc de loisirs, avec des manèges, où l’on distrait les gens. Nous, c’est le contraire. Dans les parcs à thème, on distrait les gens de la réalité. Nous, on les ramène à la réalité supérieure. On les ramène par la poésie à une région du corps où s’expriment l’âme et le cœur. Et donc, par les mots, par la musique, par les formes esthétiques, on tire les gens vers le haut, on les élève. Le Puy du Fou ne cherche pas à donner aux gens ce qu’ils aiment mais ce qu’ils pourraient aimer. Et du coup, cette émotion des visiteurs, des spectateurs, se renouvelle sans cesse et vient des acteurs, qui, eux-mêmes, en interprétant l’oeuvre, ressentent cette émotion. Je connais des Puyfolais qui viennent depuis 34 ans au Puy du Fou, le jour, la nuit, dont les enfants sont salariés saisonniers au Grand Parc : c’est la même admiration parce que le Beau ne s’use pas. Et la réponse à votre question tient en une phrase de Dostoïevski : « c’est le Beau qui sauvera le monde » […]

La suite de cet entretien est à lire dans le mensuel Nouvelles de France n°5 de mars 2012.

Crédit photos : Nouvelles de France.

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6 Commentaires

  • Robert , 23 mars 2012 @ 17 h 58 min

    Le monsieur avec Philippe de Villiers ressemble beaucoup à Carlos Nunez, le joueur de Gaïta Galicien. Est-ce lui ou un sosie?

  • Ben' , 23 mars 2012 @ 20 h 16 min

    non non vous avez bien raison ! il s’agit de carlos nunez… C’est lui qui a composé la musique d’un des spectacles du grand parc !

  • Robert , 24 mars 2012 @ 10 h 42 min

    Merci Ben,
    C’est un grand musicien, bonne affaire pour le Puy du Fou.

  • guytoune , 1 avril 2012 @ 15 h 31 min

    le puit du fou, c est trés bien, mais la France en ce moment a besoin de ses enfants qui l aime;
    j aimerais bien l entendre un peu

  • Lach-Comte , 30 juin 2012 @ 13 h 02 min

    ça veut dire?

  • Lola , 23 avril 2014 @ 0 h 13 min

    Je suis allée une fois au Puy du fou quand j’étais petite. C’était GENIALE !! Très beau travail monsieur de Villiers.

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