Et si l’agriculture biologique portait mal son nom ?

Dominique Lecourt est l’auteur d’une tribune au titre provocateur, « Le bio tue (aussi) », parue dans Le Figaro de jeudi 23 juin. Le philosophe et directeur général de l’Institut Diderot s’en prend à un « discours prophétique qui joue sur les ressorts obsessionnels d’une attitude religieuse : le culte païen de la nature, vue comme une déesse douée d’une inépuisable bienveillance ». Dominique Lecourt compare « ce prophétisme agronomique » à « celui des promoteurs, dans les années soixante, des « révolutions vertes » qu’il dénonce » justement. « L’agro-industrie naissante, annonçaient ses pionniers, allait nourrir le monde et supprimer la misère ». Quelques catastrophes plus tard (crise de la « vache folle », « mal bouffe »…), la persistance de la faim dans le monde aidant, le discours n’est plus le même. En sera-t-il ainsi pour l’agriculture biologique alors que l’épidémie de diarrhées mortelles allemande qui a tué 35 personnes et rendu malade 3 000 autres « est imputable à la culture et à la commercialisation de graines germées », « article phare » de l’industrie bio ? Rappelant que « le fumier peut à l’occasion se révéler plus dangereux que l’engrais » et que « les graines incriminées ont été mises en culture à 37°C dans l’eau pendant plusieurs jours, exposées à un milieu très favorable à la prolifération des bactéries » sans la moindre « procédure de dépistage d’une éventuelle contamination bactérienne (…) avant commercialisation », Dominique Lecourt est clair : « pas plus que les produits de l’agro-industrie ne représentent la mort, l’agriculture biologique ne saurait être identifiée à la vie »« Comment (…) ne pas s’interroger sur le silence qui s’est soudain abattu sur cette épidémie dès qu’on a réussi à identifier la bactérie et à localiser son origine ? » continue-t-il. « On peut espérer qu’après avoir si fort dénoncé le manque de transparence de l’agro-industrie, les acteurs du bio s’appliquent à eux-mêmes des exigences comparables » conclut Dominique Lecourt. Vœu pieux ?

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