Chemins de luttes pour les libertés

Trop d’anniversaires, cela envahit la Mémoire. Et cela tue décidément la compréhension même de l’Histoire.

Certaines dates pourtant restent occultées. On les a trop souvent oubliées si tant est qu’on les ait apprises. La démarche aboutit au même résultat que la surabondance des commémorations frelatées.

Qui donc a osé ces derniers mois évoquer le 150e anniversaire de trois tournants conjoints de l’Histoire sociale de la France ?

Le 19 janvier 1865 en effet mourait à Paris Pierre-Joseph Proudhon, âgé de seulement 56 ans.

La même année, en mai, fut édité son livre testament “De la Capacité politique des classes ouvrières” qu’il avait remis sur épreuves à son ami Gustave Chaudey quelques jours avant sa mort, avec mission d’en rédiger la conclusion, texte d’une immense importance dans l’Histoire des idées puisqu’il conclut dans le sens le plus radicalement opposé au marxisme.

Je ne résiste pas à la tentation d’en reproduire ici quelques lignes :

“Les classes ouvrières partagent encore presque toutes les fausses idées du temps.””Elles aiment le militarisme ; elles se complaisent aux jactances du sabre ; elles ont un faible pour la crânerie du soldat ; elles en sont encore à donner la préférence à celui qui se bat bien sur celui qui pense bien ou travaille bien, comme si le courage ne devait pas être seulement l’auxiliaire des grandes énergies morales.”

“Dans les questions de politique étrangère, elles se laissent toujours troubler par la passion. Ou elles exagèrent les vanités et les prétentions françaises, ou elles oublient trop les intérêts français. Elles n’ont, sur lanationalité, que des notions pleines d’erreurs. Elles cèdent, sans réflexion, aux impulsions d’une sentimentalité banale, et ne veulent plus comprendre, dans les rapports de nation à nation, cette idée de justice, de pondération, d’équilibre, qu’elles aspirent à faire prévaloir dans les rapports d’individus à individus.”

Ces réflexions sont-elles vraiment inactuelles, si l’on songe aux admirateurs et aux continuateurs de Georges Marchais, ce grand “patriote”, ce modèle de “souverainisme”, qui après avoir été travailleur volontaire dans les usines Messerschmidt sera imposé, 25 ans plus tard, à la tête du PCF par l’appareil soviétique ? (1)

Quelque temps auparavant le 28 septembre au Saint-Martin’s Hall de Londres avait été fondée l’Association internationale des travailleurs, nom officiel de l’organisation habituellement désignée pour la Première Internationale, et qui disparut assez rapidement.

Mais la date que l’on aurait aimé entendre commémorer le 20 avril avait été celle de la Lettre aux ouvriers du Comte de Chambord.

Ce dernier document presque aussi célèbre que le prétendu “Programme du CNR” de 1944 est, quant à lui, pratiquement oublié de nos jours par les commentateurs agréés. Il a paradoxalement été lu, quand même, par un certain nombre d’internautes cultivés. (2)

On peut, et même on devrait, de nos jours saluer en ce manifeste à la fois la grande noblesse de son inspiration, et probablement aussi comprendre pourquoi, sous prétexte de la question dite du drapeau, il explique que l’assemblée étiquetée monarchiste de Versailles ne voulut pas mettre son auteur sur le trône en 1873. Il est à l’origine de ce que l’on considère depuis 1891 comme la doctrine sociale-chrétienne, radicalement opposée au socialisme étatiste.

Deux fidèles disciples légitimistes, Albert de Mun et son ami René de La Tour du Pin avaient entre-temps, à partir de 1871, développé les cercles catholiques d’ouvriers. En 1884, aux côtés de leurs amis autrichiens et allemands ils allaient créer l’Union de Fribourg attachée à l’idée d’une Europe véritable, c’est-à-dire d’une Europe d’inspiration sociale et chrétienne. Et c’est sur cette base qu’apparut la première des encycliques sociales en 1891 “Rerum Novarum” par Léon XIII. Elle sera suivie 40 ans plus tard en 1931 par “Quadragesimo anno” par Pie XI, puis, 100 ans après, en 1991 de “Centesimus annus” par Jean-Paul II.

Il faut évidemment n’avoir pas lu une ligne de ces textes pour les revêtir en imagination d’une quelconque parenté avec le socialisme étatiste, technocratique ou marxiste.

Le premier d’entre eux fut publié cent ans après la plus funeste erreur de la révolution jacobine, confirmée en 1810 par le Code pénal napoléonien, qui décida en juin 1791 d’interdire, aux entrepreneurs comme aux ouvriers, toutes les formes d’association professionnelle.

À ces doctrines et ces législations de contrainte, René de La Tour du Pin opposait une doctrine de liberté. Défenseur des libertés corporatives, il rassembla donc au début du XXe siècle les “jalons de route” de son combat sous le titre “Vers un ordre social chrétien”. (3)

> Jean-Gilles Malliarakis anime le blog L’Insolent.

Apostilles :

  1. Et non requis au titre du STO, contrairement à ce que semble croire Éric Zemmour. Cf. à ce sujet “L’impossible biographie de Georges Marchais par Nicolas Tandler, Albatros, 1980 entièrement confirmé par Philippe Robrieux dans son “Histoire intérieure du parti communiste”, ed. Fayard.
  2. Il est ainsi consultable sur le site royaliste “Vive le Roy” .
  3. Réédition disponible sur le site des Éditions du Trident.”

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3Commentaires

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  • ranguin , 27 avril 2015 @ 10 h 38 min

    Depuis le temps, l’histoire varie selon les protagonistes.
    Une chose est vraie et parfaitement vérifiable est le fait que Marchais était volontaire pour travailler pour les Allemands.
    Il est également vrai qu’il fut à la solde de l’URSS et placer à la tête de PCF qu’elle finançait largement. Comme le fut d’ailleurs Cuba et d’autres instances communistes mondiales.

  • Tite , 29 avril 2015 @ 20 h 43 min

    Ah ! Proudhon ! Le seul socialiste respectable et estimable !

    Celui qui s’est rendu compte sur le tard que sa pensée politique n’était ni plus, ni moins que la doctrine sociale de l’Eglise. S’il avait vécu, peut-être aurait-il fini baptisé…

    J’attends avec impatience le jour où cela arrivera à Michel Onfray, admirateur de Proudhon.

    Lisez son admirable dernier livre, modèle de piété filiale… j’ai l’impression qu’il en prend le chemin.

  • Marie , 1 mai 2015 @ 19 h 32 min

    Et ces hommes, valeureux résistants, qui se sont battus pour nos libertés…..

    Je viens de relire avec toujours autant d’émotion la postface d’un petit fascicule écrit par un honorable, humble et magnifique patriote résistant, Jean BRAO, né en 1905, « Du maquis de PRAYSSAS au bataillon Jasmin », J’ invite, les Politiques à lire et à méditer en leur âme et conscience.
    …’ Nous voici , une fois encore chez Jean BRAO . Il a étendu devant lui, sur sa table, la constitution de la République Française adoptée, par référendum, le 5 mai 1946, un an après la victoire; le texte est précédé de la déclaration des droits de l’homme, ce monument qui toute sa vie a été la conscience de Jean. Il montre du doigt le papier jauni et dit:
    ‘ Notre dignité, nos libertés, sont tributaires de ce texte; ce n’est pas contre le peuple Allemand que nous nous sommes soulevés mais pour lui et pour tous les peuples de la planète, contre tous ceux qui ont délibérément ignoré ou combattu ce texte. Et je crois que notre action ne pouvait s’arrêter à la libération, qu’il fallait continuer à militer dans un parti politique empreint d’un profond humanisme à la fois respectueux et défenseur des droits de l’homme. Aussi j’ai milité, sans me dévoyer, depuis la libération jusqu’à ce jour au parti Radical Socialiste où j’ai toujours apprécié l’atmosphère conviviale, les relations amicales, la pratique de la solidarité, le culte du civisme.
    ’ Bien sûr il y a aussi, grande place, pour ma vie familiale près d’êtres très chers, pour ma vie professionnelles et pour les autres volets de ma vie militante, l’ARAC, la ligue pour la défense des droits de l’Homme et la fréquentation des Loges Maçonniques.
    ‘ Je suis fier de mon parcours et quand je rejoindrai, sous la roche tout droit venue de la grotte de Roubillou, offerte par mes amis de Prayssas, quand je rejoindrai donc mon épouse qui m’a quitté en 1991, je pourrai le faire la tête haute, c’est là ma grande satisfaction.
    ‘ Je suis heureux d’autre part d’offrir ce modeste témoignage à la prospérité, en comblant aussi le vœu de Roro, sur son lit de mort, à M.Huser qui était venu le voir et à qui il manifesta son souhait que soient transmises, noir sur blanc, ces glorieuses pages d’histoire écrites par des hommes totalement engagés, qui étaient prêts à tout donner pour offrir à leur descendance le visage d’une humanité meilleure et plus éclairée.
    ‘ L’itinéraire de Jean BRAO et de ses camarades chanceux ou malchanceux mérite de ne pas sombrer dans l’oubli, mais doit demeurer dans la mémoire collective des générations nouvelles qui doivent se conforter dans l’idée, la certitude, que les libertés, les droits de l’Homme, la République, exigent pour leur maintien un combat permanent mené par des militants déterminés et valeureux, comme le furent Jean BRAO et ses camarades.

    Le 30 août 1997
    Bernard PIQUEMAL

    http://combatcontreinjustice.over-blog.com

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