Ayrault ou le déni du réel

Tribune libre de Christian Vanneste*

Le spectacle donné à Toulouse par le Premier Ministre lors de son discours devant le Congrès du PS était angoissant. Que des responsables applaudissent à la soviétique, avec pour beaucoup un enthousiasme apparemment sincère, un tel martèlement de formules creuses, obsolètes, et tournant le dos à la réalité ne peut que soulever les craintes les plus grandes pour l’avenir de notre pays. Que le chef du gouvernement puisse à ce point s’illusionner sur le sens des mots employés, ignorer leur ridicule achevé dans la situation présente est glaçant ! « Un nouveau modèle français », tel en était le leitmotiv. Malheureusement, à gauche, rien de nouveau : toujours les mêmes absurdités économiques ou sociales qui, depuis trente ans, plombent la France, laquelle n’est plus un modèle pour personne, mais un repoussoir, le concentré de ce qu’il ne faut pas faire, l’histoire d’un enfant gâté qui a gâché toutes les chances que la nature et l’histoire lui avaient offertes.

Jean-Marc Ayrault croit toujours que la France est une île où l’on pourra mener une politique différente de celle qui est pratiquée dans le reste du monde. Il rend responsable de la crise l’idéologie libérale des années 80 et la domination sans partage du Marché-Roi. Certes, on peut pointer les excès d’une spéculation détachée de l’économie réelle, mais la cause principale du début de la crise a été l’emballement du crédit sous la poussée de la démagogie : accession à la propriété du logement trop facile aux États-Unis pour commencer et pour finir, endettement des États européens qui ont financé par la dette le maintien apparent de la richesse et de la protection sociale malgré le recul relatif des économies européennes. La libéralisation d’un marché mondial a été un heureux évènement qu’il « fallait prendre par la main avant qu’il vous saisisse à la gorge » comme disait Churchill. Les pays qui ont entrepris les réformes structurelles à temps participent au banquet du monde. Les autres sont contraints à une politique d’austérité trop tardive et qui peut être suicidaire. Notre Premier ministre découvre la compétitivité mais il est face à elle comme une poule devant un couteau.

“Que le chef du gouvernement puisse à ce point s’illusionner sur le sens des mots employés, ignorer leur ridicule achevé dans la situation présente est glaçant !”

La part du marché mondial détenue par des entreprises françaises ne cesse de reculer. Le génie français invoqué de manière grandiloquente par Jean-Marc Ayrault ne sortira pas d’une bouteille de Cognac. Il dépendra de deux facteurs : d’abord, l’amélioration du rapport qualité-prix de nos produits et ensuite la taille de nos entreprises pour avoir la capacité d’exporter. Des avancées très insuffisantes ont été réalisées par les gouvernements précédents. Il y a eu le crédit impôt recherche, mais il fallait davantage de liens entre la recherche, l’Université et l’industrie. On pense au réseau Fraunhofer en Allemagne. Il fallait baisser le coût de notre production par un report sur la consommation. C’était la TVA sociale, beaucoup trop tardive. Il fallait aider nos entreprises à grandir, notamment par la suppression des seuils dissuasifs. Il y a eu la politique des « gazelles » de Renaud Dutreil, que l’intelligente UMP a dégoutté de la politique. Mais aujourd’hui, il y a la chasse hargneuse au « gros », une tentative dès à présent vouée à l’échec de rétablir les comptes publics, par l’impôt démotivant plus que par la diminution des dépenses de fonctionnement. Il y a l’incantation à un modèle qui, avec un emploi public trop lourd, un temps de travail trop faible, une déresponsabilisation générale des comportements nous fait, comme l’a dit Nicolas Baverez, regarder « tomber la France ». Si elle tombe moins vite que d’autres grâce à ses fameux « amortisseurs sociaux », c’est plus continuellement et avec plus de difficultés à se relever.

“L’acharnement de la gauche contre la nature et contre la vie peut-il être compatible avec un réel souci de l’avenir ?”

Mais, non content d’ignorer la réalité du monde économique, la « nuque raide », comme dit Martine Aubry, de même que d’autres étaient « droits dans leurs bottes », Jean-Marc Ayrault projette sur le réel le mirage des vieux fantasmes idéologiques et contradictoires de la gauche : égalité des sexes, égalité des « couples », confusion entre liberté et permissivité. Le mariage, non pas pour tous, mais pour des personnes de même sexe, l’adoption par de tels « couples » alors que l’offre est aujourd’hui insuffisante, relèvent d’un déni de la réalité biologique et sans doute psychologique de l’humanité et du principe de précaution à l’égard de l’équilibre des enfants. De même, le remboursement intégral de l’avortement, si éloigné des conditions restrictives que Simone Veil avait invoquées pour faire passer « sa » loi, la gratuité de la contraception pour les mineures soulignent le dangereux amalgame entre la liberté et la transgression chez quelqu’un qui ose pourtant en appeler aux principes et aux valeurs. Dans le même mouvement, la baisse du plafond du quotient familial était votée. Solidarité nationale face à la crise ? Comment susciter celle-ci chez tous ceux dont on blesse inutilement les convictions les plus profondes ? Plus prosaïquement comment la faire admettre par un Français qui renonce à un appareil dentaire ou auditif, ou tout simplement à une paire de lunettes, parce qu’ils ne sont pas suffisamment remboursés ? Comment ne pas allumer la révolte chez ceux qui voient dans cette politique une attaque frontale contre la famille alors même que la politique familiale était peut-être la seule à constituer un modèle français ? L’acharnement de la gauche contre la nature et contre la vie peut-il être compatible avec un réel souci de l’avenir ?

Déni de la réalité du monde ! Déni de la réalité de l’économie ! Déni des exigences de la nature et de la vie ! Jean-Marc Ayrault s’attend à des résistances et il y en aura : celles du réel, d’abord, et celles de tous les conservateurs qui se battent pour la survie de la France, de ses valeurs et de son identité.

*Christian Vanneste est un ancien député UMP du Nord.

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3 Comments

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  • C.B. , 29 octobre 2012 @ 13 h 57 min

    “l’idéologie libérale des années 80”
    Heuh… il me semblait que de 1981 à 1995 le Président de la République était un certain François Mitterrand et qu’il n’ a eu quatorze années de cohabitation forcée.
    Donc il a eu tout loisir de se rendre compte de cette situation, et soit de s’opposer, soit de composer.
    C’est gentil de s’abriter derrière “c’est pas moi c’est l’autre” mais c’est puéril: donc pas compatible avec un statut de gouvernant.

  • jeanhaimard , 30 octobre 2012 @ 17 h 32 min

    Un pauvre faux cul qui s est fait pièger par “le petit journal” vidéo sur deuz Pas capable de répondre si c est pas arrangé d avance et avec complaisance

  • Isidore , 30 octobre 2012 @ 19 h 54 min

    Le déni du réel est à la base de toutes les hérésies,et en particulier du socialisme: leitmotif “faut tout casser pour tout refaire !”
    Qui va de pair avec le messianisme de la Fin de l’Histoire.Le renouveau biblique du monde !ça ne date pas d’hier ! C’est ancestral ! pour ne pas dire primitif ! Enfin,disons : primitif !

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