Copé-Fillon : une crise profonde, un résultat incertain…

Le point sur la crise à l’UMP avec Jean-Marie Couteau, collaborateur d’élu.

Que vous inspire la décision de François Fillon de créer un nouveau groupe parlementaire ?

C’est une suite logique à différentes décisions visant à délégitimer l’UMP. Rappelez-vous que François Fillon l’avait fait par la saisine « froide » de la Commission nationale des recours. François Fillon avait saisi a minima la commission, mais sans exposer ses griefs et en laissant entendre qu’elle n’était pas une instance indépendante. On l’a vu ces derniers jours à travers la profusion de messages sur les réseaux sociaux pointant la partialité et l’engagement des membres de la Commission nationale des recours. En réalité, François Fillon s’en remet au juge judiciaire, qu’il estime impartial et moins cavalier, dans l’appréciation de cette situation. D’autre part, la création d’un groupe parlementaire, certes transitoire et temporaire, permet de fragiliser l’UMP, mais de biais : elle aura forcément moins de financements. À cet égard, la date du 30 novembre tombe à point nommé et entre interaction avec la confirmation de l’élection de Jean-François Copé du 26 novembre. Incontestablement, elle sert d’accélérateur.

Ce groupe est-il viable ?

Si vous regardez le nom – le Rassemblement – UMP –, on note toujours la référence à l’UMP. François Fillon ne renonce pas à l’unité et au parti. Il espère ce groupe provisoire. Mais dans les faits, le provisoire dure… toujours. Après tout, le syndicat Force ouvrière (FO) s’appelle CGT-FO… Dans la pratique, cela signifie une organisation minimale. Cela va-t-il déboucher en parti comprenant des militants et des permanents ? L’avenir le dira, surtout si l’on revote… Visiblement, l’attractivité de ce groupe serait plus forte auprès des sénateurs, même s’il convient d’être prudent (selon certaines sources, le chiffre de 70% sénateurs cherchant à quitter le groupe UMP serait exagéré).

Mais c’est surtout à l’Assemblée nationale que l’on envisage un groupe dissident…

À l’Assemblée nationale, un certain nombre de députés seraient prêts à suivre le nouveau groupe, mais certains députés, fillonistes ou neutres, préfèrent s’en remettre au vainqueur (Gérald Darmanin, David Douillet, etc.). À cet égard, vous noterez que les légitimistes sont quelquefois des élus dont la circonscription est fragile (cf. le cas de Xavier Bertrand, réélu député de peu en juin 2012) ou qui se trouvent dans une situation municipale fragile (élus d’opposition, etc.). L’étiquette a un poids qu’il est vain de nier.

« Une victoire de François Fillon aurait sérieusement hypothéqué une candidature Sarkozy en 2017. »

Justement, Nicolas Sarkozy a donné son accord à un vote… Est-il le pompier face à l’incendie ?

Il est un pompier, mais aussi l’un des pyromanes, même s’il n’a pas été le seul. Loin s’en faut ! Franchement, comment aurait-il pu admettre une victoire de François Fillon, fût-elle limitée. François Fillon, par rapport à Jean-François Copé, aurait plus facilement tourné la page « Sarkozy ». Sans pudeur aucune, gonflé par une nouvelle légitimité électorale, en plus de son expérience à Matignon. Rappelez-vous ses propos dans lesquels il n’aurait été prêt à s’effacer que devant le mieux placé ! François Fillon a mis la barre bien plus haut que Copé dans l’admissibilité d’une candidature Sarkozy pour 2017. Une victoire de François Fillon aurait sérieusement hypothéqué une candidature Sarkozy en 2017.

Mais justement, il semble comprendre le danger de la situation…

Nicolas Sarkozy est certainement arrangé par la division, heureux d’apparaître comme le « troisième » homme, mais il oublie les effets collatéraux d’un processus qui peut dépasser tout le monde. Dans une lutte qui oppose les militants entre eux, mais aussi les cadres, et même les parlementaires, le processus de désagrégation peut aller plus loin qu’on ne le pense. Des propos ont été échangés, des accusations lancées et tout le monde s’accuse de fraude. Le tout publiquement, sous l’œil des journalistes et des citoyens. Tout est « balancé », y compris les fraudes supposées, avec des preuves à l’appui ! Nicolas Sarkozy affaiblit Jean-François Copé et François Fillon, mais la machine UMP est brisée ; il n’y a lors plus de tremplin électoral ! Son intérêt est-il de s’appuyer sur une UMP réduite aux acquêts, autrement dit à quelques permanents du parti, à Génération France et à la Droite forte ? Entre-temps, l’affaiblissement est tel…

« L’UMP est réellement coupée en deux, avec deux blocs homogènes, et une division qui se décline à tous les niveaux. Virtuellement, elle a cessé d’exister. »

L’affaiblissement est-il provisoire ?

L’UMP est réellement coupée en deux, avec deux blocs homogènes, et une division qui se décline à tous les niveaux. Virtuellement, elle a cessé d’exister. Cela va des militants aux parlementaires. Mais c’est surtout auprès des électeurs et du grand public que l’UMP s’est affaiblie, laissant se prospérer les concurrences centristes et frontistes… Il est fort probable que ce soient plusieurs pourcentages qui aient été perdus. La défaite est surtout là, et l’on ne peut craindre que l’UMP cesse d’être centrale entre Borloo et Marine Le Pen… Si cet objectif-là était voulu, il a bien été atteint. Il se peut que nous assistions, violemment, à une recomposition de la droite, à une recomposition où l’on se doute que l’UMP, ou ce qu’il en reste, ne jouera plus un rôle pivot. Un déplacement du centre gravité à droite, voire une recomposition générale. D’ailleurs, je ne suis pas étonné que tout cela survienne au moment où François Hollande se « centrise », comme on le voit avec sa reprise nuancée du rapport Gallois.

L’UMP s’affaiblit, mais ses deux « leaders » sont attractifs ?

On peut craindre que l’UMP ne représente, au mieux, que 15% du corps électoral. Et encore, je reste indulgent ! En réalité, il faut se rendre compte d’une chose : Jean-François Copé et François Fillon se sont considérablement affaiblis. Y compris auprès de l’opinion publique. Jean-François Copé apparaît comme un ambitieux, prêt à tout, bien qu’il faille nuancer : on notera aussi sa sobriété. Calculée, peut-être, même si l’on se doute qu’il ira au bout. Quant à François Fillon, il apparaît l’homme qui invoque une posture morale, victime d’un verrouillage exercé par son adversaire, mais il risque aussi d’endosser la tunique du mauvais perdant. Certains interprètent ses gestes, comme une réaction désespérée à une chute par rapport à des sondages – il est vrai – flatteurs et prometteurs. En même temps, il sait que l’échéance 2017 sera complètement barrée, s’il abandonne le combat… C’est un baroud d’honneur, même si ce mot n’a plus de sens dans la présente crise.

Certains réclament un nouveau vote ?

Il faut se mettre d’accord sur ces modalités, son organisation pratique… Qui va contrôler et surveiller les opérations électorales ? Cela suppose paradoxalement que l’on soit… d’accord a minima ! C’est, au fond, la quadrature du cercle : on attend de l’élection une unité par la désignation, mais l’unité n’est pas seulement une conséquence, mais un postulat, je dirais : un présupposé. Or, cette unité n’existe plus. Cela immobiliserait aussi la droite parlementaire pendant au moins six mois – encore, s’agit-il d’une estimation minimale… Je n’ose pas dire un an. Entre-temps, il n’y a plus d’opposition, donc une possibilité de laisser certaines mesures adoptées par la gauche.

« Ce que l’UMP vit au niveau national existe déjà depuis des années, dans différentes circonscriptions de France »

Et le référendum ?

Voter pour savoir s’il faut voter ? Mais cela devient risible. Certes, c’est une manière de s’en remettre aux adhérents, mais il va falloir les mobiliser, à nouveau, pour un nouveau vote qui doit déboucher, ou non, sur un autre vote… Peut-on sérieusement envisager que 176 000 adhérents soient prêts à se déplacer, qui plus est deux fois, dans le meilleur des cas ?

Quelle conclusion pourrait-on tirer de cette situation générale ?

La désagrégation de l’UMP ne doit pas nous étonner. Le processus était latent depuis des années. Il n’a fait être que renforcé par l’absence de chef et deux défaites consécutives aux présidentielles et aux législatives. Mais ce que l’UMP vit au niveau national existe déjà depuis des années, dans différentes circonscriptions de France. En réalité, de nombreux conflits locaux au sein des différentes fédérations de l’UMP se sont agrégés à un enjeu national, où chacun a dû prendre position. Un conflit opposant Jean-François Copé à François Fillon est apparu il y a deux ans, s’est renforcé en mars 2011 avec la question du débat sur les cultes pour en arriver à l’inextricable situation électorale… Faut-il rappeler qu’en septembre 2011, il y avait déjà un conflit, certes à huis clos, entre Jean-François Copé et François Fillon, lors des sénatoriales. Jean-François Copé avait été accusé de soutenir des listes dissidentes. En réalité, la fracture du 18 novembre 2012 n’est qu’une étape supplémentaire dans une rivalité qui existait déjà. La tension n’a fait que monter d’un cran. À la seule différence près que le conflit est public et sans aucune retenue.

Un dernier mot ?

Cette querelle masque aussi un certain vide du discours politique. Les élus sont dépourvus face au flux des innovations, des idées et des concepts et ne savent pas quoi penser. Ils ne s’expriment pas sur la mondialisation, sur le lien social, l’identité ou la crise de la famille. Le pouvoir est en miettes, leurs structures réduites (l’UMP réduite à un immeuble et quelques permanents). Alors, oui, ne nous étonnons pas de ces querelles de personnes !

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8 Commentaires

  • JSG , 28 Nov 2012 à 17:39 @ 17 h 39 min

    “…Une victoire de François Fillon aurait sérieusement hypothéqué une candidature Sarkozy en 2017…”
    Oui et après ? Ce n’est pas le sauveur.
    JSG

  • JCD54 , 29 Nov 2012 à 7:23 @ 7 h 23 min

    Pour moi, Fillon est clairement un maoïste lorsqu’il demande, après les élections, de faire “table rase” du passé du parti auquel, lui et ses lieutenants appartiennent ?

    Pourquoi alors ne pas avoir dénoncé tout cela avant les élections. Quand on joue volontairement, cela signifie qu’on accepte les règles du jeu.

  • JSG , 29 Nov 2012 à 10:10 @ 10 h 10 min

    Que vous inspire la décision de François Fillon de créer un nouveau groupe parlementaire ?

    Rien de négatif, le coup de force de M. Copé m’ayant profondément déçu, il est sain que ce mouvement qui aurait souhaité rester immobile (sic) se bouge. Dans une période que tout le monde juge dangereuse, ce coup de fouet va redonner du dynamisme à ce parti.

    En résumé, on ne peut pas admettre qu’un responsable appelé à de très hautes fonctions, se fourvoie dans des coups aussi bas ; il est donc normal que M. Fillon, procède de la sorte pour érradiquer son adversaire qui s’est lourdement trompé de stratégie en s’auto proclamant vainqueur trop tôt.
    JSG

  • PATRIOTE , 29 Nov 2012 à 10:17 @ 10 h 17 min

    Ce sont de toute façon deux énormes collabos anti-France… Donc l’un ou l’autre c’est la même haine anti-Française!

  • François2 , 29 Nov 2012 à 10:43 @ 10 h 43 min

    UMP ? Ce doit être un lapsus : c’est bien l’UMPS.

  • MAMIE , 29 Nov 2012 à 10:48 @ 10 h 48 min

    *
    il faut arrêter cette mascarade mettre les deux candidats sur la touche que quelqu’un d’autre se présente et faire un nouveau vote. POINT

  • Charrier , 29 Nov 2012 à 13:38 @ 13 h 38 min

    Quand il a été préconisé de faire table rase du passé, personne avait prévu que pour se faire il fallait renversé l’édifice, recomposer la droite en apportant un peu de ciment idéologique qui lui faisait tellement défaut. L’échec de mai 2012 se fait sentir depuis quelques semaines, l’UMP ne pourra se ressaisir dans sa structure actuelle, c’est trop tard, les deux ténors ont perdu leur crédibilité, les militants de l’UMP sont rincés pour la seconde fois. A quoi servirait un référendum ou un nouveau vote, ce serait mettre une rustine sur une jambe de bois.

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