Quand la populace foule la pelouse de l’Élysée…

Tribune libre de Christopher Lings*

François Hollande vient d’ouvrir les jardins de l’Élysée au public. Acte ô combien symbolique qui témoigne bien de la faillite de l’État français. Un État qui n’existe plus.

Au XVIIe siècle, Louis XIV, excédé par les badauds qui le harcelaient dans ses magnifiques jardins de Versailles, décida d’en interdire l’accès au public et d’en garder le privilège. Plus de trois siècles plus tard, François Hollande ouvre les jardins de l’Élysée au peuple. Giscard avait fait de même en accueillant le public à la célèbre garden-party du Palais présidentiel, me direz-vous, mais revenons-en à notre comparaison.

Louis XIV avait décidé de se couper de la population. Il avait le pouvoir, les petites gens ne l’avaient guère. Chacun reste à sa place, et tout le monde ne s’en portait que mieux. De Gaulle le disait si bien : « La grandeur a besoin de mystère. On admire mal ce qu’on connaît bien. » Et le Général de confirmer : « L’autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans l’éloignement. »

Il fut ainsi « normal », à l’époque, de garder une certaine distance. Aujourd’hui, c’est notre président qui est « normal ». Pourquoi ? Car il ne lui reste plus que cela. Le pouvoir, il ne l’a plus. Ne lui reste que le titre, et l’apparence. Cette apparence, la voici dans tout son symbolisme : l’ouverture des jardins, de l’espace privé du chef de l’État, aux badauds. « Le président de la République est ici grâce et avec les Français » a expliqué une conseillère. En effet, le pouvoir n’existant plus ni dans les mains du Président, ni dans celles des Français qu’il est sensé présider, la distinction n’a plus lieu d’être.

Autre comparaison qui parait anodine mais n’en demeure pas moins intéressante : le style des jardins. Celui de Versailles a vu naître ce que l’on appelle le « jardin à la française », classique, symétrique et magistral. Celui de l’Élysée est passé d’un jardin à la française à un « jardin à l’anglaise », irrégulier et pittoresque, en 1773 sous l’impulsion… d’un banquier (!), Nicolas Beaujon, alors propriétaire des lieux. La droiture, la structure et la force françaises ont été remplacées par l’influence anglo-saxonne. Anodin ?

Ainsi en ce beau dimanche d’octobre, le dernier du mois, les passants ont pu déambuler dans les allées des jardins du Palais de l’Élysée, vides de tout pouvoir. Le couple présidentielle (car la politique est désormais affaire de couple) est ensuite sorti à la rencontre de la populace afin d’échanger, de paraître proche, similaire, normal… Impuissant.

*Christopher Lings est le directeur de publication du Bréviaire des patriotes.

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11 Commentaires

  • DN , 29 octobre 2012 @ 15 h 15 min

    La Démagogie devenue symbole et drogue de gouvernement

  • lepatriote , 29 octobre 2012 @ 18 h 32 min

    qu’entendez-vous par le terme “populace”? A partir de quel niveau social doit-on etre incorporé dans cette catégorie et à partir de quand n’en fait-on pas partie ?Je trouve que le peuple a parfaitement le droit, s’ il le souhaite de visiter ce qui, somme toute est payé avec ses impots !
    Nous ne sommes pas à Pékin avec la Cité interdite du temps des empereurs.
    Il est temps que Marine arrive au pouvoir : elle ne commet pas l’imprudence, sinon la sottise d’utiliser de telles termes!
    Ce qui est réjouissant, c’est que l’auteur de cet article, au temps de Louis XIV aurait été bastonné comme un vulgaire manant, s’il s’était trouvé sur le chemin d’un Monsieur aux talons rouges!
    Pauvre manant!!!

  • tintin , 29 octobre 2012 @ 19 h 47 min

    Ce qui est scandaleux, ce n’est pas d’ouvrir les pelouses, mais c’est le mensonge lié à cette ouverture :

    Le Président a en fait tous les pouvoirs dans cette monarchie républicaine, contrairement à ce que vous croyez et le mensonge consiste à ouvrir les pelouses comme dans une démocratie directe suisse, alors que nous sommes encore en monarchie républicaine !

    C’est ce mensonge qui est insoutenable, car l’ouverture des pelouses, ce pourrait être le début de la démocratie directe, ou même comme en suisse, la suppression du poste de chef de l’Etat.

    François Hollande n’a simplement pas compris, que s’il veut continuer à être roi, il devrait se comporter comme tel, mais ce que le peuple a compris, c’est que nous n’avons juste plus besoin de roi, comme en suisse.

  • tintin , 29 octobre 2012 @ 19 h 48 min

    Marine est une (…) républicaine.

    Cessez d’attendre de la politique, n’attendez que de la société civile.

  • hoplite , 30 octobre 2012 @ 9 h 59 min

    Tout à fait d’accord avec lepatriote, le terme de populace est extremement choquant; Il ne me semble pas que les jardins de l’élyséés soient devenus un camps de roms ou même la cour des miracles. Donc quand monsieur Lings parle de populace : Il parle de nous, reste à espérer qu’il n’est pas oublié qu’il en faisait partie…
    D’autre part je ne vois rien de choquant au fait que le peuple se ré-approprie ce qu’il lui appartient (vos impôts…) de temps en temps, a tout prendre je préfère ça au fait d’emprunter quelques tableaux au muséee d’orsay pour organiser une expo. privée, si vous voyez de qui je veux parler.

  • armel h , 30 octobre 2012 @ 12 h 47 min

    D’un autre côté, Louis XIV n’est pas forcément un modèle pour tout. Il y a St Louis, hein, aussi, qui marche pieds-nus et veut savoir ce qui se passe réellement dans son royaume.

    L’éloignement, c’est aussi un peu facile, c’est éviter de voir la réalité concrète dont on est responsable. Un certain Vincent de Paule, en son temps, reprochait justement cet éloigenment aux “grands”.

    (et puis, hein, les jardins “à la française”, c’est un peu barbant, faut dire, et ça n’est pas l’alpha et l’oméga de l’art paysager – même en France, d’ailleurs ; il y avait des jardins en France bien avant Versailles.)

    Comme quoi, à trop vouloir critiquer par principe…

  • TRIVIDIC , 30 octobre 2012 @ 19 h 15 min

    Peut-être pourrions-nous conseiller les roms en quête de terrains : direction les jardins de l’élysée…

    J’imagine déjà la tête des locataires….

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