En défense de Richard Millet

Tribune libre de Robert Ménard*

J’ai lu Éloge littéraire d’Anders Breivik qui vaut à Richard Millet un véritable procès en sorcellerie. Et je dois vous avouer mon étonnement : je n’y ai rien trouvé de ce qui semble consterner – le mot est faible – journalistes, éditorialistes et écrivains… dans un bel et, à mes yeux, toujours suspect unanimisme. Car, contrairement à ce que laissent entendre nos pourfendeurs de « mauvaises pensées », il ne s’agit en aucune manière de justifier les 77 morts du 22 juillet 2011 à Oslo et sur la petite île d’Utoya – Richard Millet dit, à trois reprises sur dix-huit pages, qu’il n’approuve pas cette tuerie – mais de s’interroger sur ce qui peut conduire à un tel geste. Et cette interrogation est, non seulement légitime, mais d’une impérieuse nécessité.

Que dit Richard Millet ?

Qu’Anders Breivik est « exemplaire d’une population devant qui la constante dévalorisation de l’idée de nation, l’opprobre jeté sur l’amour de son pays, voire la criminalisation du patriotisme, ouvrent un abîme identitaire ». Que « ses actes [sont] au mieux une manifestation dérisoire de l’instinct de survie civilisationnel ». Qu’il s’agit d’« un acte politique qu’on tente de réduire à un accès de schizophrénie meurtrière ».

Breivik, poursuit-il, est

le signe désespéré, et désespérant, de la sous-estimation par l’Europe des ravages du multiculturalisme.

Et de conclure par ces mots – peut-être maladroits – qui lui valent d’être cloué au pilori :

Breivik est sans doute ce que méritait la Norvège et ce qui attend nos sociétés qui ne cessent de s’aveugler pour mieux se renier.

Au risque d’aggraver encore le cas de Millet, je dirai qu’il développe l’idée émise par Jean-Marie Le Pen aux lendemains du massacre, quand le président d’honneur du Front national montrait du doigt la « naïveté » du gouvernement norvégien qui « n’a pas pris la mesure du danger mondial que représente (…) l’immigration massive ». On se souvient de la levée de boucliers qui avait accueilli ses propos ! Vilipendé y compris par les siens.

Rien dans ces hypothèses ne me semble choquant, inacceptable, condamnable. Reste la seule question qui vaille à mes yeux : y a-t-il des circonstances, des moments où certaines questions sont inaudibles ? Je crains que oui.

Richard Millet en fait l’expérience (il cite d’ailleurs Renaud Camus, victime du même genre de procès et dont il pourrait partager la mise à l’index). On est libre, bien sûr, de récuser le diagnostic, de contester l’analyse, de s’offusquer des idées développées. Mais de là, comme certains – je pense à l’irréprochable Tahar Ben Jelloun –, à demander sa tête, à exiger qu’on le bannisse, à préconiser qu’on l’exclue du comité de lecture de Gallimard…

Triste pays qui, pour reprendre les mots de Richard Millet « ne cesse de s’aveugler pour mieux se renier ».

On peut se procurer ici :

Langue fantôme : Essai sur la paupérisation de la littérature suivi de Eloge littéraire d’Anders Breivik ou De l’antiracisme comme terreur littéraire.

*Robert Ménard est journaliste et fondateur de l’association Reporters sans frontières.

> Son blog : robertmenard.fr

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7 Commentaires

  • Bertrand , 31 Août 2012 à 15:34 @ 15 h 34 min

    Richard Millet n’est pas un homme encarté, c’est un écrivain indépendant qui observe et analyse. Son inspiration nait du simple bon sens, de la simple réalité, du terrain, de ce que nous voyons, de ce que nous vivons. Il déclare souvent ne pas tout saisir, se poser des questions sur cette France… Pour cela, il est condamner par une petite minorité agissante extrémiste, souvent de gauche, parfois de droite libérale. En réalité, même si ses idées sont proches des idées défendues par la droite conservatrice de manière générale, tout cela dépasse les clivages car encore une fois, ce prestigieux écrivain est un écrivain totalement apolitique, il n’approche jamais les chefs politiques, il se fiche de se jeux. Il pense au quotidien, à la réalité, à l’identité, à notre civilisation.

    Rien que pour cela, il est attaqué par la bien pensante… Cette dernière étant encore et toujours déconnectée du peuple.

    Les extrémistes du PS et les frileux de l’UMP ne proposent pas de solutions pour CHANGER la donne.

  • flammande , 31 Août 2012 à 16:21 @ 16 h 21 min

    “Le premier qui dit la Vérité… Il doit être exécuté”…

    Surtout quand cette Vérité va tellement à l’encontre des diktats droitdelhommistes et de la Pensée Unique !!! Richard Millet pense son époque, il en évalue les ravages, tout comme Renaud Camus, Jean Raspail, Eric Zemmour, Robert Ménard, et quelques autres dans l’océan des “bénis oui-oui” du politiquement correct.

    Il va se faire déchirer par une meute de bien-pensants, planqués derrière leurs “bons sentiments”… A commencer par le très tolérant T. Ben Jelloun ou Annie Ernaux qui demandent rien moins que sa “tête” chez Gallimard… Sans doute, par esprit de tolérance et de pluralité d’opinions…
    Ah, les braves gens, si sûrs d’appartenir au “camp du Bien” !

  • herve , 1 Sep 2012 à 11:22 @ 11 h 22 min

    La chasse est ouverte.

    Robert Millet a été condamné à la mort médiatique, littéraire, économique, avant même que ne s’ouvre son procès. Il est coupable, c’est une ordure, un nuisible, un gêneur. La meute s’ébroue, s’agite, s’énerve, bave et grogne, aiguise ses crocs et ses griffes, se lance enfin dans la mêlée ! Troupeau d’orques sauvages sorti d’un roman de Tolkien, ramassis d’étroits et de mal finis, dégageant l’odeur aigre de la bassesse emperlouzée de bons sentiments !

    Ils sont tous là ! On a convoqué le ban et l’arrière-ban, les pisse-froids, les couilles molles, les médiocres, les écrivassiers poussifs en analyse, les envieux quinquas qui matent en douce les gamines, les jaloux subventionnés et rebelles rêvant du ruban, les mous du genou et de la plume, les fonctionnaires de l’édition, les planqués bobos antiracistes, toutes les bonnes âmes, tous les défenseurs de la «Liberté», des «Droits de l’Homme», du «Printemps arabe» et des «Valeurs» républicaines…

    Tous ces étrons se donnent le droit de juger, de dire le vrai, le droit, le juste, de condamner à mort, d’intimer l’ordre, de faire taire, d’exclure, de ratiboiser, de nettoyer, d’éliminer, de déporter, de bannir, d’exterminer… le tout au nom des «valeurs» ! «Qu’on le licencie !», s’étrangle de fureur un huluberlu ! «J’en appelle au Ministre même !», renchérit dans un rot stalinien une enflûre avinée ! Qu’il soit banni à tout jamais de la télé, de la radio, des journaux, qu’on lui interdise de publier ! d’écrire, même ! Qu’on lui tranche les doigts ! Qu’on lui arrache la langue ! Ordure de Millet, à moitié chrétien libanais, serait pas islamophobe en plus ? à faire pâlir Sharon d’envie ! Sabra ! Chatilla ! Assad père et fils ! Phalangistes ! Sioniste un peu ! raciste ? nostalgique des «Heures les Plus Sombres» ? Tous convoqués en guise d’arguments ! Qu’il crève !

    Mais d’où parlent-ils donc, ces chancres ? Quelle est leur légitimité ? De quel cuvette de chiotte ces limaces cocaïnées à femme de ménage maghrébine, ces rampants de toujours qui luberonnent à qui mieux mieux, qui télérament, libérationnent et s’inrockent jusqu’à plus soif, mais qui chient dans leur froc en permanence, de quel cuvette de chiotte osez-vous ouvrir la gueule, bubons ?

    On ne sait pas. On ne saura jamais. Ils sont la foule moderne, ils sont la populace médiatique, les «Tricoteuses» d’internet à Bac + 3 ou 4, il leur faut leur Tribunal révolutionnaire, leur guillotine médiatique, leurs têtes de dissidents au bout d’une pique virtuelle et leurs baquets de sang frais quotidien, pour bander un peu, et espérer jouir, quand même.

  • Gérard (l'autre) , 1 Sep 2012 à 13:02 @ 13 h 02 min

    Vos commentaires me soulagent. Malheureusement, après avoir vaincu le nazisme, puis le communisme, il s’agit maintenant de combattre une hydre encore plus laide et plus dangereuse … qui leur ressemble étrangement !

  • Le Nouveau Croisé , 1 Sep 2012 à 15:03 @ 15 h 03 min

    On ne sait pas. On ne saura jamais. Ils sont la foule moderne, ils sont la populace médiatique, les «Tricoteuses» d’internet à Bac + 3 ou 4, il leur faut leur Tribunal révolutionnaire, leur guillotine médiatique, leurs têtes de dissidents au bout d’une pique virtuelle et leurs baquets de sang frais quotidien, pour bander un peu, et espérer jouir, quand même.

    Excellente citation !
    Je n’ai rien à rajouter.

  • Decrauze , 2 Sep 2012 à 0:52 @ 0 h 52 min

    – – Mon fauteuil pour un ligament –

    A chacun sa rentrée littéraire. La mienne se fait sans plan de communication, sans éditeur, mais avec la passion renouvelée de l’écriture, le goût forcené des mots, la jubilation pour les entrechocs sémantiques et phonétiques. Extrait, sur le même thème que Millet… le maudit ? « J’ai espéré une mise en orbite martienne de l’ensanglanteur syrien après le coup d’éclat d’Annan, mais rien à faire il parade toujours. Décevante prestation de l’ouragan Isaac qui, sans doute après avoir perdu son triple A, n’a pu catapulter les Bachar el-Assad et Anders Breivik loin de notre sphère bleutée. Alors on se garde le tout et en prime on libère l’épouse Dutroux. Le monde détourne décidément très bien l’humanisme pour le bal des salauds. » Cf. http://pamphletaire.blogspot.fr/2012/09/my-chair-for-ligament.html

  • Decrauze , 2 Sep 2012 à 18:22 @ 18 h 22 min

    En 2009, je finissais un texte intitulé “Capuches à découvert” par ces lignes : “la crise économique, claironnée par les médias qui fournissent ainsi un carburant indispensable pour l’entretenir et maximaliser ses effets, dissimule la crise réelle d’une part croissante de la population qui a perdu l’affectio nationis et s’en remet aux litanies d’intégristes, aux sermons mortifères qui inclinent à mettre au-dessus de tout son clan, son quartier, sa communauté. Faites vos jeux… rien ne va plus ! ” Du Millet prématuré ? Cf. http://pamphletaire.blogspot.fr/2009/03/capuches-decouvert.html

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