La politique sans discrimination de mot

La politique sans discrimination de mot

par Pascaline Leroy

Dans les annales du Palais Bourbon, le vote à l’unanimité des membres de la commission des Lois pour le bannissement de la race et l’introduction du sexe dans le texte constitutionnel constitueront sans doute les fleurons de la réforme annoncée par le Président de la République. Les parlementaires de cette commission ont en effet voté ce 27 juillet la modification de l’article 1er de la Constitution aux termes duquel dorénavant: « la France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». Cette nouvelle rédaction doit bien sûr être discutée et votée en séance publique mais peut-on d’ores et déjà se réjouir de la suppression du mot « race » par les députés français. Pour beaucoup de ces derniers, l’argument majeur confirmé par des généticiens est d’avancer que la race n’a aucun fondement scientifique. Dépourvu de sens mais doté néanmoins, selon eux, d’ une connotation négative , il convient donc de l’extraire de la loi fondamentale pour éviter que certains n’y puisent une quelconque légitimité. Ces arguments ne semblent pourtant pas partagés par la communauté internationale. A l’heure de la mondialisation subie ou consentie, nombre des textes internationaux mentionnent l’interdiction de la discrimination en fonction de la race. Qu’il s’agisse de la déclaration universelle des droits de l’homme (art. 2), du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ( art.2), du pacte relatif aux droits civils et politiques (art.2 et 26), nombre de conventions mentionnent expressément « sans discrimination de race ». Bien plus, les députés français connaissant l’importance des droits communautaire et européen ne peuvent ignorer les textes des traités et de la Convention européenne des droits de l’homme (art.14). Faut-il considérer alors que tous les rédacteurs et praticiens de ces textes sont ignorants sur le sens et les dérivés du mot « race » ou peut-on légitimement penser que l’expression « sans discrimination de race » a encore une utilité aujourd’hui ? Il semble quelque peu curieux de vouloir lutter contre le racisme en interdisant de citer sa racine comme il peut paraître réducteur de se baser sur les seuls scientifiques dépourvus de vérités définitives, comme le veut le principe de toute connaissance, pour prohiber l’emploi d’un mot. Il y a d’autres chercheurs , qu’il s’agisse d’anthropologues, d’historiens, de juristes et de philosophes qui pourraient être sollicités sur l’utilité de l’emploi du mot race. Il y a même des peuples qui, au prix d’une douloureuse histoire, pourraient inviter le législateur français à considérer le sens subjectif de la race pour mettre l’homme face à sa responsabilité. Il y a enfin des poètes comme Aime CESAIRE qu’il conviendrait de relire : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime… » . Reste toutefois une lancinante question, celle de la portée même symbolique d’une telle discrimination du mot « race » dans la politique française. Est-ce dénier aux dictionnaires le sens d’une définition ? Le Littré définit notamment la race comme une famille : ainsi « Il se dit, dans l’histoire de France, des trois races royales qui ont successivement occupé le trône, les mérovingiens, les carolingiens et les capétiens… » ? Ou est-ce occuper le devant de la scène médiatique pour mieux dissimuler l’utilisation des catégories “ethno-raciales” dans les recherches scientifiques, biotechnologiques ou médicales ? Tel traitement est plus efficace sur les patients de couleur noire, tel autre est conseillé chez les Asiatiques, autant d’usages du mot “race” qui devraient susciter une bien plus grande attention.

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