Pourquoi la convention citoyenne sur le climat ne peut-elle s’empêcher de cogner sur les Français modestes ?

Pourquoi la convention citoyenne sur le climat ne peut-elle s’empêcher de cogner sur les Français modestes ?

par David Ligier

Dogmatisme, ignorance des conséquences, mesures hors sol… Parmi toutes les mesures proposées par la Convention citoyenne pour le climat, nombreuses sont emblématiques de la faiblesse de la démarche : du vent, violent et déconnecté de la réalité.

La Convention citoyenne pour le climat, regroupant 150 citoyens tirés au sort, a formulé 150 propositions pour lutter contre le réchauffement climatique. Démarche participative louable. Le problème, c’est qu’à l’arrivée, beaucoup des mesures proposées méconnaissent les réalités économiques et sociales de notre pays. De vraies mesures de justice sociale et fiscale sont passées à la trappe : la réduction du temps de travail hebdomadaire à 28 heures a finalement été abandonnée, comme l’augmentation du SMIC ou la taxation des dividendes, qui n’ont pas été retenues par Emmanuel Macron. On nous aura cependant au moins épargné la limitation de la vitesse à 110 km/h sur autoroute.

Dans ce catalogue d’idées reçues de l’écologie sous sa version la plus idéologique, le cas de la publicité est assez significatif. La Convention citoyenne pour le climat veut « réguler la publicité pour réduire les incitations à la surconsommation, interdire de manière efficace et opérante la publicité des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre, réguler la publicité pour limiter fortement les incitations quotidiennes et non-choisies à la consommation et mettre en place des mentions pour inciter à moins consommer ». Enfourchant le même cheval de bataille que la Convention sur ce sujet, une proposition de loi déposée le 10 juillet par les députés du groupe Ecologie, Démocratie, Solidarité (EDS) a pour ambition de « verdir » la publicité. Un texte qui, selon ses auteurs, « donne force de loi aux principales propositions de la Convention citoyenne pour le climat » qui a porté des « mesures fortes de régulation » de la publicité pour lutter contre la surconsommation, mère selon eux de tous les vices. Outre la limitation de la publicité portant sur les véhicules particuliers les plus pollueurs comme les SUV, ou encore l’interdiction les nouveaux écrans vidéo publicitaires, jugés trop énergivores, les députés veulent aussi s’attaquer… aux imprimés publicitaires non adressés, autrement dit les prospectus distribués dans les boîtes aux lettres des Français. On admirera le sens des priorités.

Leur idée est d’inverser la logique en vigueur depuis 2004 et de passer du « Stop Pub » au « Oui Pub » : désormais, il serait interdit de déposer un prospectus dans la boîte aux lettres d’un particulier à moins que celui-ci ne le demande explicitement en apposant une étiquette « Oui Pub » sur sa boîte aux lettres – alors qu’aujourd’hui, la distribution est autorisée dans toutes les boîtes aux lettres ne portant pas la mention « Stop Pub ». Belle manière, déjà, de montrer du doigt celui qui ne peut se passer des prospectus, cet affreux pollueur qui doit sûrement rouler en plus en vieux monospace diesel. De l’écologie à bon compte pour bonne conscience en manque de combats.

Haro sur le papier !

Le coup risque déjà d’être terrible pour toute une filière : celle du graphisme, du papier et de l’impression. Mais cela risque aussi d’être un coup dur pour l’écologie elle-même, en sacrifiant un secteur qui fait pourtant de gros efforts depuis plusieurs années pour réduire la pollution engendrée (participation à l’entretien des forêts, recyclage du papier, label Imprim’vert, etc.). Tout cela pour transformer une pollution visible (le papier) en une pollution invisible (le numérique) … On sait bien pourtant que le débat est loin d’être tranché entre le bilan écologique du papier et celui de leur contrepartie électronique : si un email produit six fois moins de CO2 en moyenne qu’une lettre, on en envoie soixante fois plus ! C’est bien le paradoxe de cette version avec œillères de l’écologie. Dans le cas des prospectus, c’est aussi la filière du recyclage que cette décision mettrait en péril. L’industrie du recyclage est fragile et dépend autant de la bonne volonté des Français que des équilibres économiques qui la régissent. Or le prospectus c’est à la fois une partie de la ressource et des matières premières mais c’est aussi un débouché ! Compte tenu de l’importance du papier recyclé dans la filière papetière dans son ensemble, il ne faudrait pas s’étonner d’un effet domino dont l’ampleur ne peut être que redoutée pour l’instant.

Et tout ça, en deux lignes de texte, expédiées sur le coin d’une table au bar du Parlement. Où est l’écologie responsable créatrice de valeur ? Où est le développement durable qui, par définition, doit reposer sur trois piliers, l’économique, le social et l’environnemental ? On marche sur la tête ! Emblématique de l’écologie punitive, cette proposition visant les prospectus restera dans les annales comme l’exemple typique d’un contresens écologique et social. Mais ce n’est pas le seul contresens de la démarche.

L’écologie en version « pure et dure »

L’écologie était bien le seul et unique sujet de cette convention, mais ça n’empêche pas de se poser la question des conséquences des mesures proposées, et elles pourraient être lourdes. Le résultat de cette convention citoyenne ressemble surtout à une liste à la Prévert de bien-pensance écologique punitive.

Dans les grandes lignes, elle propose (ou impose ?) un changement drastique de modèle industriel et économique, pour produire de façon moins polluante. Le principe est beau, mais pour autant que cela soit souhaitable, est-ce seulement possible ? Dans une France en manque cruel de logements, arrivera-t-on par exemple à brève échéance à construire des bâtiments sans polluer, sans émettre de CO2 ? Et à quel prix ? Quid des PME ou des artisans qui ne pourront pas ou ne sauront pas se transformer d’ici les échéances fixées ?

Le risque est bien celui d’un plan social massif et d’une transformation du « choc d’écologie » en choc tout court. A défaut de pouvoir produire dans les règles en France, la grande production ira ailleurs, dans des pays voisins plus laxistes, ou plus pragmatiques. Bref, on aura appauvri la France, creusé les inégalités et transféré la pollution ailleurs. Beau bilan en perspective !

Considérant le caractère global du problème écologique, se radicaliser sur l’écologie dans notre coin n’a donc pas de sens. La France a déjà l’une des législations environnementales parmi les plus contraignantes de la planète. Créer ces aberrations règlementaires reviendrait surtout à décourager les grandes entreprises de produire en France, devenue pays-musée, improductif et réservé à une élite touristique. Si c’est ça le rêve écologique que l’on nous promet, gageons que nous allons être nombreux à avoir le réveil amer !

Bien sûr, à Paris, on est loin de tout ça, dans une ville musée qui a oublié ce qu’était une usine et le travail de production, à l’exception de quelques noms de rues ou de quais bientôt effacés. Mais cela ne devrait pas empêcher nos dirigeants politiques de réfléchir a minima à ce qu’ils proposent. L’écologie, la vraie, celle qui réunit plus qu’elle ne divise, mérite bien cela. Et le peuple français avec !

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