Et maintenant, un plan « permis de conduire »

Et maintenant, un plan « permis de conduire »

Mai 2019 : le pays somnole. La croissance affiche un chiffre rikiki. Les faillites d’entreprises augmentent. L’État semble s’ankyloser doucement dans son renoncement à toute réforme de fond et continue avec la même indolence à dépenser bien plus qu’il ne gagne sous les applaudissements de la majorité des assujettis fiscaux qui croient, dur comme fer, que ce sont « les autres » qui paient pour ces frasques inutiles…

Devant ce constat, le gouvernement d’Edouard Philippe a décidé de prendre le taureau par les cornes et, droit dans la tempête et les yeux rivés sur l’horizon dont on sait qu’il s’éclaircira forcément, a déclaré de puissantes mesures pour … faire baisser de 30% de prix du permis de conduire.

Après le plan vélo (indispensable pour lutter contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme et la pauvreté), le plan chaudières (impérieux pour lutter contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme et la pauvreté), le plan petit-déjeuner (incontournable pour lutter contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme et la pauvreté), le pan cabines de douches (inévitable pour lutter contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme et la pauvreté), il était plus que temps de lancer un plan permis de conduire abordable.

Il est vrai qu’en France, le permis de conduire est plus qu’un besoin, c’est une véritable industrie à la fois du côté administratif (rappelez-vous des fortunes judicieusement investies par l’Etat pour moderniser cet aspect, avec le lancement de Faeton pour plus de 40 millions d’euros… tous cramés pour rien) et du côté de l’artisanat de la conduite où de nombreuses auto-écoles se portent volontaires moyennant finance pour aider toute une population à saisir l’opportunité d’enfin conduire ces belles réalisations techniques automobiles, dont certaines sont françaises – cocoricaut les coeurs ! – et pas du tout sabotées par l’avalanche de normes, de lois, de répressions et d’interdictions qu’on déverse sur le secteur automobile dans le même temps.

Or donc, grâce à une batterie de mesures aussi efficaces que bien étudiées, le permis de conduire va enfin devenir abordable ! Il n’est qu’à voir toute la pertinence du rapport parlementaire à ce sujet (et lisible consultable ici) pour déceler les efforts olympiques qui furent déployés pour aboutir aux propositions avancées : « continuum éducatif », « code des mobilités », « fluidifier le parcours d’acquisition du permis de conduire », « transformer le candidat en pivot du système d’éducation au code des mobilités », rien qu’à lire les titres de sections et de chapitres, on sent pulser toute l’énarchie et le pipotron administrativo-branquignolesque que nos élus déploient à chaque fois qu’il s’agit de noyer le canard dans un bain d’acide.

On propose ainsi de favoriser l’inscription en ligne, le passage du permis sur boîtes automatiques, d’anticiper le passage en autorisant l’épreuve dès 17 ans (parce qu’à 18 ans et plus, on est plus pauvre qu’à 17, sans doute) ou de permettre l’examen du code gratuitement pour ceux qui font leur service universel, toutes mesures qui, tout bien considéré, permettront de faire baisser le coût total dans des proportions vagues et difficilement calculables même au doigt mouillé, avec le nez et vu de loin.

Cette tempête de pertinence est quelque peu modérée par les auto-écoles, qui concentrent l’essentiel des postes de coûts pour la formation au permis de conduire, et qui ont bien sûr été interrogées sur la question. Bizarrement, elles mettent en avant des solutions qui n’ont absolument rien à voir avec les propositions parlementaires ou gouvernementales : selon elles, le coût du permis semble surtout lié aux charges payées par les auto-écoles, essentiellement sur le personnel – vraiment, la surprise est totale ! – et proposent surtout une baisse de la TVA (de 20% à 5.5% par exemple).

On se demande au passage qui ponctionne tant ces écoles (au travers de la TVA et des charges sociales) et s’il ne serait pas possible de mettre ce ponctionnaire zélé en rapport avec ce gouvernement plein de courage et d’idées pour diminuer les coûts…

En outre, l’apprentissage du code est d’autant plus long et complexe que les règles routières le sont. D’ailleurs, à bien y regarder, on n’apprend plus seulement à conduire mais à « éco-conduire », c’est-à-dire qu’en plus d’avoir les yeux rivés sur le compteur de vitesse pour éviter de se faire flasher puis méticuleusement pruner, on devrait en toute logique et selon les dernières directives, ainsi que la nouvelle fournée de « diapositives permis de conduire », conserver un régime moteur totalement idoine, c’est-à-dire sans surrégime – qui signifie consommation accrue et dépenses inconsidérées d’énergie non renouvelable – ni sous-régime, ennemi de l’air pur et des asthmatiques. Le regard du conducteur moderne, oscillant entre le compte-tours et le tachymètre, n’est plus qu’occasionnellement sur la route qui n’est de toute façon plus guère entretenue et dont, il faut bien le dire, l’ensemble des politiciens se contrefout en riant.

Mais alors, n’y aurait-il pas un lien entre ceux qui nous ont pondu avec un tel entrain ce monceau de règles et ce code trop dodu et ceux qui ponctionnent comme des fous ? Le lien serait-il extensible avec ceux qui entendent abaisser le coût du permis ?

L’apprentissage sur simulateur, proposition officielle, pourra-t-il réellement concurrencer les offres en ligne et offrir un avenir plus serein aux auto-écoles ? Ce simulateur sera-t-il agréé par l’État, avec tout ce que cela suppose de finesse d’analyse et de réussite logicielle auxquelles il nous a par ailleurs largement habitués ? Autant de questions palpitantes qui ne seront pas abordées parce que le Plan Permis de Conduire Pas Cher est déjà joliment bouclé et qu’on roule à l’évidence vers de nouvelles vallées de miel et de lait, en voiture électrique (et non diesel) limitée à 50 km/h et donc sans permis…

De la même façon, on ne cherchera pas à savoir comment font les autres pays, dont un paquet affiche des coûts de permis bien inférieurs (on pourra relire l’exemple du Canada, de celui des États-Unis ou des pays européens) sans pour autant utiliser les niaiseries vitaminées proposées par le gouvernement français…

Décidément, ce plan se présente sous les meilleurs auspices. Il me tarde de voir le prochain plan. Portera-t-il sur le vestimentaire (des tickets pour toujours rester à la mode ?), l’alimentaire (le bio et l’équitable à portée des nécessiteux ?) ou l’hygiène (un plan quinquennal de production de papier hygiénique carbone-neutre) ? Le suspense est terrible !

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