De quelle valeur parle-t-on ?

De quelle valeur parle-t-on ?

Depuis l’affaire Benalla-Macron, on entend beaucoup cette petite phrase qui veut justifier l’injustifiable : “la valeur n’attend pas le nombre des années”. Certes, la valeur est un atout non négligeable, mais elle n’exclut pas l’expérience. Qui reste une plus-value indispensable. À part quelques exceptions, toutes les professions, et autres fonctions, ont besoin d’un apprentissage le plus approfondi possible. Surtout au plus haut de la hiérarchie de l’État ; là, plus qu’ailleurs ! En particulier, les actes de décision qui doivent se mesurer au sérieux des institutions.

Quand l’amateurisme est récompensé, par le fait du Prince, pour des services rendus et qu’il dérape, c’est toute la chaîne des valeurs qui s’écroule. Dans une République “inaltérable”, fut-elle monarchique, la méritocratie ne peut pas se traduire par une série de passe-droits qui s’appliquent n’importe comment, à n’importe qui, pour n’importe quoi. Une distinction qui s’accompagne de privilèges, exorbitants et inadéquats, ressemble vite à une usurpation de pouvoir. Tout cela est malsain et dommageable pour la Nation tout entière. Mais, normalement, nos institutions sont là pour pallier à tout dysfonctionnement… Si la magistrature suprême ne change pas les règles du jeu !

L’opposition joue pleinement son rôle, quand elle alerte les Français sur les dérives d’un pouvoir qui veut asseoir son hégémonie sur les institutions. Le Sénat, aussi, quand il dénonce les atteintes au droit constitutionnel. Et par cette occasion, il tend à prouver son utilité grâce à la réactivité de son président de la commission des lois, Philippe Bas. Cet énarque, ancien ministre de la Santé du gouvernement Chirac, est un “amoureux du droit” et “pas le genre d’excité qui gesticule dans tous les coins pour attirer la lumière” d’après ses compères. Son professionnalisme est salué par tous. En se définissant lui-même, avec humour, comme appartenant au vieux monde, il a démontré que le pouvoir actuel oublie ses devoirs et abuse de ses prérogatives, en nous mijotant un nouveau monde où les institutions reformées n’auraient que peu de poids dans la vie démocratique. À la faveur de son expérience de la vie politique, Philippe Bas a bien compris – il n’est pas le seul – que l’affaire Benalla illustrait un projet de réforme qui avait pour but de renforcer les pouvoirs de la garde privée du président de la République. Comme si les autorités compétentes n’assuraient pas, correctement, sa sécurité !

L’affaire Benalla, dont le principal protagoniste n’a que peu d’intérêt (il n’en est que le symptôme), révèle de sombres abus de pouvoir à tous les étages de la hiérarchie institutionnelle, mais aussi une attaque en règle de l’État de droit via le projet de réforme constitutionnelle. Derrière des députés incompétents et godillots, des ministres irresponsables et menteurs, des chargés de mission, valeureux, bien sûr, mais décérébrés et sans formation sérieuse, le parti du Président, LaREM, majoritaire à l’Assemblée nationale, vient de démontrer son amateurisme et sa dangerosité. Et toute l’imposture de son candidat, élu par défaut. Petit rappel : Philippe Bas, avait appelé à voter Macron, pour faire barrage à Marine Le Pen, car, disait-il : “elle n‘est pas respectueuse de la démocratie”… Il peut s’apercevoir, aujourd’hui, en découvrant tous les éléments discordants qui convergent vers l’Élysée, combien Macron, lui, est respectueux de la démocratie…

Espérons que cette affaire permette, à tous les parlementaires, de se recentrer sur l’essentiel : une réforme constitutionnelle qui devra s’employer à rendre nos institutions encore plus performantes. Non pas au service d’un clan, mais au service des Français.

Claude Picard

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