L’acte II du théâtre macronien (II)

L’acte II du théâtre macronien (II)

Ce qui compte, ce n’est pas le programme mais la vision disait Macron à l’époque où son apparition surprenante sur la scène politique et son talent de comédien inspiré avaient soulevé une espérance chez les naïfs. La politique devenait une stratégie sur le long terme, enfin ! Lors du récent discours de politique générale, le chef d’état-major Philippe a révélé ce qu’elle était depuis deux ans et ce qu’elle entend demeurer le plus longtemps possible : une tactique pour assurer la survie de la clique qui s’est emparée du pouvoir par surprise en 2017. Trois alliés lui apportent leur concours : d’abord, les médias qui y retrouvent leurs idées boboïsantes et parisiennes, c’est-à-dire les modes qui règnent à l’intérieur du périphérique, passion écologique compensatrice pour ceux qui prennent souvent l’avion, et culture du progressisme comportemental, avec son délicieux parfum de décadence ; ensuite, la foule des politiciens professionnels qui veulent trouver dans le macronisme la planche de leur salut, socialistes du premier jour, républicains du second, et fuyards des lendemains de défaite ; le troisième est plus inattendu qui réside dans la procession moutonnière de la bourgeoisie, parfois catholique, pensant trouver chez Macron la paix dans l’union et la sécurité du portefeuille.

Philippe a donc chanté d’une voix monocorde l’air d’un catalogue sans inspiration ni élan. Deux circonstances ont placé l’écologie en tête de gondole : les résultats des verts aux Européennes qui en font des alliés opportuns bien tentants, et le grand mouvement, sans doute moins spontané qu’on le dit qui pousse des jeunes à défiler pour réclamer de leurs gouvernements des mesures pour répondre à l’urgence climatique. C’est sympathique, puisque c’est jeune, et surtout ça déplace les peurs très loin de la réalité quotidienne. On ferme donc Fessenheim et quelques petites centrales à charbon dans un pays qui produit 75% de son électricité par le nucléaire, donc sans CO2. La France n’a qu’un rôle infime à l’échelle mondiale dans ce domaine. Le fait de placer la question écologique en premier est une entourloupe grossière, qui prend les électeurs pour des imbéciles. Il y a d’ailleurs loin des discours aux actes, puisque le brusque et tardif intérêt pour les hydroliennes révélé par le premier ministre suit de moins d’un an la fermeture de l’usine d’hydroliennes de Cherbourg abandonnée deux mois après son inauguration. C’était le même gouvernement, et l’usine dépendait de Naval Group, détenu à 60 % par l’Etat ! De la stratégie ? Non, du bricolage opportuniste, des économies à court terme, hier, et des discours d’avenir prometteur aujourd’hui.

La justice sociale a curieusement été placée en seconde position. C’est pourtant là que la stratégie a le plus fait défaut, remplacée par des mesurettes redistributives, pleines de seuils et de plafonds, des expédients qui soulignent que les gens qui dirigent le pays ne sont pas des libéraux, mais des socio-démocrates, des défenseurs archaïques de l’Etat-providence, qui a conduit tous les Etats qui l’ont pratiqué à la ruine. La preuve flagrante en est que si les dépenses sont annoncées, les recettes nécessaires pour les couvrir et rééquilibrer les budgets ne le sont pas. Le contexte économique mondial s’assombrit, et une fois encore notre pays aura loupé le coche. Le gouvernement pratique-t-il une politique de l’offre, favorable à la production française ou de la demande favorisant le pouvoir d’achat ? Ni l’une, ni l’autre : il va baisser les impôts des ménages, mais pas de tous, pour encourager la consommation et les importations plus que l’épargne dynamique. C’est ainsi que la taxe d’habitation sera progressivement supprimée, mais seulement après la fin du quinquennat pour les 20% les plus aisés, qui verront leur taxe foncière grimper. Salauds de propriétaires ! Comment va-t-on compenser le manque de ressources des collectivités ? Mystère ! Une annonce échappe à la médiocrité : la réforme des retraites qui consistera à appliquer le système suédois, par points et avec un âge légal maintenu, sauf qu’arrivés à cet âge, la plupart des retraités potentiels s’apercevront qu’ils devront continuer à travailler s’ils veulent avoir de quoi vivre. Le chômage est moins élevé en Suède qu’en France et dure moins longtemps… Les carrières en sont moins pénalisées.

Le troisième volet est celui des peurs, de ce qui appartient donc davantage au traitement psychologique qu’à l’action concrète. On y retrouve bien sûr la criminalité et ce classement est une signature de gauche pour les distraits qui pensent que la droite est au pouvoir. A force de matraquer les gilets jaunes et de suspecter l’extrême-droite, le gouvernement et sa majorité avaient oublié les vrais dangers, et notamment le fait que dans de très nombreux quartiers dits « sensibles », l’ordre public n’est plus assuré, une économie parallèle s’est développée, une autre loi que celle de la république a été instaurée, et cela en lien avec une immigration incontrôlée et non assimilée. On peut être rassuré : il y aura tous les ans un débat sur l’orientation de la politique migratoire et d’asile, et une lutte renforcée contre les trafics de stupéfiants. Les guetteurs pourront toutefois assurer la sécurité des ventes : Mme Belloubet a annoncé l’irresponsabilité pénale à 13 ans !

Enfin, cerise sur le gâteau : quelle mesure a fait se lever d’enthousiasme la majorité ? La PMA pour les lesbiennes ! L’enfant devient un produit sur le marché… Les marcheurs, les autres, ceux de la Manif Pour Tous peuvent pleurer : ils ont usé leurs chaussures pour rien, et il paraît que les catholiques ont voté « Macron » aux européennes…. La seule question qui se pose est de savoir quelle est la part de faux-culs, d’imbéciles heureux et de cocus contents dans notre cher pays. Il doit y en avoir beaucoup !

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