Une autre manière de comprendre la réforme de l’Institut Jean-Paul II sur la famille (Arnaud Dumouch)

Une autre manière de comprendre la réforme de l’Institut Jean-Paul II sur la famille (Arnaud Dumouch)

« Entre licenciements injustifiés, nominations surprenantes et réforme des statuts, le tournant pris par l’Institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille (Rome) suscite une vive polémique. Un nouvel institut se substitue au premier, dans lequel l’héritage du pape Jean-Paul II semble mis à mal. »

Il est une autre manière de comprendre les choses, qui peut aboutir à une pacification complète des intelligences.

Pour ceux qui préfèrent l’écrit :

Saint Jean-Paul II fut un philosophe et un théologien thomiste. Il développa donc avec raison ce qu’on appelle en morale « la doctrine universelle » (Voir Veritatis splendor). Il s’agit d’une approche qui montre de manière analytique qu’il existe des actes qui, « par soi et indépendamment des circonstances », sont toujours des maux moraux. Ainsi en est-il de la guerre, de la torture judiciaire. Prenons l’exemple du mensonge : Falsifier la vérité est toujours et par soi un mal et aucune circonstance ne peut transformer le mensonge en un bien. Cette partie de la morale est juste et elle éclaire puissamment notre intelligence.

Mais elle n’est pas la totalité de la morale. Une seconde partie de la morale va se pencher non plus sur l’universel mais sur le particulier et en particulier sur les cas ultimes, graves, qui interviennent parfois dans la vie des hommes et que le Pater envisage ici en suppliant Dieu de nous en délivrer : « Et ne nos inducas in tentationem ». Par exemple, Pie XII, vues les circonstances, juge qu’il est prioritaire de faire la guerre à Hitler et va jusqu’à avertir l’autre monstre de son époque, Staline, de l’attaque imminente de 1941. Cela ne change pas la morale universelle. Cela ne transforme pas la guerre en un bien. Cela la transforme en un « moindre mal nécessaire ici et maintenant ». C’est une décision pratique risquée. C’est loin d’engager l’infaillibilité mais Pie XII l’a fait. Pour le mensonge, on peut poser le même raisonnement : S’il est abusif de mentir par politesse pour éviter une invitation à une soirée assommante, il peut être absolument nécessaire de mentir pour sauver une personne qui se cache sous le lit et que son assassin recherche. C’est ce qu’on appelle « le moindre mal ». Cela ne transforme pas le mensonge en un bien, nous rappelle la morale universelle, mais en un « moindre mal » nécessaire, vues les circonstances.

A partir de ces deux approches complémentaires, tout devient clair : Si on ne garde que la première partie de la morale (la morale universelle), on entre dans une vérité profonde, mais une vérité qui n’a pas de bras ou, quand elle a des bras, est armée d’un glaive et tranche par des solutions claires mais fausses des problèmes pastoraux complexes. Je me rappelle par exemple de l’avis d’un prêtre qui fit rompre à une femme de 65 ans un remariage civil au prétexte que le mari qui l’avait trahi et abandonné 39 ans avant, était revenu.

Si on ne garde que la seconde partie de la morale (le particulier et les cas graves qui induisent la recherche du moindre mal), on relativise tout. Il n’y a plus ni bien ni mal mais une subjectivité qui permet tout au nom de l’amour. Comme le montrait Benoît XVI récemment : « Peut-on encore comprendre l’héroïsme des martyrs si on peut toujours s’arranger avec le bien et le vrai ». Cette morale-là ressemble à un lac de vase. Elle paraît miséricordieuse mais on s’y noie car nul n’y reconnait plus la direction du bien et du mal.

Or ces deux morales (- celle qui exalte la vérité universelle et rejette le retour à la réalité de certaines circonstances ; – celle qui ne regarde plus que les circonstances et rejette la vérité universelle) sont liées à l’action du diable qui divise notre Eglise depuis 60 ans, entre ceux qui sont qualifiés d’ « intégristes » par le camp opposé qui est « progressiste ». Elles viennent du diable car c’est le diable (Diabolos en grec) qui divise ce qui doit être uni.

La marque du Christ et de ce qui vient de lui est justement dans cette maxime : « En lui, vérité et amour sont unis » (Psaume 85, 11).

Ainsi, il se peut que, au-delà des méthodes violentes du nouveau recteur de l’Institut Jean-Paul II qui a honteusement licencié des professeurs de valeur (et cet acte est l’usage abusif et dangereux du « moindre mal »), nous soyons face à un apport profond lié au Magistère infaillible qui, au plan de la doctrine universelle, vient d’apporter par le pape François un perfectionnement essentiel de l’enseignement de la morale.

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