Obama est de nouveau favorable au “mariage” gay

C’est un pari risqué qu’a fait Barack Obama. Reçu par Robin Roberts dans l’émission Good Morning America (diffusée jeudi sur ABC News) le président américain sortant s’est déclaré favorable au “mariage” gay. On le savait “en train d’évoluer” sur cette question et le vice-président des États-Unis, Joe Biden, avait assuré en fin de semaine dernière être “tout à fait à l’aise” avec les unions homosexuelles.

“Je viens de conclure que, pour moi, personnellement, il est important, pour moi, d’aller de l’avant et d’affirmer que je pense, à savoir que les couples de même sexe devraient être en mesure de se marier », a dit Barack Obama, un peu hésitant. Car il a “hésité”, lui qui pensait tout d’abord que les unions civiles suffisaient et qui était “sensible” à tous ces Américains pour qui le mot “mariage” évoque « quelque chose de très fort, des croyances religieuses et ainsi de suite”.

Pour expliquer son changement, Barack Obama utilise le registre de l’émotion : il évoque notamment des discussions avec ses filles qui auraient des amis dont les parents sont homosexuels. Objectif : capter les votes d’un électorat gay qui attendait davantage du président sortant que la seule abolition du “Don’t ask, don’t tell » en vigueur dans l’armée depuis 1993.

Un pari risqué quand on sait que, selon un sondage réalisé en septembre 2011, la question est « extrêmement importante » ou « très importante » pour 44% des adversaires du « mariage » gay (alors 19,36% de la population) contre seulement 32% de ses partisans (alors 16,96% de la population).

Une telle décision pourrait également aider Mitt Romney a faire le plein de voix à droite (74% des Républicains sont hostiles au “mariage” gay) et à convaincre les derniers chrétiens évangéliques réticents de voter pour un mormon. Enfin, Barack Obama pourra moins accuser son adversaire républicain d’être un candidat “flip-flop” (qui change tout le temps d’avis).

Le probable candidat du Parti républicain a immédiatement condamné cette prise de position : “Le droit de faire bénéficier le partenaire de certaines aides, ou le droit aux visites à l’hôpital, ainsi que d’autres choses dans ce genre sont appropriés, mais pas le reste.”

“Fin d’une hypocrisie »

Le Family Research Council trouve quant à elle la déclaration de Barack Obama “décevante mais pas surprenante”. Elle montre “que le mariage va être une question majeure dans l’élection présidentielle”. Notant que c’est la 2e fois que le président sortant change d’avis (il s’était prononcé pour le “mariage” gay en 1996, alors qu’il se présentait pour devenir sénateur de l’Illinois), l’organisation conservatrice juge qu’il “montre un contraste évident avec son rival Mitt Romney, qui a signé un engagement à soutenir un amendement à la Constitution des États-Unis protégeant le mariage.” Pour l’American Family Association, “Obama est fichu”. “Tout cela ressemble à une annonce désespérée de la part d’un candidat qui sait qu’il est dans le pétrin“, continue l’organisation pour qui le choix entre le président sortant et Romney est “clair et sans équivoque”. La National Organization for Marriage, qui s’est donnée pour but de “préserver le mariage traditionnel”, estime qu’Obama “a fait de la définition du mariage une question déterminante de l’élection présidentielle, notamment dans les États clefs”. Même les Log Cabin Republicans (les gays du Parti républicain) jugent “choquante” une telle annonce au lendemain du référendum gagné par les défenseurs du mariage en Caroline du Nord car elle arrive “trop tard”. “Une piètre consolation” qui sonne, selon eux, comme une manipulation.

Enfin, le Cardinal Timothy Dolan, président de la Conférence des évêques des États-Unis, juge les propos du président “attristants” mais “pas surprenants car ils suivent une série de décisions prises par son administration qui érodent ou ignorent le caractère particulier du mariage”. “Je prie pour le président chaque jour et continuerai pour que lui et son administration agissent pour conserver et protéger le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme”, continue-t-il.

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