Le mouvement Occupy Wall Street au centre de toutes les attentions

par Benoît Toussaint

Le mouvement Occupy Wall Street connaît une audience de plus en plus forte au sein des médias internationaux. Véritable reflet d’une idéologie progressiste, il se manifeste sous la forme d’un patchwork de frustrations.

Des Moines, Los Angeles, Chicago, Philadelphie, Houston, San Antonio, Austin, Nashville, Portland, Seattle… Depuis le rassemblement initial, le 17 septembre devant la bourse de New York, les rassemblements de militants du mouvement Occupy Wall Street se sont multipliés ces dernières semaines dans les villes américaines. Si les manifestants sont encore peu nombreux, le mouvement a néanmoins rapidement trouvé son audience dans la plupart des médias. Les « indignés » sont au centre de toutes les attentions. Pour l’instant, ceux-ci se contentent d’occuper le terrain, selon eux au cœur du « système », sur Zuccotti Park, à deux pas de Wall Street. Et ils s’organisent pour durer : infirmerie, cantine, bibliothèque, journal de bord (The Occupied Wall Street Journal). Mais les conférences de presse, deux fois par jour, témoignent d’une communication politique déjà professionnelle.

Un salaire de subsistance pour tous et l’ouverture des frontières

Parfois qualifiés de « Tea Party de gauche », Les manifestants se présentent eux-mêmes comme les « 99% », en opposition avec « 1 % de la population qui a détruit la nation et ses valeurs par sa rapacité ». Ils dénoncent notamment le comportement des financiers, des banques et des spéculateurs. « Certains des griefs de ces « indignés » sont tout à fait valables, et même bipartisans », estime Jonah Goldberg, analyste pour le think tank American Enterprise Institute : « Les conservateurs américains se sont plaints, en effet, depuis plusieurs années, du sauvetage d’institutions bancaires ». Mais celui-ci ajoute que « c’est surtout sur la manière de remédier à ces griefs que semble se situer le débat ».

Car en effet, la dénonciation du mouvement Occupy Wall Street s’accompagne d’un projet particulier. Si les militants se disent « apolitiques », les revendications ne trompent personne : « Mon objectif politique est de renverser le gouvernement », affirme Brian Phillips, l’un des porte-parole des protestataires, assimilant sa démarche à celle du printemps arabe, qui a mis à bas les régimes de Hosni Moubarak en Egypte, de Zine al-Abidine Ben Ali en Tunisie.

Le mouvement a formulé une douzaine d’exigences, dont l’annulation de toutes les dettes pour les étudiants, l’instauration d’un salaire de subsistance pour tous, la mise en place d’un système de sécurité sociale pour tous mais aussi l’ouverture des frontières ou encore la gratuité des collèges (les universités de premier cycle). On trouve cependant des opinions plus diverses chez les manifestants : le soutien des banques par Washington D.C., la lutte contre le chômage, les brutalités policières ou encore le problème du réchauffement climatique.

Des revendications qui soulignent l’écart qui peut exister entre les motivations des protestataires réunis sur Zuccotti Park à New York et dans les villes américaines où le mouvement se développe. Matt Labash, journaliste au Weekly Standard, raconte sa rencontre avec certains des occupant, ralliés au mouvement par désœuvrement : « Je ne vais pas mentir à ce sujet. Je suis sans-abri. Je profite de quelque chose comme cela. Je ne vais pas faire semblant d’être une sorte de rocker quand je sais que je ne le suis pas. Mais j’ai déjà vu quelques personnes me dire que c’est un camp de rêve pour un homme sans-abri », raconte l’un deux.

Un mouvement culturellement progressiste

Peter Wehner, dans la revue Commentary, explique que le mouvement Occupy Wall Street est, à la différence du mouvement Tea Party, « culturellement progressiste et a donc le potentiel de créer un certain malaise parmi les politiques. Il semble même partager quelques-uns des mêmes traits que les mouvements de contre-culture de la fin des années 1960 et début 1970. Il est composé, au moins dans une certaine mesure, de gauchistes radicaux, de jeunes mécontents, de hippies vieillissants, et d’amuseurs hors du jeu ».

Le radicalisme des militants ne l’a pas empêché de compter rapidement de nombreux soutiens, de gauche : le réalisateur Michael Moore, le chanteur Kenya West ou  encore Warren Buffet, partisan de la présidence Obama de longue date. Les syndicats les ont évidemment assuré de leur soutien. La Maison blanche elle-même a déclaré « comprendre » le mouvement.  « Je ne peux pas leur reprocher d’accuser la finance d’avoir mis le pays dans le pétrin », a aussi commenté le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke. Comble de l’ironie, le financier milliardaire Georges Sorros n’a pas tardé à afficher son soutien aux occupants de Wall Street.

En définitive, ce mouvement apparaît surtout comme un aimant à toutes sortes de causes plus ou moins hétérogènes, comme un réceptacle à frustration au pragmatisme politique discutable. Et en la matière, il serait imprudent d’ignorer le danger d’une telle protestation, dont le discours simpliste pourrait facilement être récupéré et manipulé par d’autres groupes mieux organisés.

Cette page a été produite par Le Bulletin d’Amérique pour Nouvelles de France.

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