Les œuvres d’art (aussi) quittent la France !

Une tribune de Thibault Doidy de Kerguelen*

La douane a publié début août son rapport semestriel sur le commerce extérieur. Pas agréable à lire, ce document permet de voir par le détail les exportations et les importations, d’en tirer un enseignement sur l’état de notre outils de production et les points sur lesquels nous sommes en permanence en perte de compétitivité.

Néanmoins, je souhaite ici attirer votre attention sur la deuxième phrase de la colonne de droite de la troisième page du rapport : « Par ailleurs, on enregistre un déplacement inhabituel d’œuvres d’art notamment vers la Suisse, d’une valeur proche de 300 millions d’euros. »

Juste une petite phrase, comme cela, entre la bagagerie et la pharmacie… Une petite phrase qui peut être sujette à bien des interprétations. Certains y verront la confirmation que les départs s’accélèrent et que le patrimoine transférable et négociable prend les devants. D’autres évoqueront tel ou tel potentat africain qui, voyant la jurisprudence évoluer, se mettrait tout à coup à exfiltrer les biens que l’administration française, prise d’une frénésie de blanchitude, serait susceptible de saisir, d’autres vous évoqueront les conséquences de la modification de la convention franco-suisse sur les successions.

“Et si nous étions tout bonnement en face d’un bon gros délit d’initié ?”

Et si c’était tout autre chose ? Et si nous étions tout bonnement en face d’un bon gros délit d’initié ? Notre ministre Jérôme Cahuzac n’a-t-il pas annoncé qu’il menait une réflexion sur la redéfinition des contours de l’assiette de l’ISF, évoquant l’intégration de tout ou partie des biens professionnels, les pactes Dutreil, les impatriés (il faut dire qu’ils ne risquent pas d’être très nombreux dans les années qui viennent…), l’abattement de 30% sur la résidence principale, évoquant la réduction de la déduction accordée dans le cadre de l’investissement dans les PME (tiens, encore une mesure qui va favoriser la relance et la création d’entreprises donc d’emplois…), la réduction pour enfants à charge et évoquant enfin la prise en compte des œuvres d’art, dont nous savons tous dans quelles conditions et sous quelles amicales pressions elles furent exclues ? Après tout, la réintégration de ces œuvres dans l’assiette de calcul de l’ISF ne soulèverait certainement pas la colère populaire. Il n’est donc pas impossible que quelques « collectionneurs » bien informés soient en train de mettre leurs œuvres à l’abri… Pas sûr, mais possible.

En tous cas, il n’y a pas que les riches, les entrepreneurs, les jeunes diplômés qui quittent la France, les œuvres d’art semblent aussi bien décidées aussi à se faire… la malle !

*Thibault Doidy de Kerguelen est l’expert fiscaliste des Nouvelles de France. Il anime le site MaVieMonArgent.info.

L’œuvre affichée supra est de Morgan Dennis (1892-1960).

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